Les tests Covid dans les labos privés, un marché juteux à encadrer d'urgence

La demande sur les tests covid-19 dans le privé ne cesse d'augmenter alors que le nombre de laboratoires autorisés est limité. Le marché connait déjà quelques pratiques anarchiques. Les autorités publiques doivent intervenir pour réglementer les tarifs et s'assurer du respect des capacités de tests.

0-https://medias24.com//photos_articles/big/14-09-2020/1s26gt00.jpg-oui
Les tests Covid dans les laboratoires privés, un marché juteux à encadrer d'urgence

Le 14 septembre 2020 à 19:33

Modifié le 15 septembre 2020 à 14:56

Une circulaire du ministère de la Santé, diffusée le vendredi 11 septembre, a établi un nouveau cahier des charges que les laboratoires privés doivent respecter pour la réalisation du diagnostic Covid-19.

A noter qu'à ce jour, 18 laboratoires ont déjà été autorisés et effectuent les tests notamment pour les voyageurs et les entreprises. La liste détaillée des laboratoires privés agréés est disponible sur ce lien.

Ces laboratoires ont été autorisés sur la base de l'ancien cahier des charges qui a été révisé. Ils doivent donc se conformer à la nouvelle nomenclature. Parmi les principales nouveautés du cahier des charges :

- L'instauration des tests sérologiques dans les labos privés.

- L'élargissement du spectre des bénéficiaires de ces tests qui doit comprendre les voyageurs, les étudiants, le personnel des entreprises et des administrations en plus des personnes prélevées par les autorités sanitaires dans le cadre du dépistage des cas contacts et cas possibles.

En réalité, sur ces deux volets, c'est le document qui s'adapte à ce qui se fait sur le terrain et non l'inverse. Car il est de notoriété publique que les laboratoires privés font les tests aux voyageurs, aux effectifs des entreprises et même à des particuliers inquiets ou qui ont eu des cas positifs dans leur entourage. 

Pas d'arrêt pour les labos privés agréés selon l'ancien cahier des charges

C'est le cas aussi quand la circulaire exige des laboratoires privés de se connecter à la plateforme informatique nationale E-labs mise en place par le ministère de la Santé. "Nous sommes déjà connectés au réseau informatique du ministère. Nous avons un code spécial pour y accéder. Nos secrétaires ont été formées par les autorités sanitaires", nous assure le directeur d'un laboratoire agréé à Casablanca. 

Pour notre interlocuteur, "la nouvelle circulaire permet d'organiser le processus mais l'essentiel des exigences du ministère est déjà satisfait". Pour le reste, "tout sera fait pour se conformer à la nouvelle circulaire". 

En effet, outre les éléments cités plus haut, la circulaire détaille la procédure et les exigences techniques et logistiques que les laboratoires doivent respecter pour être conformes. En voici quelques unes : 

- dans le cas où le laboratoire partage l'entrée et/ou la sortie d'un bâtiment avec d'autres usagers, le prélèvement doit se faire dans un site localisé à l'extérieur dudit bâtiment

- la garantie de la confidentialité : ne rendre les résultats qu'au service compétent du ministère de la Santé et à la personne concernée

- le respect du circuit des prélèvements reçus au laboratoire de telle façon à éviter leur croisement avec ceux des patients non covid et les autres prélèvements

- La gestion des déchets émanant de l'activité Covid-19

- Le remise des résultats dans les 24 heures qui suivent le prélèvement.

-...

Comment se passera alors la transition pour les laboratoires actifs dans la Covid-19 et qui reçoivent quotidiennement des centaines de personnes pour les tests ?

Une source du ministère de la Santé nous a expliqué que "ces laboratoires pourront continuer à travailler tout en œuvrant à se conformer dans les plus brefs délais au nouveau cahier des charges". Donc il n'y aura pas d'arrêt d'activité pour eux. 

Ils doivent être prêts au moment du passage de la commission de l'Institut National d'Hygiène (INH) qui est chargée par le ministère du contrôle et de la supervision des activités des laboratoires privés dans ce domaine. 

