«Le monde à l'envers» ou la montée de l'immigration espagnole au Maroc
Depuis des générations, les Marocains ont émigré vers l'Europe à la recherche d'emplois. Aujourd’hui, cette tendance s’inverse. Au chômage, les Espagnols émigrent vers le Maroc.
C'est «le monde à l'envers», écrit Hein de Haas, co-directeur de l'Institut des migrations internationales, affilié à l'Université d'Oxford, dans un article publié par The Christian Science Monitor (l’article original est ici). Voici un résumé de l’article.
Aujourd'hui, le chômage en Espagne a atteint le chiffre astronomique de 26%. Selon l'Institut national de statistique en Espagne, le nombre d'Espagnols officiellement enregistrés résidents au Maroc a quadruplé entre 2003 et 2011. On estime que des dizaines de milliers d’Espagnols vivent en situation irrégulière au Maroc.
Les Espagnols peuvent « vivre comme des rois » au Maroc
Economiquement, le Maroc ne se porte pourtant pas mieux que l’Espagne. Avec un taux de chômage estimé à 30% (NDLR : le chiffre officiel est de 9%), un PIB équivalent au sixième de celui de l'Espagne, on pourrait se demander la raison de l’afflux de ces migrants vers ce pays.
Professeur d'économie à l'Institut national de statistique et d'économie appliquée au Maroc, Mehdi
Lahlou explique que la facilité d’accès des Espagnols au Maroc et le taux de change Euro-Dirham marocain encouragent leur émigration vers ce pays.
Pour moins de trois mois de séjour, les espagnols n'ont pas besoin de visa pour entrer au Maroc. Pour renouveler leur séjour, il leur suffit de se retrouver à Ceuta ou Melilla qui ne sont autres que les enclaves espagnoles au Maroc.
« C'est comme si demain, les Américains allaient se mettre à émigrer au Mexique pour trouver de l'emploi »
Cadres ou simples ouvriers, ils sont nombreux à fuir la crise de leur pays et à se contenter de conditions de travail pas très avantageuses.
Comme ce jeune professeur fraîchement diplômé, Natxo Laborda, venu pour passer un stage en 2010, à l'Institut Cervantes de Tanger et qui a finit par décider de rester, quand il a vu que le chômage des jeunes en Espagne avait atteint 55%. «J’ai peur de retourner en Espagne quand je reçois cette information». Pourtant, N. Laborda est payé à l'heure, ne perçoit pas d’avantages. De toute façon, son salaire ne serait jamais assez suffisant dans sa ville natale, Madrid, dit-il.
Hicham Abdelmoula, propriétaire d’un restaurant marocain ayant toujours recruté des chefs espagnols pour son restaurant de Tanger, témoigne de son étonnement quant à cette vague d’immigration espagnole. Il affirme avoir remarqué une extraordinaire augmentation de demandes de travail, et surtout un changement notable dans les attitudes des candidats, depuis que la crise a frappé l’industrie de la restauration espagnole.
«Ils semblent désespérés. Lorsque j’appelle quelqu'un là-bas, pour une quelconque question en rapport avec le restaurant ; au bout du fil, le type s’accroche, s’intéresse aux jobs ici. Après, il appelle et rappelle sans arrêt. … Ils sont prêts à faire beaucoup de concessions, juste pour avoir un salaire, ici. C'est comme si demain, les Américains se mettaient à aller au Mexique pour trouver de l'emploi. », s’étonne t-il.
La « Morina » du pays
Même à deux brassées de l’Espagne et offrant des opportunités de travail qu’ils n’ont pas trouvées chez eux, le Maroc reste pour ces Espagnols « un monde à part » précise Martinez, un mécanicien de 36 ans et originaire de la Galice. « De l'appel à la prière diffusé par les haut-parleurs cinq fois par jour, à la désapprobation de la consommation d'alcool, le Maroc me paraît très différent de l'Espagne.», affirme Martinez. « Morina » a-t-il dit, mot Galicien qui signifie le désir intense de la patrie.
*Karis Hustad et Rose Gunson ont passé plusieurs mois au Maroc en 2012, à effectuer une recherche qui s’inscrit dans le cadre du programme SIT Study Abroad. Cette étude s’est faite en association avec Round Earth Media, un organisme à but non lucratif, qui a mis en œuvre un programme de mentorat à l’intention des journalistes internationaux des futures générations.
Une partie de l’étude a été élaborée par Ikram Benaicha.
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