Edito: Sécurité, football, ultras.
Si on devait choisir trois mots pour évoquer les incidents du jeudi 11 avril à Casablanca, ce seraient ces mots-là. En matière de sécurité, il y a une obligation de résultat, pas de moyens. Les explications du ministère de l’Intérieur confirment l’échec des sécuritaires. Et aucun responsable ne peut prétendre qu’il n’était pas au courant* : les groupes de supporters violents avaient diffusé avant le match une vidéo de menaces, ils se sont même réunis mercredi soir à Rabat pour préparer leur expédition et leurs pages Facebook continuent à s’en vanter. Samedi 13 avril, un communiqué sur l’une des pages de supporters revendiquait une partie de l’expédition contre « la capitale de la débauche », tout en faisant porter la responsabilité des conséquences aux médias et à la police, dans un langage parfaitement complotiste.
Et le foot dans tout cela ? Sa capacité à mobiliser les populations et à renforcer la cohésion sociale est unique et inédite dans l’histoire des nations. Si l’on s’en tient aux résultats, la politique footballistique est un échec complet : le Maroc n’a pas remporté un seul titre depuis 1976 ! Excepté quelques matches gagnés avec la manière, dont quelques-uns en Mondial et en finale de coupe d’Afrique, l’équipe n’a guère brillé. Le championnat national quant à lui se déroule dans des conditions médiocres et ses indicateurs en termes de spectacle, de fréquentation ou de marketing, sont désastreux. La valse continuelle d’entraîneurs nationaux est un signe qui ne trompe pas.
Les incidents du jeudi 11 avril à Casablanca sont préoccupants, au-delà du foot et de la sécurité, parce qu’ils étaient prémédités et qu’ils se sont déroulés, en bonne partie, avant le match. Dans les rangs des groupes violents de supporters des FAR, on parle « d’expédition » punitive et « d’occupation » de la ville.
Les ultras sont un phénomène qui vient d’Europe et qui s’étend en Afrique du Nord. Ce sont des groupes de supporters extrêmement engagés au point que le foot et le club qu’ils supportent deviennent le centre de leurs vies. Tout passe après, même le travail et les amours.
Les groupes d’ultras rivalisent de créativité pour animer les gradins, avec leurs chants et leurs tifos ; et parfois avec leurs engins pyrotechniques. Ils constituent une communauté soudée, qui adopte des codes et des accoutrements proches. C’est une sorte de tribu qui élabore sa propre culture. Les dérapages sont parfois au rendez-vous, dans tous les stades européens. Les ultras sont tellement engagés auprès de leur club qu’ils l’accompagnent dans ses déplacements hors de la ville d’origine.
Au Maroc, des groupes appelés ultras se sont créés autour de différents clubs et communiquent avec leurs membres à travers les réseaux sociaux. Pour ce qui concerne le club FAR, nous avons identifié trois groupes différents : Black Army, Black Army Commando (si, si) et Ultras askary. Les premiers ont eu des échanges houleux avec leurs homologues du Raja, pendant les jours qui ont précédé le match, au point d’en arriver aux menaces, aux tags sur les murs et à une vidéo de menaces qui a fait le buzz.
Ce sont apparemment une ou plusieurs franges de ces groupes de supporters qui ont commis des actes de hooliganisme qui n’avaient rien à voir avec le foot, ni avec le match lui-même. Au vu des vidéos et à la lecture des témoignages, elles ont eu un comportement de bandes territoriales, davantage de d’ultras ou de hooligans. C’est la bande de Rabat qui se rendait en expédition punitive à Casablanca.
Le traitement de la question est évident : sécurité, foot (encadrement et communication avec les groupes de supporters) et surtout social. En effet, la question préoccupante, la seule, est la suivante : qui sont les ces jeunes à la dérive? et s’ils sont aujourd’hui une simple excroissance de groupes de supporters, ne risquent-ils pas demain de se radicaliser, sous l’effet de l’exclusion sociale, du chômage, de l’échec scolaire ou du dépit?
Le jeudi 11 avril a été un avertissement. Des conclusions doivent être tirées.
*Ici, plusieurs centaines de supporters des Far correctement encadrés par la police casablancaise avant le match.
Ici, les supporters sont fouillés avant le match. Mais on voit bien que la police est parfois dépassée. Images aussi de charges violentes de la police.
Ici, la fameuse vidéo de menaces contre Casablanca diffusée deux jours avant le match. Malheureusement, elle n’est plus accessible sauf sur mot de passe.
Ici, les supporters des FAR lancent des « amabilités » aux casablancais dès le péage de Bouznika.
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