img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

ALE Maroc-Turquie : Karim Tazi annonce la position officielle de la CGEM

ENTRETIEN. Le président de la commission de l'environnement des affaires de la CGEM, Karim Tazi, revient pour Médias24 sur le sujet du moment, la révision de l'Accord de libre-échange (ALE) Maroc-Turquie. Voici la position officielle de la CGEM sur la question.

ALE Maroc-Turquie : Karim Tazi annonce la position officielle de la CGEM
Hayat Gharbaoui
Le 21 février 2020 à 18h54 | Modifié 10 avril 2021 à 22h17

La révision de l'Accord de libre-échange Maroc-Turquie déchaine les passions et préoccupe l'opinion publique. Les différents secteurs productifs marocains touchés par la concurrence turque depuis des années se faisaient discrets et essayaient de traiter la problématique d'un point de vue sectoriel. Le dernier en date à monter au créneau est le secteur textile.

La problématique a pris un nouveau tournant quand Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie et du Commerce a pris la décision, courageuse sur le plan politique, de pousser vers la révision de cet accord qui pénalise l'économie marocaine et creuse le déficit de la balance commerciale du pays.

L'accord est actuellement en cours de révision. C'est le gouvernement et le ministre de tutelle qui portent le dossier, en l'absence de communication officielle des opérateurs ou fédérations. Hormis la sidérurgie et le textile, les autres fédérations touchées commencent à peine à prendre la parole. 

La CGEM, quant à elle, était prise par ses affaires internes notamment les élections de la nouvelle équipe dirigeante. Maintenant que l'équipe est au complet et que les instances dirigeantes sont opérationnelles, le patronat brise le silence à travers le président de la commission environnement des affaires, Karim Tazi. Ce dernier nous livre dans cette première sortie de la CGEM sur la question, la position officielle du patronat. 

- Médias24. Quelle est la position de la CGEM sur ce débat autour de la révision de l'ALE Maroc-Turquie ?

- Karim Tazi. La CGEM n'aurait pas fait de sortie si l'ensemble de ses fédérations n'étaient pas alignées sur l'idée que cet accord a un impact extrêmement négatif sur l'économie marocaine. Dans cet ALE, nous sommes relativement équilibrés sur le secteur de l'automobile, excédentaires sur le phosphate, et sur l'ensemble des secteurs restants nous sommes déficitaires. Mais c'est le trend qui est le plus inquiétant. Cela fait des années que le déficit se creuse en leur faveur. Jusqu'à quand ? 

La position de la CGEM sur ce sujet est très claire, c'est celle de l'ensemble de ses fédérations. Le Maroc s'est inscrit dans la chaine de valeur mondiale, cela ne doit pas changer, nous devons continuer notre dynamique d'ouverture. Cela dit, cette dynamique d'ouverture doit être intelligente et réfléchie.

Et à chaque fois que l'ouverture conduit à des accords "Win-Lose" comme c'est le cas avec la Turquie, il doit y avoir une stratégie de révision, qui est permise par les dits accords.

La position de la CGEM n'est pas viscéralement protectionniste, mais quand une valeur ajoutée socio-économique (emplois et entreprises) est détruite par un accord visiblement déséquilibré, là on dit qu'il faut réviser. Et c'est l'ensemble des acteurs, des fédérations et la CGEM qui sont alignés sur ce point.

- La révision est aujourd'hui actée puisque le processus est enclenché. La CGEM est-elle impliquée dans ce processus ? 

- Oui, nous le sommes à travers nos fédérations. Ce n'est même pas un souhait de notre part, c'est une obligation. On ne peut pas parler de secteurs concernés sans qu'ils soient associés aux discussions. Les fédérations sont directement engagées, chacune selon sa ligne de défense, assistées par la CGEM.

- Avez-vous une vision concrète sur ce qui doit être révisé ?

- Il y a une certaine complexité technique qui empêche que l'on puisse ici répondre exhaustivement à cette question. 