L'INH a le droit d'effectuer un contrôle périodique et inopiné. De ce fait, "le directeur du laboratoire privé doit se mettre à la disposition des personnes des services compétents au ministère de la Santé, leur accorder le libre accès à tous les locaux du laboratoire, leur permettre d'assister le cas échéant à toutes les analyses en cours d'exécution et leur faciliter par les moyens l'exercice de leur mission", est-il expliqué dans la circulaire du ministère. 

Respect des 24h, le véritable enjeu

Il est certain que le respect de l'ensemble des exigences détaillées dans la circulaire est une obligation, mais le véritable enjeu de cette dernière est le respect des délais de remise des résultats. 

Il a été constaté de nombreux abus dans ce sens. Généralement, les résultats d'un prélèvement sont rendus sous 48h. C'était plus ou moins "la norme" depuis le début de l'épidémie. Mais la hausse des cas nécessitant des tests (Les cas possibles/contacts suivis par le ministère, dépistage en entreprise, voyageurs, étudiants à l'étranger,...) a allongé les délais notamment au niveau du réseau public qui s'est retrouvé vite débordé. 

D'où le recours au privé pour renforcer la capacité de test. Mais même le privé s'est vite retrouvé débordé. Selon un exemple récent, un laboratoire à Casablanca a effectué un test à un particulier un lundi et l'a prévenu que le résultat ne sera disponible que le jeudi. Après quatre jours ! 

"C'est inacceptable qu'un laboratoire privé retarde la remise des résultats au-delà des 48 heures. Même dans le public on arrive désormais à respecter les 24 heures. Nous sommes en présence d'une maladie fortement transmissible et tout retard peut avoir de graves conséquences", répond une source à la délégation du ministère de la Santé de la région Casablanca-Settat.

Sondé sur ce point en particulier, un directeur de laboratoire privé rétorque, "le respect des 24h est techniquement et d'un point de vue logistique tout à fait possible à condition de respecter la capacité de testing dont on dispose. Techniquement on peut même remettre un résultat après 6 ou 8 heures, mais pour des raisons de contrôle et d'engagement on préfère s'engager sur un délai de 24 heures pour être sûr de le respecter".

"Ce qui arrive c'est que certains laboratoires prennent plus de personnes à diagnostiquer que leur capacité et se retrouvent donc avec des délais de remise des résultats qui dépassent la norme", nous explique-t-il.

Covid-19, un nouveau marché juteux 

Clairement, il y a une certaine anarchie qui s'est installée dans le secteur privé. Le diagnostic Covid-19 est un marché juteux qui peut rapidement attiser le désir du gain rapide chez certains.

D'un côté, peu de laboratoires sont autorisés à effectuer les tests Covid-19 comme précisé précédemment : seulement 18 au niveau national. Cela ne veut pas dire que le ministère bloque les autorisations mais que tous les laboratoires n'ont pas forcément la capacité de se conformer au cahier des charges. 

De ce fait, peu de laboratoires privés se partagent le gâteau. Et la demande ne cesse de croître de jour en jour poussant même certains laboratoires à augmenter leur prix. Certains échos au niveau des entreprises, que nous n'avons pas pu vérifier, évoquent des tarifs atteignant les 1500 DH le test. Rappelons que le test coûte dans le public 500 DH (prix coûtant/coût de revient).

Il est également important de noter que sur la circulaire est clairement mentionné que l'une des conditions à respecter est "la gratuité de la prestation tant que les besoins en réactifs sont fournis par le ministère de la Santé". 

Quoi qu'il en soit, la demande croissante et la pression sur les rendez-vous pousse certains laboratoires à accepter des personnes au-delà de leur capacité quotidienne de tests. Certains laboratoires n'hésitent pas à adopter une démarche commerciale notamment vis-à-vis de la cible corporate. Entre un laboratoire qui a mis en place une ressource dédiée à la prospection des entreprises, et cet autre laboratoire qui a tenté de passer par des associations représentantes des entreprises pour se faire de la publicité, le diagnostic Covid-19 n'est finalement pas qu'une question de santé publique pour certains. 

C'est pour cela qu'il est impératif de réglementer ces aspects comme ce fut le cas pour les masques de protection et les gels hydroalcooliques. Selon nos informations, les autorités publiques travaillent sur une nomenclature pour réglementer les tarifs.

