Hôtellerie : conseil à haut risque pour le PDG d'Accor Denis Hennequin
L'histoire risque de se répéter chez Accor : le PDG du groupe d'hôtellerie Denis Hennequin pourrait être brusquement débarqué à l'occasion d'un conseil d'administration mardi, tout comme son prédécesseur Gilles Pélisson l'avait été fin 2010, sous la pression d'Eurazeo et Colony.
Stratégie jugée « trop douce », cours de Bourse en berne ou encore plan de départs de salariés « trop généreux », M. Hennequin pourrait être forcé de quitter son poste à deux jours seulement de l'Assemblée générale annuelle des actionnaires, affirment plusieurs médias, sans citer leurs sources.
Accor a confirmé à l'AFP la tenue d'un conseil dans l'après-midi, tout en se refusant à tout autre commentaire. Les sociétés d'investissements Eurazeo et Colony, actionnaires conjointement à hauteur de 21,37% du capital et 27,51% des droits de vote, ont également refusé de commenter.
Le quotidien économique Les Echos avance que l'« hypothèse » du départ de M. Hennequin « circule avec force tant en interne qu'en externe » de l'entreprise.
En cause notamment, une stratégie non satisfaisante « tant en termes de cession ou d'externalisation d'actifs hôteliers, mais aussi de réorganisation de l'entreprise, dans un contexte beaucoup moins favorable à l'hôtellerie ».
Mollesse du cours de Bourse
L'ancien patron de McDonald's en Europe ferait également les frais de la mollesse du cours de Bourse qui, en dépit de sa petite hausse depuis un an (+6,31%), n'a toujours pas rattrapé son niveau d'il y a trois ans (-13,50%).Le président d'Eurazeo, Patrick Sayer, estimait il y a un an « qu'Accor (était) sans doute la société la plus mal valorisée du secteur hôtelier ».
Le quotidien Le Figaro souligne de son côté que, malgré l'accélération du programme de cession des murs d'hôtels au profit de la gestion en franchise ou en contrats de management, « le plan tracé par le PDG ne semble pas assez rapide aux yeux de certains actionnaires ».
Le journal, faisant référence à plusieurs sources non identifiées, avance qu'un intérim pourrait être mis en place dans l'attente du recrutement d'un successeur. Et le plan de départs volontaires affectant 172 postes (environ 10% des effectifs concernés), qui s'inscrit dans le cadre du plan d'économie en Europe de 100 millions d'euros sur la période 2013-2014 », ferait aussi grincer des dents du fait de conditions « trop généreuses ».
Un coup de théâtre peu apprécié par les marchés ?
M. Hennequin aurait cherché dans un premier temps le soutien des administrateurs par le biais d'un courrier dans lequel il dénonçait « la pression mise par certains actionnaires pour obtenir une inflexion de la stratégie, notamment en matière immobilière et sur la politique de dividende ». Il aurait ensuite, poursuit le journal, tenté de rallier à sa cause la Caisse des dépôts ainsi que la Banque publique d'investissements --sa filiale, le Fonds stratégique d'investissement, détient 3% du capital-- en faisant jouer la corde sensible du fleuron français qu'incarne Accor. Les analystes de Barclays ont indiqué dans une note que des « tensions existaient depuis quelques temps entre deux actionnaires importants et la direction », mais sans laisser entrevoir de changement à la tête du groupe.
Cet éventuel départ « surprise » devrait, selon eux, être pris de manière négative par les investisseurs car M. Hennequin est « assez apprécié par le marché, tout comme sa stratégie ». A 9H30, le titre Accor cédait d'ailleurs 1,39% à 25,60 euros.
Denis Hennequin, 54 ans, avait été le premier non-américain à se hisser dans la hiérarchie de McDonald's, où il avait effectué toute sa carrière avant d'entrer chez Accor pour remplacer Gilles Pélisson. Le neveu du cofondateur d'Accor Gérard Pélisson avait pris la tête du groupe en janvier 2006 à l'issue d'une longue bataille qui avait divisé les actionnaires. Il avait été évincé tout aussi violemment moins de cinq ans plus tard.
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