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SOCIETE

A Nador, un baiser conduit trois ados en prison

Les trois adolescents emprisonnés à Nador pour attentat à la pudeur seront entendus par la Justice le 11 octobre. On est sait désormais un peu plus sur cette affaire et le rôle d’une ONG locale qui entend défendre "les libertés individuelles."  

A Nador, un baiser conduit trois ados en prison
Des avocats dans l'enceinte de la Cour d'appel de Casablanca. (Archives).
Imane Azmi
Le 4 octobre 2013 à 23h17 | Modifié 4 octobre 2013 à 23h17

Une première au Maroc.

Le 11 octobre prochain, les trois mineurs poursuivis en détention pour attentat à la pudeur, suite à la publication sur le réseau social Facebook, d’une photo d’un baiser, seront entendus par le tribunal de première instance de la ville d’Oujda.

Mais l’ONG à l’origine de la plainte semble changer d’avis face à l’ampleur de la mobilisation sur Internet. Après avoir invoqué la défense des bonnes mœurs, elle met aujourd’hui en avant la lutte contre la pédophilie et demande désormais la libération des prévenus.

Vendredi 4 octobre dans la soirée, un communiqué parvient à Médias 24, dans laquelle, elle demande notamment « la libération immédiate des trois adolescents et annonce qu’elle apportera son soutien aux jeunes, à leurs parents et à toute personne désirant apportant son aide dans cette affaire ».

Quelques heures, plus tôt, Fayçal El Khaliki, membre de cette ONG de Nador qui se nomme l’Organisation unie pour les droits de l’homme et les libertés individuelles, nous confiait : «nous ne voulons pas que ces jeunes aillent en centre de détention, mais seulement vérifier qu’il n’y ait pas un réseau de pédophilie derrière la publication de cette photo», insiste Fayçal El Khaliki. Que se passe-t-il ? L’ampleur prise par l’affaire du « baiser » pousse-t-elle les plaignants à changer d’avis ?

Depuis mercredi 2 octobre, la toile est en pleine effervescence. Le « baiser » est partout : des photos, des vidéos, des chansons… pour réclamer la liberté du « baiser ». Entre temps, au centre de protection et de rééducation pour mineurs de la ville de Nador, trois collégiens de 14 à 15 ans sont privés de liberté.

Ce jour-même, la police judiciaire interpelle à leurs domiciles les trois jeunes, deux garçons et une fille. Leur méfait : la photo d’un baiser prise par l’un des garçons publiée sur le réseau social Facebook. La plainte est déposée par l’Organisation unie pour les droits de l’homme et les libertés individuelles.

La demande officielle d’ouverture d’une enquête, déposée auprès du procureur général par ladite ONG, a très rapidement été diffusée sur Internet. Le document est daté du 30 septembre 2013. Il y est demandé en substance : «l'inculpation et le transfert devant la justice des trois adolescents (collégiens) parce qu'ils se sont embrassés dans la rue ».

Les raisons y sont également invoquées : « ils sont collégiens et ils ont publié la photo de leur baiser sur Facebook ». Sur le bas du document, on y voit la signature Fayçal El Marsi, président de cette ONG.

« Nous avons réagi dans cette affaire car nous pensons qu’il peut y avoir de l’exploitation de ces jeunes par un réseau de pédophilie. Nous voulons qu’ils soient entendus pour savoir si la publication de cette photo est un acte délibéré et imprudent ou au contraire motivé par d’autres raisons » explique aujourd’hui M. El Marsi.

Cependant, le document du 30 septembre énonce que « la plainte de l’ONG est motivée par le souci de défendre la société contre les dérives morales et que l’acte commis est une atteinte à la pudeur et menace notre société en touchant les fondements de notre éducation et de notre enseignement ».

Contacté par Médias 24, Me Youssef Chehbi, avocat inscrit au barreau de Casablanca rappelle que l’article 483 du Code civil précise que « quiconque, par son état de nudité volontaire ou par l'obscénité de ses gestes ou de ses actes, commet un outrage public à la pudeur est puni de l'emprisonnement d'un mois à deux ans et d'une amende de 200 à 500 dirhams.L'outrage est considéré comme public dès que le fait qui le constitue a été commis en présence d'un ou plusieurs témoins involontaires ou mineurs de dix-huit ans, ou dans un lieu accessible aux regards du public ».

Pour Me Chehbi, « la première condition fondamentale constituant le fait incriminé n’existe pas. L’article parle « d’outrage public », ce qui n’est pas le cas dans cette affaire ». Il ajoute : « la photo a été récupérée sur la page Facebook des jeunes. Ce réseau social n’est pas public et cette page est privée. Celui qui a exploité cette photo a violé le caractère privé de cette page. Et c’est cette personne qui a commis un délit ! » Et de conclure : « ce qui est inquiétant, c’est le fait que le procureur aille dans ce sens ».

L’audience devant la cour du tribunal de première instance de Nador est prévue pour le 11 octobre prochain. Pendant ce temps, ces jeunes adolescents sont privés de liberté, pour un baiser.

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Imane Azmi
Le 4 octobre 2013 à 23h17

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