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ECONOMIE

Youssef Chraibi «Hier on parlait d’amitié et aujourd’hui d’intérêts bien compris»

Lors de la conférence du CDS organisée en avril 2013 sur le thème de la localisation, Youssef Chraibi, DG D’Outsourcia, revient sur son expérience d’investisseur marocain en offshoring en France.  

Youssef Chraibi «Hier on parlait d’amitié et aujourd’hui d’intérêts bien compris»
Dalal Saddiqi
Le 29 avril 2013 à 15h05 | Modifié 29 avril 2013 à 15h05

Il y a de cela à peine quelques mois, il était très difficile de défendre cette idée nouvelle de colocalisation. En effet, le concept qui commence à être accepté aujourd’hui semblait encore révolutionnaire lorsque Youssef Chraibi essayait de convaincre les hommes politiques français que la création d’emplois au Maroc peut être bénéfique à l’économie française. D’autant que le secteur de l’offshoring est toujours associé au danger et au risque de destruction d’emplois en France. Le jeune entrepreneur se souvient d’ailleurs avoir dû expliquer, à chacun des trois gouvernements français qui se sont succédés depuis la création de son entreprise, que ce qui pouvait se faire au Maroc n’était pas forcément contradictoire avec une logique du développement du secteur en France.

Mettre fin aux idées reçues

Pour mettre fin à ces idées reçues, le président d’Outsourcia a tenu à rappeler quelques chiffres : environ 70.000 emplois ont été créés en 10 ans en dehors de la France dans les différentes destinations offshoring francophones, mais parallèlement 80.000 emplois ont été créés en France. Donc il semble clair pour l’entrepreneur que l’offshoring est un secteur créateur net d’emplois.

En outre, Youssef Chraibi souligne que le Maroc est le pays qui a le plus bénéficié de cette tendance puisqu’il a créé 40.000 emplois dans les centres d’appels et que malgré son positionnement en termes de coûts- qui n’est pas le plus attractif- le royaume est resté la première destination offshoring de la France. « Cela montre que dans notre secteur, contrairement à l’industrie, nous ne sommes pas forcément dans une logique de bas prix mais que nous allons chercher une proximité culturelle puisque nous parlons de nearshoring », insiste le président d’Outsourcia. Il explique cela par une proximité linguistique évidente mais également par la recherche d’une véritable expertise dans ces métiers où le Maroc est réputé pour être l’un des acteurs les plus avancés en termes d’outils, de méthodes et d’innovation de la relation client.

Un positionnement exclusivement offshore n’est pas viable

Outsourcia s’est rendu compte progressivement qu’un positionnement offshore n’est pas viable puisqu’un certain nombre de prestations nécessitent une proximité culturelle encore plus importante. C’est notamment le cas de la maitrise de l’environnement juridique ou lorsqu’il s’agit d’opérer pour certaines entreprises publiques pour lesquelles un traitement en offshore ne peut être envisagé.

« Les opérateurs qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont les entreprises françaises présentes à la fois en France et au Maroc car elles arrivent à couvrir l’ensemble de l’offre », constate Youssef Chraibi. Aussi, c’est pour se battre à armes égales avec ces opérateurs qu’il décide de s’implanter en France.

« Nous avons acquis une entreprise d’une centaine d’employés et deux autres acteurs marocains ont fait des acquisitions plus importantes. Nous nous inscrivons ainsi dans la démarche de créer des champions nationaux et de pérenniser la destination et le secteur car si nous ne maitrisons pas le marché en France, le donneur d’ordre peut changer de destination alors que si nous sommes présents sur place, c’est nous qui prenons la décision », explique le président d’Outsourcia.

L’expérience d’Outsourcia à Evreux

Mais une fois qu’Outsourcia a racheté cette société, ses clients ont commencé à lui demander de plus en plus des prestations en France et donc le groupe a dû faire croître cette entité. Youssef Chraibi devait trouver un nouveau site et son choix s’est porté sur Evreux, dans une zone où le géant pharmaceutique Glaxo licenciait 700 personnes.

En un an, Outsourcia créait plus de 150 emplois dans la région et le député de l’Eure, Jean-Louis Destans, a d’ailleurs fait un discours dont Youssef Chraibi se souviendra : « c’est un phénomène nouveau qui est en train de se produire. Ce n’est pas un investissement capitalistique mais une PME marocaine qui est en train de venir sauver les emplois d’une multinationale américaine ».

Pour conclure, le président d’Outsourcia insiste sur le fait qu’il y a quelques années « on parlait beaucoup d’amitié, aujourd’hui on parle d’intérêts bien compris. Si vous êtes là c’est parce que vous avez intérêt à y être et les entreprises françaises qui sont implantées au Maroc sont celles qui sont les plus fortes et les mieux armées pour créer de nouveaux emplois en France et, dans certains cas, pour continuer à vivre ». D’ailleurs, il relève que tous ceux qui ont pris le virage de l’offshoring suffisamment tôt sont les plus performants aujourd’hui, alors que ceux qui ont voulu résister pour des raisons politiques, sociales ou philosophiques sont en difficulté.

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Tags : Maroc-Espagne
Dalal Saddiqi
Le 29 avril 2013 à 15h05

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