Diplômés chômeurs : pourquoi Benkirane a tort sur toute la ligne
S’il est un domaine dans lequel le chef du gouvernement ne doit pas être soutenu, c’est bien l’affaire des diplômés chômeurs. Ses positions doivent être combattues, car elles constituent un mauvais précédent et un danger pour la démocratie. Voici pourquoi. Ceux que l’on appelle ici les diplômés chômeurs sont environ 4.000 personnes qui ont davantage fait preuve d’esprit d’initiative dans l’organisation de sit-ins et dans la médiatisation que dans la recherche d’un emploi. Ce sont des personnes qui ont décidé unilatéralement qu’elles ne doivent travailler que dans la fonction publique et pas ailleurs. Elles ont manifestement une mentalité d’assisté, un esprit de rente, et ne reconnaissent ni l’effort ni le mérite individuel, puisqu’elles souhaitent accéder à un emploi sans concours. Leur position n’est ni légitime ni morale. Cela ne doit faire l’objet d’aucun doute. Mais il y a un gros mais… En 2011, le contexte né des printemps arabes a fragilisé le gouvernement de l’époque, présidé par Abbes Fassi. Celui-ci a négocié avec les représentants des diplômés chômeurs qui avaient le réflexe de descendre dans la rue à tout bout de champ. Ces différentes négociations ont abouti à un pv signé le 2 juillet 2011 par les deux parties et en vertu duquel ceux d’entre les diplômés chômeurs qui avaient un certain niveau d’études, allaient être embauchés dans la fonction publique avant la fin de l’année 2011. Ce pv est-il authentique ? oui, répond le tribunal administratif. Ce pv est-il légal ? oui. Ce pv est-il opposable à l’Etat en la personne du chef du gouvernement ? ce pv est-il valable malgré le changement de gouvernement ? oui. Est-il légal d’employer ces personnes sans concours ? oui. Le chef du gouvernement doit-il les intégrer en tenant de l’ancienneté qui aurait été la leur ? oui. Le tribunal administratif répond oui à toutes ces questions. En d’autres termes, la demande des diplômés chômeurs n’est pas légitime, mais elle est légale. Sa légalité se suffit à elle-même. Le chef du gouvernement ne peut en aucune manière opposer la légitimité à la légalité, ni vider la légalité de son essence en lui opposant l’absence de légitimité. Car cela va créer un dangereux précédent. Or, non seulement il a refusé de respecter la signature de son prédécesseur, mais il a fait appel du jugement du tribunal administratif. Demain, n’importe qui pourra se prévaloir de principes moraux, toujours valables, pour violer la loi, ou refuser son application. Un Etat de droit accepte de limiter son pouvoiren acceptant la suprématie de la loi. Il fonctionne en respectant la continuité de l’Etat. Aucune démocratie n’est possible sans le respect absolu de la loi, c’est elle qui est la charte du vivre-ensemble. Un chef de gouvernement doit donner l’exemple dans ce domaine. Malheureusement, ce n’est pas ce que l’on constate. Une partie du gouvernement actuel et à sa tête son chef, a tendance à considérer que l’Exécutif dispose d’une sorte de prééminence sur tout le reste, et notamment le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif. On estime et on l’entend dire, qu’une loi peut être mise en application ou pas, qu’un décret d’application peut être modifié ou suspendu quelques semaines après sa publication, que les projets de loi doivent de préférence provenir de l’Exécutif etc… En quelque sorte, l’Exécutif se donne une sorte de droit de véto sur la législation. Pour en revenir au sujet, une loi est une loi et elle doit être appliquée, a fortiori par l’Etat. Que la demande soit légitime ou pas, les chômeurs diplômés doivent être intégrés dès lors que la promesse a été faite, qu’elle est valide et qu’un tribunal la confirme. Tout le reste est rhétorique politicienne, perte de temps, dangereux précédent et mauvais départ dans l’application d’une constitution prometteuse.
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