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Le plan de stabilisation et de relance de Nizar Baraka

Les coupes budgétaires concernent en fait des dépenses fictives et n'auront aucun impact économique. D'autres mesures sont prévues pour limiter le déficit budgétaire à 5,5% cette année. Nizar Baraka parlait dans le cadre d'un débat organisé par le Mouvement Populaire.

Le plan de stabilisation et de relance de Nizar Baraka
Naceureddine Elafrite
Le 15 avril 2013 à 16h09 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Nizar Baraka a parlé.

Ce ministre qui a la parole rare ces dernières semaines, s’est exprimé devant un auditoire politico-économique, vendredi en fin de journée à Rabat, à l’invitation du Mouvement Populaire*.

«Nous maintiendrons les programmes de réformes», a-t-il promis, en rappelant les secteurs concernés par ces réformes, Caisse de compensation, Justice, Fiscalité, caisses de retraite. « Nous prenons nos responsabilités et il faut éviter les surenchères politiques», prévient-il. Oui, les 15 milliards de coupes budgétaires ne sont pas suffisantes. Il y aura d’autres mesures. Il a révélé ce que le gouvernement compte faire pour stabiliser les finances publiques et également promouvoir la croissance et donc la relance.

S’exprimant sur ton assuré qui donne l’impression agréable d’un responsable qui sait où il va, le ministre de l’Economie et des Finances a fait un exposé en quatre points, dont voici les grandes lignes:

1. Le contexte : crise économique internationale et chez nos principaux partenaires, depuis six ans. Hausse des prix des matières premières

Il n’y aura pas de reprise avant 3 à 4 ans. Notre croissance ne pouvait pas sortir indemne de ce tunnel de crise.

Parallèlement, hausse des cours des matières premières, particulièrement le pétrole et le blé.

75% de l’aggravation du déficit de la caisse de compensation provient de la hausse du pétrole. 1 seul dollar de hausse, et ce sont 600 millions de DH de dépenses de compensation qui se rajoutent. La seule facture énergétique a dépassé 33 milliards de DH dans les dépenses de compensation, soit près de 4% du PIB.

Les précédents gouvernements ont mené des politiques contracycliques, d’expansion budgétaire au moment de la crise. Mais les marges de manœuvre du Maroc sont épuisées, car la crise dure depuis six ans et va se prolonger.

Les déficits budgétaire et du compte courant de la balance des paiements se creusent :

(% PIB)

2010

2011

2012

Déficit budgétaire

4,7

6,1

7,1

Déficit paiements courants

4,5

8,1

10

 

Ceci entraîne, mécaniquement, une aggravation de l’endettement, qui gagne 10 points supplémentaires de PIB entre 2008 et 2012, selon M. Baraka**.

La politique d’expansion budgétaire poursuivie au cours des dernières années est visible à travers plusieurs indicateurs :

-l’action sur l’investissement. Les investissements de l’Etat sont passés de 25 milliards de DH en 2006 à 60 milliards cette année.

-la stimulation de la consommation des ménages avec notamment la baisse de l’Impôt sur le Revenu (12 milliards de recettes en mois) et l’amélioration du pouvoir d’achat des fonctionnaires et des couches moyennes.

-la caisse de compensation dont la charge est passée de 4 à 56 milliards de DH en quelques années.

2. Les atouts du Maroc

On les connaît mais ça fait du bien de les rappeler, dans cette morosité ambiante. Car il n’y a pas que des indicateurs dans le rouge.

Donc, bien sûr la capacité de résilience, considérée comme très élevée.

Ensuite, les stratégies sectorielles qui commencent à donner leurs fruits. Par exemple, la forte hausse des exportations de secteurs promus dans le cadre du plan Emergence (+16% en 2012).

Enfin, une liste de bonnes nouvelles : le nouveau positionnement du Maroc dans le cadre de l’économie verte et des énergies renouvelables ; le maintien de l’investment grade ; la hausse des IDE (+12% en 2012, +32% depuis le début de cette année) ; le capital confiance et le capital image à l’international.

3. Si on avait continué sur la même trajectoire…

…le Maroc serait allé dans le mur.

Le cap que le gouvernement s’est fixé, nous assure-t-on, était celui d’une croissance durable et solidaire dans le cadre des grands équilibres. Deux chiffres notamment reviennent dans les propos des responsables : un déficit budgétaire ramené à 3% du PIB en 2016 et un des réserves de change couvrant au minimum 4 mois d’importation.

Mais le déficit budgétaire s’est aggravé en 2012 sous l’effet notamment des charges de compensations et le double déficit, commercial et des paiements, s’est creusé, grevant les réserves de change. En mars, le gouvernement a eu la mauvaise surprise de constater une baisse inédite des recettes au titre de l’IS (lire notre article ici) et des droits de douane, qui a atteint au total 4,3 milliards de DH, révèle M. Baraka, soit 0,5% du PIB.

