Mali: « Tout faire » pour retrouver les assassins des journalistes français
Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a pris lundi l'engagement de « tout faire » pour retrouver les assassins de deux journalistes français froidement abattus dans le nord du Mali où des opérations étaient en cours pour localiser les tueurs.
« Nous ferons tout pour retrouver les coupables », a déclaré le chef de l'Etat malien en recevant à Bamako des membres de la direction de Radio France Internationale (RFI) où travaillaient les deux journalistes. « Aujourd'hui même, nous avons ouvert une enquête judiciaire sur ces assassinats et ce soir des enquêteurs français sont attendus ici pour travailler main dans la main avec leurs collègues maliens », a-t-il ajouté. « Nous partageons le choc, nous aussi nous sommes submergés par l'émotion » provoquée par l'assassinat des deux journalistes, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, a-t-il affirmé, ajoutant, en fondant en larmes: « RFI dans notre pays a non seulement des auditeurs, mais des membres d'une même famille ».
Il a annoncé qu'il assisterait lundi soir à une cérémonie en l'honneur des deux journalistes pour « s'incliner sur (leurs) dépouilles » et qu'il les décorerait à titre posthume au nom du Mali. Evoquant la situation à Kidal, à plus de 1.500 kilomètres au nord-est de Bamako, où les journalistes ont été tués juste après avoir été enlevés, le président malien a déclaré: dans cette ville, « nos forces de sécurité sont confinées, l'arme au pied, Kidal échappe aujourd'hui à notre contrôle ». « Il faut que la souveraineté du Mali sur Kidal soit une réalité (...), je veux que tout le monde prenne ses responsabilités », a-t-il dit.
Des « opérations pour identifier un certain nombre de personnes dans des campements » ont été lancées dimanche et étaient toujours « en cours » lundi pour retrouver les tueurs, a déclaré de son côté le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. « A l'heure actuelle, on n'a pas de certitude sur qui a commis cet assassinat ». « On va tout faire pour retrouver les assassins, les punir, les châtier », a assuré M. Fabius depuis Paris.
Face à la détérioration de la sécurité dans le nord du Mali, théâtre ces dernières semaines d'attentats jihadistes meurtriers, « il va sans doute falloir renforcer encore cette présence pour pouvoir faire reculer le terrorisme », a affirmé lundi la porte-parole du gouvernement français, Najat Vallaud-Belkacem. Une source à la gendarmerie de Gao, la grande ville du nord du Mali, a affirmé qu'une « dizaine de suspects » avaient été interpellés « dans la région de Kidal » depuis les meurtres. L'entourage du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a démenti ces interpellations, mais indiqué que les militaires français disposent « d'indications permettant de remonter la trace » des assassins.
Marche des journalistes maliens
Les corps de Ghislaine Dupont, 57 ans, et Claude Verlon, 55 ans, ont été ramenés de Kidal via Gao par un avion militaire français dimanche soir à l'aéroport à Bamako. Des membres de la direction de RFI se trouvent dans la capitale malienne pour organiser leur rapatriement en France, dès lundi soir. Après avoir rencontré le président Keïta, la délégation conduite par Marie-Christine Saragosse, présidente de France Médias Monde, qui comprend RFI, s'est entretenue avec son Premier ministre Oumar Tatam Ly. Elle devait ensuite participer à une marche organisée à Bamako par les journalistes maliens à la mémoire de leurs deux confrères français, avant la cérémonie officielle à la quelle assistera le président malien.
De nombreuses zones d'ombre demeurent sur les causes et les circonstances de la mort de deux professionnels aguerris, enlevés en plein jour, dans une ville qui est une zone de non-droit ouverte aux groupes armés de toute sorte.
Selon le ministre malien de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga, « la situation de Kidal est telle que toutes les infiltrations sont possibles », dont celle d'islamistes armés radicaux de groupes liés à Al-Qaïda qui avaient occupé la ville et tout le nord du Mali pendant plusieurs mois en 2012, avant de fuir l'intervention de l'armée française en janvier 2013. Selon Ambéry Ag Rhissa, représentant du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg) que les journalistes venaient d'interviewer et qui a assisté à l'enlèvement, les agresseurs parlaient tamashek, la langue des Touareg.
Mahamadou Djéri Maïga, vice-président du MNLA, a indiqué lundi à l'AFP à Ouagadougou que la rébellion se sentait « humiliée », mais impuissante pour enquêter au sujet de l'assassinat des deux journalistes à Kidal, qu'elle dit « ne plus contrôler ». Le nord du Mali qui est depuis près de deux ans le théâtre de violences et affrontements divers reste une zone où il est dangereux de circuler: lundi quatre passagers d'un véhicule qui a sauté sur une mine au sud de Gao ont été tués et huit blessés.
(Avec AFP)
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