Dette des pays arabes: Joseph Stiglitz tire la sonnette d’alarme
La dette auprès du FMI atteindra un niveau record dès demain vendredi si le prêt de 1,8 milliard de dollars se confirme pour la Tunisie.
10 milliards de dollars, c’est le niveau record que risque d’atteindre le total de prêts accordés par le FMI aux pays arabes en un an seulement et ce, si les membres de son conseil approuvent l’enveloppe de 1,8 milliard de dollars à la Tunisie demain vendredi 7 juin.
De quoi alarmer le prix Nobel d’économie de 2001, Joseph Stiglitz : «il y a eu des changements dramatiques au FMI ces dernières années», avait-il souligné lors du World Economic Forum en Jordanie le 25 mai dernier.
Et d’ajouter : «le FMI avait mal géré la crise financière asiatique des années 90 et cela ne se voit pas seulement qu’ici, mais même en Europe». Le FMI avait déjà été critiqué, il y a près de trois ans, pour son aval aux politiques des autocrates arabes qui ont engendré tant de disparités économiques au sein de leurs pays.
L’organisme financier de Washington avait déjà accordé des prêts au Maroc, la Jordanie et le Yémen et examine actuellement l’octroi d’une enveloppe de près de 4,8 milliards de dollars pour l’Egypte. Le reproche de Stiglitz porte sur le fait que le FMI ne cesse d’encourager ces pays à opter pour un modèle de croissance inclusive alors que lui-même à travers ses multiples programmes d’aides financières ne fait que prouver davantage la pression des puissances occidentales sur les pays débiteurs.
Pourtant, l'aide du fonds au Maroc par une ligne de crédit de 6,2 milliards de dollars approuvé en août dernier, a bel et bien contribué à réduire le risque de crédit du royaume. Le coût de l'assurance de la dette du Maroc contre un risque de défaut a chuté depuis de 61 points de base à 213 au 31 mai dernier, selon les données de l’agence Bloomberg qui publie les propos de Joseph Stiglitz.
Il y a également un point majeur dans l’accompagnement financier du FMI à ces pays. En réalité, son assistance a été portée à des pays qui partagent les mêmes difficultés: creusement des déficits budgétaires, ralentissement de la croissance économique et baisse des réserves de change. En réponse à ces défis structurels, le FMI a recommandé des mesures, y compris une réduction progressive des subventions aux produits énergétiques tels qu’est le cas au Maroc.
Les décisions d'augmenter les impôts et réduire les subventions ont été mal accueillies en Egypte et en Jordanie. Des mouvements de protestations ont poussé les autorités à retarder ces réformes. La police jordanienne avait même était contrainte de procéder à des aides en numéraire à sa population démunie afin de mettre fin aux manifestations.
Afin d’ôter ce sentiment de suspicion, le directeur général adjoint de l’organisme de Bretton Woods, David Lipton avait déclaré lors d’une interview donnée à Tokyo le 31 mai dernier : «Dans le cas du FMI, cette suspicion n’a pas de fondement. Au contraire, je pense que nous avons en fait une très bonne coopération dans un large éventail de pays du Moyen-Orient en ce moment».
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