A ce rythme, si l’on n’avait pas réagi, la dette atteindrait le taux alarmant de 65% (hors dette garantie) et le déficit budgétaire 8,1% selon le ministre de l’Economie et des Finances. Bonjour l’effet d’éviction, avec la hausse des taux d’intérêts, la ponction sur les liquidités,  la baisse des investissements et de la consommation…

4. Les mesures : un plan de stabilisation… ET de relance

-Les 15 milliards d’investissements supprimés sont des coupes fictives, explique M. Baraka. Voici sa démonstration :  l’Etat a augmenté volontairement les investissements publics au cours des précédents exercices, dépassant les capacités de réalisation de l’administration publique. De sorte que les montants d’investissements non réalisés augmentent.

Milliards de DH

2010

2011

2012

Crédits reportés

10

15

21

 

Les investissements budgétisés en 2013 s’élèvent dans la loi de Finances à 58 milliards de DH. En réalité, le gouvernement espère réaliser 64 milliards de DH d’investissements. Car après avoir enlevé les 15 milliards supprimés, il convient de rajouter les 21 milliards reportés. Tel est le calcul officiel.

Les 15 milliards ne suffisent pas à la stabilisation des finances publiques. L’objectif est bien un déficit contenu à 5,5% du PIB (au lieu de 4,8% dans le budget) et donc, il faut 10 à 15 autres milliards de recettes et/ou d’économies.

-M. Nizar Baraka espère gagner près d’un point de PIB sur les dépenses de fonctionnement. Et 0,7% par l’amélioration des recettes fiscales à travers un recouvrement accéléré et encouragé tout au long de cette année ; ainsi qu’une mobilisation du foncier de l’Etat.

Le ministre de l’Economie et des Finances met également en avant des mesures structurelles :

-le nouveau décret sur les marchés publics permettra dès octobre prochain, de regrouper les achats et d’optimiser la commande publique ; 20% de la commande publique sera désormais réservée aux petites entreprises ;

-l’Etat tiendra désormais compte des contenus en devises des commandes publiques ;

-Exportations : accélérer les stratégies sectorielles; étendre les contrats-programmes à l’industrie pharmaceutique (+8% d’exportations au premier trimestre) et chimique.

-Les contrats de croissance à l'export permettront d’accompagner les entreprises sur les marchés africains et du Golfe. Le ministre cite les garanties export qui seront « revisitées » dans le cadre de la CCG et de la Smaex ainsi que différentes mesures pour améliorer la compétitivité, y compris la logistique. Il rappelle que les visites du souverain dans les pays du Golfe et sa récente tournée africaine ont ouvert des opportunités aux entreprises marocaines.

-Hausse des investissements publics ; malgré la coupe de 15 milliards, l’investissement public augmentera cette année de 10 milliards de DH par rapport à l’année précédente.

-Amélioration de la trésorerie des entreprises à travers l’accélération des paiements de l’Etat qui ne devront pas dépasser 90 jours ; un contrat-programme sera élaboré entre Fenelec et ONEE pour résorber les arriérés ; les projets conventionnés seront accélérés ; l’acte d’investir sera facilité, notamment à travers la réduction des délais pour l’autorisation de construire et le permis d’habiter.

Nizar Baraka n’a pas été disert sur la Caisse de compensation, sujet éminemment politique pour ne pas dire politicien ou populiste. Ce que l’on a retenu, c’est que la réforme est bien un objectif. Pour le quand et le comment, il faudra attendre.

Nizar Baraka s’exprimera ce lundi devant le parlement et mercredi, il sera l’invité de l’émission phare de 2M « moubacharatan maakoum ».

En attendant peut-être le nécessaire débat de fond au sujet deu nouveau modèle économique dont le Maroc a besoin.

*Le Mouvement Populaire a pris une initiative fédératrice : organiser un débat autour de la situation économique en lançant une invitation ouverte à toutes les parties. Il y avait le ministre de l’Economie et des Finances Nizar Baraka, la CGEM, un président de banque et un représentant de la Banque Mondiale. Le débat était également ouvert à la salle. L’objectif était de discuter au-delà des clivages et des convictions des uns et des autres.

**Si l’on tient compte de la dette garantie, le taux d’endettement est de 70%. Si l’on n’en tient pas compte, il est de 58%, sachant que le taux de 60% est considéré comme un plafond prudentiel.


 

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Tags : Agriculture
Naceureddine Elafrite
Le 15 avril 2013 à 16h09

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