Amina Benkhadra : Le Maroc mise sur le Vert sans négliger les énergies fossiles
Trois questions à Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM).
Quelles sont les opportunités qu’offre la transition vers l’économie verte au Maroc ?
L’économie verte en tant que programme alliant croissance économique, développement social et préservation de l’environnement se retrouve aujourd’hui à travers une panoplie de visions et de projets de développement dans le secteur de l’énergie, de l’eau, de l’agriculture, de l’industrie, du transport et de l’habitat.
L’ensemble de ces grands programmes de développement vont donner lieu à des programmes d’industrialisation, de formation et de création d’emploi et donc ça va être un élément de la croissance économique du pays qu’il faut également accompagner d’outils de financement appropriés ainsi que par des incitatifs particuliers pour pouvoir faire face aux surcoûts que peuvent engendrer certains choix.
Par exemple, l’énergie solaire coûte un peu plus cher et donc l’Etat va subventionner une partie du surcoût momentanément mais nous savons qu’à terme, ce sera une énergie compétitive parce que d’un côté, les énergies fossiles continueront à croître au niveau de leur prix alors que les énergies renouvelables, avec les efforts de recherche et de d’innovation, vont voir leurs coûts baisser et on va arriver à la compétitivité probablement bien avant 2020.
Donc, il y a une réelle opportunité à s’inscrire dans cette dynamique et à en bénéficier pour assurer la croissance de notre économie et adopter des modes de consommation et de production plus économes dans l’utilisation des ressources.
La conjoncture actuelle de l’économie marocaine permet-elle cette transition ?
Il faut retenir une chose très importante: la crise, au niveau national ou international, passera ; si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain. Donc, ce n’est pas une raison pour rester en situation de blocage.
L’orientation générale en matière d’économie verte est décidée et doit être suivie. Notamment, si on parle du plan solaire ou du plan éolien, où les investissements sont déjà engagés et se poursuivront. La même chose au niveau du plan agricole, Maroc vert. Toutefois, si certains projets exigent énormément de moyens de financement et de soutien, d’autres non, c’est donc au cas par cas.
En effet, si on demande aujourd’hui aux consommateurs de développer les chauffe-eaux solaires chez eux au lieu des chauffages à gaz, il va falloir les soutenir par des subventions particulières, cela a certes un petit coût supplémentaire. Mais quand on fait l’économie globale et réelle, on se rend compte très clairement que, sur certains créneaux, l’économie est en faveur du choix de la technologie verte. Par ailleurs, il y a des subventions déguisées vers les énergies fossiles, le butane par exemple, qui masquent la réalité des prix.
Quel intérêt présente la transition vers une économie verte pour l’ONHYM ?
Les besoins en énergie du Maroc, de sa région ou du monde continueront à être assis sur tous les types d’énergie : énergie fossiles ou énergies renouvelables. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin d’un mix qui assure et répond à cette sécurité énergétique.
Le Maroc a fait le choix de développer ces énergies renouvelables qui sont extrêmement importantes : solaire, éolien avec une politique volontariste d’efficacité énergétique, je dois souligner que développer nos propres ressources est également pour nous une responsabilité.
Notre mission au sein de l’ONHYM est de continuer l’exploration des bassins sédimentaires marocains parce qu’ils sont sous-explorés et parce que malgré la croissance des utilisations des énergies renouvelables, le mix énergétique en 2050 continuera encore à s’appuyer sur les ressources fossiles, charbon, pétrole et gaz. Donc, la sécurité énergétique passe par l’utilisation de toutes les ressources mais avec la volonté que les énergies renouvelables prennent de plus en plus une place significative et importante à l’avenir.
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