Les tests Covid dans les labos privés, un marché juteux à encadrer d'urgence

Le 14 septembre 2020 à19:36

Modifié le 15 septembre 2020 à 14:56

La demande sur les tests covid-19 dans le privé ne cesse d'augmenter alors que le nombre de laboratoires autorisés est limité. Le marché connait déjà quelques pratiques anarchiques. Les autorités publiques doivent intervenir pour réglementer les tarifs et s'assurer du respect des capacités de tests.

Une circulaire du ministère de la Santé, diffusée le vendredi 11 septembre, a établi un nouveau cahier des charges que les laboratoires privés doivent respecter pour la réalisation du diagnostic Covid-19.

A noter qu'à ce jour, 18 laboratoires ont déjà été autorisés et effectuent les tests notamment pour les voyageurs et les entreprises. La liste détaillée des laboratoires privés agréés est disponible sur ce lien.

Ces laboratoires ont été autorisés sur la base de l'ancien cahier des charges qui a été révisé. Ils doivent donc se conformer à la nouvelle nomenclature. Parmi les principales nouveautés du cahier des charges :

- L'instauration des tests sérologiques dans les labos privés.

- L'élargissement du spectre des bénéficiaires de ces tests qui doit comprendre les voyageurs, les étudiants, le personnel des entreprises et des administrations en plus des personnes prélevées par les autorités sanitaires dans le cadre du dépistage des cas contacts et cas possibles.

En réalité, sur ces deux volets, c'est le document qui s'adapte à ce qui se fait sur le terrain et non l'inverse. Car il est de notoriété publique que les laboratoires privés font les tests aux voyageurs, aux effectifs des entreprises et même à des particuliers inquiets ou qui ont eu des cas positifs dans leur entourage. 

Pas d'arrêt pour les labos privés agréés selon l'ancien cahier des charges

C'est le cas aussi quand la circulaire exige des laboratoires privés de se connecter à la plateforme informatique nationale E-labs mise en place par le ministère de la Santé. "Nous sommes déjà connectés au réseau informatique du ministère. Nous avons un code spécial pour y accéder. Nos secrétaires ont été formées par les autorités sanitaires", nous assure le directeur d'un laboratoire agréé à Casablanca. 

Pour notre interlocuteur, "la nouvelle circulaire permet d'organiser le processus mais l'essentiel des exigences du ministère est déjà satisfait". Pour le reste, "tout sera fait pour se conformer à la nouvelle circulaire". 

En effet, outre les éléments cités plus haut, la circulaire détaille la procédure et les exigences techniques et logistiques que les laboratoires doivent respecter pour être conformes. En voici quelques unes : 

- dans le cas où le laboratoire partage l'entrée et/ou la sortie d'un bâtiment avec d'autres usagers, le prélèvement doit se faire dans un site localisé à l'extérieur dudit bâtiment

- la garantie de la confidentialité : ne rendre les résultats qu'au service compétent du ministère de la Santé et à la personne concernée

- le respect du circuit des prélèvements reçus au laboratoire de telle façon à éviter leur croisement avec ceux des patients non covid et les autres prélèvements

- La gestion des déchets émanant de l'activité Covid-19

- Le remise des résultats dans les 24 heures qui suivent le prélèvement.

-...

Comment se passera alors la transition pour les laboratoires actifs dans la Covid-19 et qui reçoivent quotidiennement des centaines de personnes pour les tests ?

Une source du ministère de la Santé nous a expliqué que "ces laboratoires pourront continuer à travailler tout en œuvrant à se conformer dans les plus brefs délais au nouveau cahier des charges". Donc il n'y aura pas d'arrêt d'activité pour eux. 

Ils doivent être prêts au moment du passage de la commission de l'Institut National d'Hygiène (INH) qui est chargée par le ministère du contrôle et de la supervision des activités des laboratoires privés dans ce domaine. 

L'INH a le droit d'effectuer un contrôle périodique et inopiné. De ce fait, "le directeur du laboratoire privé doit se mettre à la disposition des personnes des services compétents au ministère de la Santé, leur accorder le libre accès à tous les locaux du laboratoire, leur permettre d'assister le cas échéant à toutes les analyses en cours d'exécution et leur faciliter par les moyens l'exercice de leur mission", est-il expliqué dans la circulaire du ministère. 

