Le nouveau souverain du Qatar annonce son gouvernement
Le nouvel émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, doit annoncer son premier gouvernement qui verra le départ de l'influent Premier ministre Hamad ben Jassem Al-Thani, acteur clé dans la diplomatie dynamique du petit émirat sur la scène internationale.
Devenu mardi à 33 ans le plus jeune souverain du Golfe, cheikh Tamim devrait définir dans un discours à 18H00 locales (15H00 GMT) les grandes lignes de sa politique, qui s'inscrit dans la continuité de celle de son père qui a abdiqué en sa faveur.
Selon des sources concordantes, le Premier ministre sortant, qui détient aussi le portefeuille des Affaires étrangères et joue un rôle central dans le soutien aux soulèvements arabes notamment en Syrie, sera remplacé par le ministre d'Etat aux Affaires intérieures, Abdallah ben Nasser ben Khalifa Al-Thani.
En poste depuis 2005, cheikh Abdallah, membre de la famille régnante et diplômé en 1984 de l'académie militaire britannique Durham, est considéré comme proche du nouvel émir. Des changements sont attendus aux ministères de l'Intérieur, des Finances et du Commerce notamment, selon ces sources. L'adjoint de cheikh Hamad ben Jassem, Khaled al-Attiyah, devrait être nommé aux Affaires étrangères.
En revanche, le ministre de l'Energie du richissime Etat gazier, Mohamed al-Sada, devrait être reconduit. Cheikh Tamim, qui continuait de recevoir dans son palais à Doha les Qatariotes venus lui prêter allégeance, a succédé à son père, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, qui a abdiqué à 61 ans. Ce dernier, qui a expliqué vouloir «confier les responsabilités à la nouvelle génération», a légué à son fils l'un des pays les plus riches au monde, devenu un acteur incontournable dans les crises régionales.
Cette abdication est rare dans l'histoire récente du monde arabe où les souverains vieillissants se maintiennent au pouvoir.Elle ne devrait néanmoins pas avoir d'incidence sur la politique générale du Qatar, un proche allié des Etats-Unis mais qui soutient également les islamistes parvenus au pouvoir à la faveur du Printemps arabe. «Il n'y aura pas de changement de fond dans la politique étrangère du Qatar, cheikh Tamim étant le produit de la politique de son père depuis son accession au pouvoir en 1995», a indiqué à l'AFP l'analyste Ibrahim Charqieh.
Le départ annoncé du Premier ministre Hamad ben Jassem, connu pour sa franchise parfois vexante à la tête de la diplomatie qu'il dirige depuis 1992 (Bien: 1992), «se traduira certainement par un changement de style mais pas de fond», a estimé M. Charqieh, directeur adjoint de Brookings Doha Center. «Le Qatar a créé des ponts avec les forces émergentes dans la région, celles des mouvements islamistes, dont les Frères musulmans, qui ont fait leur percée dans les pays du Printemps arabe», a-t-il expliqué.
Cette ligne «ne va pas changer sous le règne de cheikh Tamim», prédit-il, alors que son père était critiqué en Tunisie et en Egypte pour son soutien aux islamistes.
A l'étranger, le président américain Barack Obama a félicité le jeune émir et son père, affirmant que les Etats-Unis aspiraient à «renforcer la coopération» avec le Qatar qui abrite une importante base américaine.
Et l'Iran, le principal allié du régime syrien dans la région, a exprimé l'espoir que le nouvel émir réexamine la position de son pays qui soutient la rébellion, sur ce conflit.
Après l'émir du Koweït, le roi de Jordanie Abdallah II, le deuxième vice-Premier ministre saoudien, le prince Mogren Ben Abdel Aziz, et les princes héritiers de Bahreïn et d'Abou Dhabi sont venus à Doha pour féliciter le nouvel émir.
Outre la formation du gouvernement, la question de la désignation d'un nouveau prince héritier reste aussi à trancher. Selon la Constitution, cette fonction revient au fils de l'émir. Or le fils aîné du nouveau souverain n'est âgé que d'environ cinq ans. Sur le plan économique, la transition n'aura aucun impact immédiat sur la note souveraine du petit Etat gazier, selon Standard and Poor's.
Petit pays d'environ 2 millions d'habitants, dont quelque 250.000 autochtones, le Qatar, qui contrôle les troisièmes réserves mondiales de gaz naturel, s'est imposé aussi sur l'échiquier mondial par ses investissements en Occident.
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