Le déficit commercial avec la Turquie frôle désormais les 20 milliards de DH

Malgré un redressement des exportations marocaines en 2019, la vitesse de progression des importations depuis la Turquie est telle que le déficit commercial avec ce pays a augmenté de 22% en une seule année.

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Le déficit commercial avec la Turquie frôle désormais les 20 milliards de DH Moulay Hafid Elalamy avec son homologue Ruhsar Pekcan, lors de la 5e session mixte de l'ALE, tenue en janvier dernier.

Le 29 juin 2020 à 13:28

Modifié le 29 juin 2020 à 21:06

La renégociation de l’accord de libre-échange Maroc-Turquie faisait l’actualité juste avant l’éclatement de la crise sanitaire et économique du Coronavirus.

La dernière information disponible est que la partie turque a accepté la demande marocaine de révision de l’accord. Au Parlement, Moulay Hafid Elalamy avait précisé que la révision allait prendre quelques semaines, pas quelques années. Mais la crise du Covid a naturellement bousculé tous les agendas.

En attendant que ce chantier aboutisse, l’ALE avec la Turquie continue de faire des dégâts.

Selon le dernier rapport annuel du commerce extérieur, que l’Office des changes vient de publier, le déficit commercial du Maroc avec la Turquie a atteint 19,5 milliards de DH en 2019, en hausse de 22% ou de 3,5 milliards par rapport à 2018.

Même si les exportations du Maroc vers la Turquie se sont redressées de 10% après 2 années de baisse, les importations depuis ce pays ont poursuivi leur forte progression avec +19%, à 25,6 milliards de DH contre à peine 6,1 milliards pour les exportations.

Les importations dans le cadre de l’ALE représentent 74,7% du total contre 64,6% en 2015, soit 19,1 milliards de DH contre 7,8 milliards il y a 5 ans.

Ainsi, depuis 2015, le déficit commercial avec la Turquie a plus que doublé. Depuis l'entrée en vigueur de l'ALE en 2006, il a plus que quadruplé.

Aujourd’hui, c’est le troisième déficit commercial par pays le plus important après ceux réalisés avec la Chine (-47 milliards de DH) et les Etats-Unis (-25 milliards). En termes de poids des importations, l’ALE avec la Turquie est le deuxième après celui avec l’UE.

La Turquie pèse désormais 5,2% de nos importations contre seulement 2,2% de nos exportations. Le pays est le premier fournisseur du Maroc en voitures utilitaires et parmi ses principaux fournisseurs de voitures de tourisme, de parties et pièces de voitures, d’appareils électriques…

Mais il n’y a pas que ces produits. Le fer et l’acier représentent une part importante de nos importations, de même que le textile et l’habillement, les articles en plastique et l’électroménager.

Améliorer la compétitivité et la diversification de l'économie marocaine

Face à l’ampleur de ce déficit commercial, il y a très peu d’investissements turcs au Maroc pour compenser, encore moins de recettes touristiques. Ce déficit ne génère que des pertes d’emplois, comme dans le textile où elles sont estimées à plus de 100.000 au cours des dernières années.

La révision de l’ALE, avec l’introduction de listes négatives de secteurs à protéger, permettra-t-elle, à elle seule, de rééquilibrer les échanges entre les deux pays ? Certainement pas. Plusieurs paramètres entrent en jeu.

Il y a d’abord les barrières non tarifaires, appliquées rigoureusement en Turquie contrairement au Maroc. A moins d’exiger des conditions d’accès plus souples, le Royaume gagnerait donc à renforcer ses normes qualité et énergétiques, comme le préconisent plusieurs experts.

Il y a aussi l’appui financier qu’accorde l’Etat turc aux exportateurs dont les produits deviennent plus compétitifs en termes de prix. A moins de dénoncer ces pratiques, un soutien financier plus marqué aux exportateurs marocains est à envisager.

Enfin, activer les mesures de sauvegarde et protéger certains secteurs, c’est bien. Mais à condition que ces leviers soient temporaires et de ne pas verser dans le protectionnisme qui ne sera bon ni pour l’économie ni pour le consommateur, selon plusieurs économistes et experts.

Ce qui signifie que c’est la compétitivité globale de l’économie marocaine, sa diversification et sa montée en gamme qui doivent être améliorées pour réduire le déficit commercial. Un chantier transverse et complexe car nécessitant l’accélération de plusieurs réformes (simplification des procédures, révision de la fiscalité, formation des ressources humaines…).

