Pourquoi nos routes sont si dangereuses
Avec une moyenne de 4.000 décès par an, nos routes font partie des plus meurtrières de la planète, notamment durant l’été. Justement celui-là s’annonce particulièrement meurtrier. Pourquoi nos routes sont-elles si dangereuses?
L’hécatombe se poursuit sur les routes du royaume. Plaçant le Maroc au premier rang au niveau arabe et 6ème à l'échelle mondiale pour ce qui est des accidents de la route, le nombre de tués sur les routes du Maroc a augmenté de 50% en 15 ans. Cet été 2013 n’augure rien de bon: les routes de nos contrées y sont particulièrement meurtrières.
Rien que pour le mois d’août, 6 morts et 40 blessés dans le renversement d'un autocar à Tnine Chtouka (El Jadida), 7 morts et un blessé grave dans un accident de la route près de Had Soualem, 10 morts dans la chute d'un camion dans un oued près de Chichaoua, 4 morts et 4 blessés dans un accident de la route près de Laâyoune, 16 éléments de la Garde Royale tués et 42 autres blessés dans un accident de la route entre El Jabha et Al Hoceima, et jeudi 22 août, quatre personnes ont été tuées dans un accident dans la province de Khémisset…et ce n’est pas tout car pour ce mois d’août où le trafic bat son plein, le bilan pourrait s’alourdir.
En dépit de la volonté de l’Etat de changer la donne, notamment à travers des campagnes de sensibilisation routière via des spots télévisés et un nouveau code de la route adopté en octobre 2010, les chiffres restent têtus.
Un total de 4.162 personnes ont été tuées sur les routes marocaines en 2008, 4042 en 2009, 3.778 en 2010, 4.222 en 2011, 4.055 en 2012, et il n’est pas impossible que le nombre de décès sur les routes avoisine encore cette année les 4.000 personnes.
Au Maroc, un véhicule tue 14 fois plus qu’en France, 11,7 fois plus qu’aux Etats-Unis. Heureusement que le parc automobile ne dépasse guère les 3 millions de véhicules…
Mais en plus de coûter la vie à 4.000 personnes par an, les accidents de la route engendrent des dégâts matériels estimés à 14 milliards de DH annuels, soit 2% du PIB, a par ailleurs annoncé Abdelilah Benkirane en novembre 2012.
Les accidents et la gravité de leurs conséquences s’expliquent bien souvent par une combinaison de facteurs liés au conducteur, au véhicule et à la route: non-respect du code, manque de civisme, conduite sous l’emprise de l’alcool ou la drogue, fatigue et somnolence au volant, mauvaise qualité des infrastructures, état altéré des véhicules…
Afin d’apporter des éléments de réponses aux principales causes des accidents de la route, le comité national de prévoyance des accidents de la circulation (CNPAC) a réalisé une étude en 2009. Les conclusions sont sans équivoque : la moitié des conducteurs ne portent pas la ceinture de sécurité, 85% d’entre eux grillent les stops, 21% des conducteurs de deux-roues et 76% de leurs passagers ne portent pas de casque, 79% ne respectent pas la priorité à droite et 9% ne s’arrêtent pas au feu rouge (29% pour les deux-roues).
En 2011, le même CNPAC évoque un autre phénomène, celui de la contrefaçon. En effet, la contrefaçon dans le secteur automobile est estimée entre 20 et 30% des ventes de pièces au Maroc. Afin d’illustrer ces propos, prenons un exemple : si on utilise des plaquettes de frein contrefaites, un freinage d’urgence à 130 km/h nécessite 30 mètres de distance supplémentaire pour un arrêt complet du véhicule. C'est dire !
Un autre facteur extrêmement grave concerne les transports en commun et le laxisme des autorités. En effet, l’Etat et les entreprises privées sont souvent laxistes au niveau des contrôles de sécurité, autorisant des véhicules vétustes à circuler.
Dès lors, de nombreux accidents d’autocars meurtriers ont « assidument » lieu dans nos contrées, le plus meurtrier a fait 42 morts au sud de Marrakech le 4 septembre 2012. Autre point à ne pas négliger, bon nombre de véhicules de transport ne se soucient pas de la charge maximale autorisée.
Mais ce n’est pas tout, car le facteur corruption a lui aussi sa part de responsabilité. La corruption commence dans les auto-écoles, où bien souvent, l’automobiliste en devenir doit lâcher quelques billets à son moniteur, outre les frais de formation à verser à l’auto école.
Plus tard, le jour de l’examen pratique, il lui est vivement «recommandé» de donner un bakchich au responsable qui juge si le candidat est apte ou non à obtenir le permis.
Une fois le permis en poche, c’est sur les routes que la corruption se pratique. En effet, une étude sectorielle concernant le transport routier, réalisée en 2012 par l’instance centrale de prévention de la corruption dresse un bilan extrêmement sévère: Dans le secteur du transport, le contrôle routier est le domaine où la prévalence de la corruption est la plus élevée avec un taux de 56,7%. Tout est dit…
Incivisme, corruption, laxisme de l'Etat, mauvaise qualité des infrastructures ou manque d’entretien des véhicules constituent somme toute un cocktail explosif qui classe le Maroc premier au niveau arabe et 6ème à l'échelle mondiale. Un classement qui se passe de tout commentaire…
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