Respect des 24h, le véritable enjeu

Il est certain que le respect de l'ensemble des exigences détaillées dans la circulaire est une obligation, mais le véritable enjeu de cette dernière est le respect des délais de remise des résultats. 

Il a été constaté de nombreux abus dans ce sens. Généralement, les résultats d'un prélèvement sont rendus sous 48h. C'était plus ou moins "la norme" depuis le début de l'épidémie. Mais la hausse des cas nécessitant des tests (Les cas possibles/contacts suivis par le ministère, dépistage en entreprise, voyageurs, étudiants à l'étranger,...) a allongé les délais notamment au niveau du réseau public qui s'est retrouvé vite débordé. 

D'où le recours au privé pour renforcer la capacité de test. Mais même le privé s'est vite retrouvé débordé. Selon un exemple récent, un laboratoire à Casablanca a effectué un test à un particulier un lundi et l'a prévenu que le résultat ne sera disponible que le jeudi. Après quatre jours ! 

"C'est inacceptable qu'un laboratoire privé retarde la remise des résultats au-delà des 48 heures. Même dans le public on arrive désormais à respecter les 24 heures. Nous sommes en présence d'une maladie fortement transmissible et tout retard peut avoir de graves conséquences", répond une source à la délégation du ministère de la Santé de la région Casablanca-Settat.

Sondé sur ce point en particulier, un directeur de laboratoire privé rétorque, "le respect des 24h est techniquement et d'un point de vue logistique tout à fait possible à condition de respecter la capacité de testing dont on dispose. Techniquement on peut même remettre un résultat après 6 ou 8 heures, mais pour des raisons de contrôle et d'engagement on préfère s'engager sur un délai de 24 heures pour être sûr de le respecter".

"Ce qui arrive c'est que certains laboratoires prennent plus de personnes à diagnostiquer que leur capacité et se retrouvent donc avec des délais de remise des résultats qui dépassent la norme", nous explique-t-il.

Covid-19, un nouveau marché juteux 

Clairement, il y a une certaine anarchie qui s'est installée dans le secteur privé. Le diagnostic Covid-19 est un marché juteux qui peut rapidement attiser le désir du gain rapide chez certains.

D'un côté, peu de laboratoires sont autorisés à effectuer les tests Covid-19 comme précisé précédemment : seulement 18 au niveau national. Cela ne veut pas dire que le ministère bloque les autorisations mais que tous les laboratoires n'ont pas forcément la capacité de se conformer au cahier des charges. 

De ce fait, peu de laboratoires privés se partagent le gâteau. Et la demande ne cesse de croître de jour en jour poussant même certains laboratoires à augmenter leur prix. Certains échos au niveau des entreprises, que nous n'avons pas pu vérifier, évoquent des tarifs atteignant les 1500 DH le test. Rappelons que le test coûte dans le public 500 DH (prix coûtant/coût de revient).

Il est également important de noter que sur la circulaire est clairement mentionné que l'une des conditions à respecter est "la gratuité de la prestation tant que les besoins en réactifs sont fournis par le ministère de la Santé". 

Quoi qu'il en soit, la demande croissante et la pression sur les rendez-vous pousse certains laboratoires à accepter des personnes au-delà de leur capacité quotidienne de tests. Certains laboratoires n'hésitent pas à adopter une démarche commerciale notamment vis-à-vis de la cible corporate. Entre un laboratoire qui a mis en place une ressource dédiée à la prospection des entreprises, et cet autre laboratoire qui a tenté de passer par des associations représentantes des entreprises pour se faire de la publicité, le diagnostic Covid-19 n'est finalement pas qu'une question de santé publique pour certains. 

C'est pour cela qu'il est impératif de réglementer ces aspects comme ce fut le cas pour les masques de protection et les gels hydroalcooliques. Selon nos informations, les autorités publiques travaillent sur une nomenclature pour réglementer les tarifs.

A lire aussi


Communication financière

Assemblée Générale Ordinaire LafargeHolcim Maroc : Avis de convocation des actionnaires

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.