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CULTURE

Mohamed Melehi, les toiles de la liberté

A 77 ans, Mohamed Melehi assemble des toiles de jute et de jellabas, peint des formes arrondies de corps imaginés et pendant une exposition, en prépare une autre. Rencontre avec l’une des figures de l’art marocain. 

Mohamed Melehi, les toiles de la liberté
Jamal Amiar
Le 9 novembre 2013 à 12h17 | Modifié 9 novembre 2013 à 12h17

Le peintre natif d’Asilah présente en ce moment à la galerie Delacroix de Tanger une rétrospective intitulée « Le Moment Tanger : Tanger 1958-2013. » C’est en effet dans la ville du Détroit il y a 55 ans que Melehi a exposé ses travaux pour la première fois. Il avait 22 ans. C’était au musée de la Légation américaine à côté du port. Un événement qui avait marqué ses débuts internationaux. Un journal espagnol, le Diario de Espana, lui avait consacré un article et quelques mois plus tard il partait pour l’Europe puis pour New York et Minneapolis.

Ce sera le début d’une belle carrière. L’homme a depuis « roulé sa bosse », visité le monde, organisé festivals, expositions, rencontres et vernissages.

Son visage,  sa queue de cheval soigneusement attachée en arrière et son bouc bien taillé expriment une sérénité acquise au fil des années.

Melehi s’en souvient comme d’hier : « La vie à l’époque à Tanger se déroulait entre le Socco Chico et le Café de Paris, le café des intellectuels marocains et américains. Mon exposition de 2013 reprend et rappelle plusieurs des éléments de couleurs et de matériaux déjà présentés en 1958 », indique-t-il à Médias 24.

Dans quelques mois, en 2014, les œuvres de Melehi seront accrochées à l’Institut du monde arabe après un passage cet été par l’exposition « Bonjour M. Matisse » organisée sur la Côte d’Azur française.

Passionné de dessin et de crayons de couleurs

S’il partage aujourd’hui sa vie entre Tanger et Marrakech, Mohamed Melehi, au commencement, était un passionné de dessin et de crayons de couleurs. Ses talents d’artiste bourgeonnant commencent à éclore dans les ruelles de la médina d’Asilah où il passe son enfance.

Mais dès l’âge de 17 ans, en 1953, il prend la direction des Beaux-Arts de Tétouan avant de filer sur les Bellas Artes de Séville, puis Budapest (Hongrie), Madrid et Rome. Avant Paris, l’Amérique et le retour à Casablanca à partir de 1964 pour plus de 25 ans.

Mohamed Melehi s’est ainsi formé, lui dont l’art se forge au fil des escales, des lieux et des rencontres. Alberto Moravia à Rome.  Le Café de Paris au centre de Tanger et le Café Central dans la médina. Mohamed Choukri et Brion Gysin. Mohamed Hamri et Larbi Yaâcoubi.

On parle d’art, de littérature et de politique.  Mohamed Melehi s’implique dans la revue Souffles. Son art s’expose au Maroc, en Europe, en Amérique.  Des traits, des courbes, des couleurs. Des vagues et des rondeurs sensuelles.  Vives et surprenantes expressions d’époques finissantes et d’espoirs naissants.

Une première exposition outre-Atlantique dès 1963

Les expositions se succèdent avec une première en Amérique dès 1963, avant une première consécration nationale à Bab Rouah à Rabat en 1965. Ensuite ce seront des galeries casablancaises, New York encore,  Jeddah et l’Institut du monde arabe à Paris, Marrakech, Tanger, Dubaï.

Peintre aujourd’hui reconnu et coté, Mohamed Melehi a vu en 2012, un de ses tableaux mis aux enchères par Christie’s à Dubaï tandis que d’autres œuvres ont été acquises pour le fonds du Centre Georges Pompidou parisien,  pour la collection royale marocaine, par l’Arab Museum of Modern art de Doha, les aéroports  saoudiens de Ryad et de Jeddah, Duke University en Caroline du Nord, Attijariwafabank et la Société générale à Casablanca, la CDG et la Trésorerie générale du royaume à Rabat.

Entre sa première exposition en 1958 et celle actuellement proposée à Tanger jusqu’au 31 décembre 2013, Mohamed Melehi aura connu trois moments pendant lesquels il aura occupé des fonctions administratives, culturelles et politiques. Dans les années 1980 et 1990, il sera directeur de cabinet du ministre de la Culture Mohamed Benaïssa, commissaire du pavillon du Maroc à l’Exposition universelle de Séville de 1992 et à nouveau conseiller aux Affaires étrangères du temps de Mohamed Benassa.

C’est avec son ami et complice Mohamed Benaïssa, maire d’Assilah depuis plus de 30 ans, que les deux hommes ont fondé le fameux festival culturel en 1978.

Pour Mohamed Melehi, « Mohamed Benaïssa et moi avons dès les années 1970 conjugué nos différents matériaux et nos expériences communes au Maroc et aux Etats-Unis pour créer des activités culturelles et artistiques qui peuvent avoir un impact social et créer une prise de conscience. C’est comme cela qu’est né le festival culturel d’Asilah en 1977 ».

Mohamed Melehi, pendant son exposition de Tanger, continue de peindre. « Je profite du silence de la ville pendant ces vacances de Moharram et du 6 novembre », m’indique-t-il. Tissu de jellaba ou toile de jute ? Vagues ou rondeurs ? Quelles couleurs ? On le saura plus tard.

 

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Jamal Amiar
Le 9 novembre 2013 à 12h17

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