Relance : Il est temps de renforcer les capitaux propres et l'investissement (Experts)
Lors d'un webinaire organisé par la British Chamber of Commerce for Morocco, des experts analysent les moyens mis en place et à envisager pour relancer l'économie marocaine et faire de la crise une opportunité d'investissement.
La pandémie a pris par surprise le monde entier qui n’y était pas préparé et qui a eu du mal à s’y adapter, à la maîtriser ou encore à dépasser ses effets sur le plan économique.
Heureusement, “l’ensemble des autorités, patronats, banques etc. ont joué un rôle pour essayer d’accompagner les entreprises et limiter la casse”, comme le rappelle François Marchal, DG chez Société générale Maroc, intervenant lors d’un webinaire organisé par la British Chamber of Commerce for Morocco, ce mardi 26 janvier.
A l’occasion de cet événement, des experts du secteur bancaire, social, juridique et économique sont revenus sur les mesures adoptées par l’Etat et diverses institutions pour faire face à la crise sanitaire, avant de se projeter sur celles à envisager pour continuer à accompagner les entreprises dans le cadre d’un plan de relance.
"Le crédit ne fait que reporter le problème"
“Nous avons beaucoup cru, notamment entre juillet et septembre, qu’un semestre aura été sacrifié en 2020 en attendant une accélération en fin d’année. Mais compte tenu des reconfinements en Europe et des marchés de destination d’un certain nombre d’activités, nous nous sommes rendu compte qu’en fin 2021 nous ne reviendrons pas là où nous étions en 2019”, déclare François Marchal.
Selon ce dernier, quelques mesures mises en place en urgence ont eu pour conséquence de créer une accumulation de dettes. Le report d’échéance est une mesure d’urgence dont l’objectif était d’éviter une catastrophe mais en réalité, elle ne résout pas la situation.
C’est donc une mesure “nécessaire mais insuffisante”, puisqu’il a fallu “faire face aux défauts de paiement”, indique M. Marchal qui précise que “ce ne sont pas les TPME qui étaient en sursis mais plutôt les particuliers qui ont souffert”.
En effet, certains étaient dans l’informel et ont perdu leur emploi, tandis que d’autres ont négocié le maintien de leur emploi contre une baisse de salaire. Dans tous les cas, ces personnes n’étaient plus en mesure de payer leurs échéances. Il n’y avait donc pas de recouvrement à faire.
Désormais, il est question de s’orienter vers “de nouveaux schémas de relance pour se redonner de la perspective au-delà des échéances qui ont été reportées et les produits Damane Relance”, estime M. Marchal.
Ce dernier précise que “toutes les discussions qui sont en cours aujourd’hui tendent à trouver d’autres outils et supports financiers. Car aujourd’hui, 86.000 dossiers ont été traités par la CCG pour près 65.000 entreprises bénéficiaires dans le cadre de Damane Oxygène et Relance. Un travail colossal a été fait et maintenant est venu le temps d’inventer quelque chose d’autre et de penser à un mécanisme incitatif mais pas complètement risqué”.
Dans ce sens, M. Marchal propose “une diversification des instruments de financement avec des solutions de dettes mezzanines ou subordonnées et des solutions d’injection de capital dans les entreprises”.
“Je pense qu’il y a des entreprises qui sont sous-capitalisées notamment dans le secteur des PME au Maroc. Et si elles veulent pouvoir continuer à investir il faut les renforcer dans ce sens”, souligne-t-il.
Notons que le Fonds Mohammed VI pour l'investissement, qui est sur le point d'être lancé et qui sera doté d'une enveloppe de 45 milliards de DH, vise justement à apporter une solution à la problématique financement de la relance par le crédit, à travers des solutions comme la dette mezzanine ou subordonnée.
Saisir les opportunités d'investissement
Cette question de l’investissement constitue, justement, l’un des principaux enjeux actuels selon François Marchal.
Ce dernier estime que la principale question que les banques, entrepreneurs, PME et autorités devraient se poser est de savoir comment maintenir, pour l’économie marocaine, une capacité d’investissement.
“Il faut se dire que le monde ne s’arrête pas. Nous n’allons pas passer les 5 prochaines années à apurer le stock de ce qu’on a construit pour passer la crise. Il est important pour l’économie marocaine de profiter des changements qui existent dans l’économie mondiale et continuer à investir et à développer sa compétitivité”.
C’est la même position que partage Hassan Belkhayat, administrateur chez la CGEM et président de SouthBrige.
“A la CGEM, nous sommes convaincus que dans toute crise il y a des opportunités. Il faut profiter de la situation, pas uniquement pour se positionner dans de nouveaux secteurs, mais également pour mettre à niveau notre économie”, déclare M. Belkhayat.
Dans ce sens, la CGEM fait de la lutte contre l’informel une de ses priorités, notamment dans ce contexte de pandémie qui a rendu le formel plus intéressant que l’informel, en termes d’appui de l’Etat, d’accès aux banques et aux aides directes.
L’informel constitue un des volets dans lesquels la CGEM s’implique, dans le cadre du Comité de veille économique, à travers la proposition de solutions.
Parmi ces dernières, M. Belkhayat cite celles portant sur la protection sociale, sur le code du travail ou encore sur les moyens de “booster l’entrepreneuriat”, avant de préciser qu’une communication “va être faite sur les mesures prévues pour 2021” et qui visent à “calibrer les réponses par rapport aux besoins des entreprises”, notamment à travers des réponses sectorielles et régionales.
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