Mohamed Abdi
Expert en politiques publiquesTerritoires : le moment de vérité
À l’approche des échéances électorales, le territoire cesse d’être un cadre administratif. Il devient l’espace où se jouent la crédibilité de l’action publique, la qualité de la gouvernance et la promesse du développement économique et humain.
Depuis plus de deux décennies, le Maroc a fait du développement économique et humain la matrice de sa trajectoire nationale. Ce choix, porté au plus haut niveau de l’État, s’est imposé comme une ligne directrice constante : le développement ne se décrète pas depuis le centre, il se construit dans les territoires.
Cette vision dépasse la seule dimension économique. Elle est profondément politique et repose sur une conviction structurante : la solidité d’un pays, sa capacité d’influence et la crédibilité de sa diplomatie trouvent leur ancrage dans la vitalité de ses territoires et dans la qualité de vie de ses citoyens.
Autrement dit, la puissance d’une nation commence toujours par l’équilibre et la cohérence de ses territoires.
Une architecture ambitieuse en phase de maturation
La réforme constitutionnelle de 2011, prolongée par la loi organique de 2015 relative aux régions, a ouvert une nouvelle séquence en faisant des régions de véritables espaces de décision, d’initiative et de développement.
Cette architecture a permis d’engager une transformation progressive, mais elle se heurte aujourd’hui au défi classique de toute réforme : le passage de l’intention à l’exécution.
Les écarts observés entre territoires, les rythmes différenciés de mise en œuvre et les difficultés d’appropriation de certaines compétences traduisent un processus en construction. Ils appellent des ajustements, une clarification des responsabilités et un renforcement des capacités d’action.
Un tournant structurant : instruments, gouvernance et capacité territoriale
Le récent Conseil des ministres présidé par le Roi Mohammed VI marque une étape décisive avec l’annonce d’une enveloppe de 210 milliards de DH sur huit ans pour les douze régions. Ce signal financier traduit à la fois une confiance et une exigence accrue en matière de résultats.
Mais au-delà des moyens, c’est la nature des instruments qui évolue. La transformation des agences régionales d’exécution des projets en sociétés anonymes ouvre une voie nouvelle vers une capacité territoriale plus professionnelle, plus souple et plus réactive.
Cette évolution esquisse les contours d’une véritable fonction publique territoriale de métier, construite par l’action et adaptée aux exigences concrètes de l’exécution des politiques publiques.
Parallèlement, les mécanismes de coordination associant autorités locales, élus et administrations déconcentrées visent à renforcer la cohérence de l’action publique. Loin de constituer une reprise en main, ils participent d’une logique de structuration et de convergence.
Gouverner le territoire : une exigence démocratique renouvelée
La montée en puissance des territoires transforme la nature même de la responsabilité politique. Une ambiguïté doit être levée entre représentation et gouvernance.
Être élu ne suffit plus. Gouverner un territoire suppose un exécutif structuré, compétent et capable de piloter des politiques publiques complexes. Sans cette capacité, l’autonomie devient fragile et peut même produire des effets contraires à ceux recherchés.
Dans ce contexte, la compétence devient une exigence démocratique. La démocratie ne s’affaiblit pas lorsqu’elle exige la compétence, elle se renforce.
Le moment électoral change ainsi de nature : il ne s’agit plus seulement de désigner des représentants, mais de choisir des responsables capables d’agir, de décider et de rendre compte.
Vers une nouvelle maturité territoriale
Les réformes engagées traduisent une entrée dans une phase de maturité. Elles visent à construire une gouvernance territoriale plus exigeante, plus professionnelle et plus responsable.abdi-
C’est dans l’articulation entre vision stratégique, instruments adaptés et responsabilité politique que se joue désormais la réussite de la régionalisation avancée.
À l’approche des échéances électorales, une question centrale se pose : voulons-nous des territoires administrés ou réellement gouvernés ? La réponse déterminera la capacité du Maroc à transformer cette ambition en résultats durables.
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