Qatar: l'émir pourrait abdiquer au profit de son fils
L'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, pourrait annoncer lundi sa décision d'abdiquer au profit de son fils, ou de nommer ce dernier Premier ministre du richissime émirat gazier à la diplomatie internationale très active, selon des sources concordantes.
Le souverain de ce petit Etat du Golfe, qui joue depuis des années un rôle prépondérant sur la scène diplomatique arabe et internationale, a convoqué lundi les membres de la famille régnante à une réunion inusitée au cours de laquelle il pourrait annoncer sa décision, selon la chaîne Al-Jazeera.
«L'émir devrait s'adresser à la famille régnante, et annoncer d'importants changements à la tête du pouvoir», a indiqué une source proche des milieux dirigeants du Qatar. Si l'émir annonce son abdication, il s'agira d'une première dans ce pays et dans l'histoire récente du monde arabe, où aucun souverain n'a jamais renoncé au pouvoir de son plein gré.
Mais il pourrait également décider de transférer le pouvoir graduellement à son fils, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, en le nommant Premier ministre à la place du puissant cheikh Hamad ben Jassem ben Jabr Al Thani, qui occupe ce poste depuis 2007.
Selon la chaîne du Qatar Al Jazeera, qui cite des «sources dignes de confiance», l'émir a convoqué «les membres de la famille régnante et les notables» à une réunion, qui intervient dans le contexte des informations sur «l'intention de l'émir de transférer le pouvoir au prince héritier».
Ni l'agence officielle du Qatar ni les journaux n'ont rapporté l'information, qui intervient alors que Doha bruisse de rumeurs sur un prochain départ du Premier ministre et d'importants changements à la tête du pays. Des responsables qataris et des diplomates avaient indiqué à l'AFP à la mi-juin que l'émir se préparait à transférer le pouvoir à son fils dans ce pays qui a encouragé le Printemps arabe.
«L'émir est convaincu qu'il doit encourager la nouvelle génération. Il compte transférer le pouvoir au prince héritier, cheikh Tamim, et effectuer un remaniement ministériel pour nommer un grand nombre de jeunes au conseil des ministres», avait indiqué à l'AFP un responsable qatari qui a requis l'anonymat.
«En organisant lui-même sa succession et dans de bonnes conditions, cheikh Hamad veut aussi répondre à certaines critiques visant le Qatar sur le thème +vous êtes une autocratie et vous ne voulez du Printemps arabe que chez les autres+. Tel qu'on le comprend, il veut montrer un exemple de transition réussie et en douceur chez lui», a pour sa part indiqué une source diplomatique française.
Selon Neil Partrick, analyste spécialisé dans les pays du Golfe, le prince héritier «a déjà la responsabilité de plusieurs dossiers sensibles de politique étrangère», et il «ne devrait pas décider de changements importants sans consulter son père».
L'émir, né en 1952, arrivé au pouvoir en 1995 par une révolution de palais, est l'artisan du Qatar moderne et a fait de cet Etat un acteur incontournable sur la scène internationale.
Né en 1980, cheikh Tamim, deuxième fils de l'émir et de cheikha Moza, sa deuxième épouse, est le commandant en chef ajdoint des forces armées. Il préside le comité olympique et contrôle l'important dossier du Mondial-2022 de football que ce pays doit accueillir.
Au cours des trois dernières années, l'émir lui a progressivement confié les dossiers de l'armée et de la sécurité, selon une source diplomatique.
Quant au Premier ministre, cheikh Hamad ben Jassem ben Jabr Al-Thani, il a joué un rôle important dans la politique étrangère volontariste du Qatar, qui a participé à l'intervention armée en Libye, et soutient activement les rebelles contre le régime du président syrien Bachar al-Assad. Un responsable qatari qui a requis l'anonymat a exclu que son rôle soit terminé, estimant «qu'il demeurera influent du moins en coulisses et dans le dossier des investissements du Qatar à l'étranger».
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