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Moulay Hafid Elalamy avec son homologue Ruhsar Pekcan, lors de la 5e session mixte de l'ALE, tenue en janvier dernier.

Le déficit commercial avec la Turquie frôle désormais les 20 milliards de DH

Le 29 juin 2020 à13:28

Modifié le 29 juin 2020 à 21:06

Malgré un redressement des exportations marocaines en 2019, la vitesse de progression des importations depuis la Turquie est telle que le déficit commercial avec ce pays a augmenté de 22% en une seule année.

La renégociation de l’accord de libre-échange Maroc-Turquie faisait l’actualité juste avant l’éclatement de la crise sanitaire et économique du Coronavirus.

La dernière information disponible est que la partie turque a accepté la demande marocaine de révision de l’accord. Au Parlement, Moulay Hafid Elalamy avait précisé que la révision allait prendre quelques semaines, pas quelques années. Mais la crise du Covid a naturellement bousculé tous les agendas.

En attendant que ce chantier aboutisse, l’ALE avec la Turquie continue de faire des dégâts.

Selon le dernier rapport annuel du commerce extérieur, que l’Office des changes vient de publier, le déficit commercial du Maroc avec la Turquie a atteint 19,5 milliards de DH en 2019, en hausse de 22% ou de 3,5 milliards par rapport à 2018.

Même si les exportations du Maroc vers la Turquie se sont redressées de 10% après 2 années de baisse, les importations depuis ce pays ont poursuivi leur forte progression avec +19%, à 25,6 milliards de DH contre à peine 6,1 milliards pour les exportations.

Les importations dans le cadre de l’ALE représentent 74,7% du total contre 64,6% en 2015, soit 19,1 milliards de DH contre 7,8 milliards il y a 5 ans.

Ainsi, depuis 2015, le déficit commercial avec la Turquie a plus que doublé. Depuis l'entrée en vigueur de l'ALE en 2006, il a plus que quadruplé.

Aujourd’hui, c’est le troisième déficit commercial par pays le plus important après ceux réalisés avec la Chine (-47 milliards de DH) et les Etats-Unis (-25 milliards). En termes de poids des importations, l’ALE avec la Turquie est le deuxième après celui avec l’UE.

La Turquie pèse désormais 5,2% de nos importations contre seulement 2,2% de nos exportations. Le pays est le premier fournisseur du Maroc en voitures utilitaires et parmi ses principaux fournisseurs de voitures de tourisme, de parties et pièces de voitures, d’appareils électriques…

Mais il n’y a pas que ces produits. Le fer et l’acier représentent une part importante de nos importations, de même que le textile et l’habillement, les articles en plastique et l’électroménager.

Améliorer la compétitivité et la diversification de l'économie marocaine

Face à l’ampleur de ce déficit commercial, il y a très peu d’investissements turcs au Maroc pour compenser, encore moins de recettes touristiques. Ce déficit ne génère que des pertes d’emplois, comme dans le textile où elles sont estimées à plus de 100.000 au cours des dernières années.

La révision de l’ALE, avec l’introduction de listes négatives de secteurs à protéger, permettra-t-elle, à elle seule, de rééquilibrer les échanges entre les deux pays ? Certainement pas. Plusieurs paramètres entrent en jeu.

Il y a d’abord les barrières non tarifaires, appliquées rigoureusement en Turquie contrairement au Maroc. A moins d’exiger des conditions d’accès plus souples, le Royaume gagnerait donc à renforcer ses normes qualité et énergétiques, comme le préconisent plusieurs experts.

Il y a aussi l’appui financier qu’accorde l’Etat turc aux exportateurs dont les produits deviennent plus compétitifs en termes de prix. A moins de dénoncer ces pratiques, un soutien financier plus marqué aux exportateurs marocains est à envisager.

Enfin, activer les mesures de sauvegarde et protéger certains secteurs, c’est bien. Mais à condition que ces leviers soient temporaires et de ne pas verser dans le protectionnisme qui ne sera bon ni pour l’économie ni pour le consommateur, selon plusieurs économistes et experts.

Ce qui signifie que c’est la compétitivité globale de l’économie marocaine, sa diversification et sa montée en gamme qui doivent être améliorées pour réduire le déficit commercial. Un chantier transverse et complexe car nécessitant l’accélération de plusieurs réformes (simplification des procédures, révision de la fiscalité, formation des ressources humaines…).

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