D'abord, il y a une complexité au niveau des règles de l'OMC. Rien que pour mettre en place une mesure de sauvegarde, il faut remplir plusieurs conditions et prouver le préjudice subi, ainsi de suite...

Il y a aussi une complexité technique liée à la politique des subventions de certains pays, autres que la Turquie. Certaines subventions sont acceptées ou tolérées par l'OMC, d'autres, cachées, ne le sont pas.

Une autre complexité réside, cette fois-ci, dans les spécificités de chaque secteur. La CGEM ne peut pas se substituer aux fédérations. Chacune doit avoir sa ligne de défense. 

Si on prend le secteur agricole, par exemple, le monde rural et l'agriculture sont une priorité pour tous les Marocains. Donc l'amont agricole doit être préservé tout en trouvant des équilibres pour avoir également une industrie agroalimentaire compétitive.

Ce n'est pas le cas si on prend d'autres secteurs qui, eux, ont besoin d'intrants compétitifs pour améliorer leur offre et sur lesquels on doit déprotéger l'amont et protéger l'aval. C'est le cas, à titre d'exemple, du textile qui doit améliorer son offre, il a donc besoin d'intrants tout en protégeant là où il y a le plus d'emplois et de valeur ajoutée. Tous les secteurs n'ont pas les mêmes intérêts. 

Par ailleurs, et en sus des priorités de chaque secteur, la CGEM porte de grands principes. Le premier est de toujours s'inscrire dans la chaine de valeur mondiale. Le deuxième est d'arbitrer en faveur de la valeur ajoutée socio-économique locale, là où elle réside. 

- Comment décrivez-vous le climat dans lequel se passent ces négociations ? 

- La CGEM ne peut s'exprimer que sur l'aspect socio-économique de ce dossier. Maintenant, je trouve à titre personnel, et cela n'engage que moi, que le débat a pris des proportions politiques qui dépassent l'enjeu socio-économique. C'est d'abord et avant tout, un problème d'emplois.

Les Turcs ont depuis longtemps bien préparé le terrain au Maroc sur les plans culturel et politique. S'ils ont toujours été bien préparés, depuis les premières négociations de l'ALE qui, faut-il le rappeler, était voulu par le Maroc, c'est à nous maintenant de bien nous préparer et de parler d'une même voix, acteurs économiques et pouvoirs publics. C'est notre capacité à nous préparer, à bien nous entourer, à discuter sur les bons sujets qui fera la différence. 

- L'enjeu est donc dans la préparation et la maîtrise des dossiers. Comment vous êtes-vous préparés ?

- Les opérateurs étaient tellement affectés que nous nous sommes bien préparés. Et la meilleure préparation, en dehors de l'accompagnement par des cabinets spécialisés, c'est la détermination, avoir une ligne claire, savoir ce que l'on veut faire de notre secteur productif. 

- La révision de l'ALE peut-elle résoudre réellement le problème des déséquilibres ? 

- Il ne faut pas se leurrer, ces mesures sont nécessaires mais insuffisantes. Nous ne voulons pas rentrer dans le débat stérile de dire faut-il faire la mise à niveau ou la protection. Ce sont les deux qu'il faut et dans le bon équilibre.

Sachant, qu'encore une fois, nous ne cherchons pas à instaurer une politique protectionniste, nous voulons protéger la valeur ajoutée tout en accélérant la dynamique de mise à niveau. 

A travers cette action et d'autres, la CGEM porte une mission importante : rendre à nouveau le secteur productif formel attractif. Et pour cela, on commence par enlever les premiers obstacles.

- Le déficit de l'ALE est également dû au fait que les exportations marocaines vers la Turquie sont limitées...

- Dire que notre économie est aussi forte que celle de la Turquie serait un mensonge. Mais dire que nous n'avons pas d'offre exportable serait aussi un mensonge. Nous sommes compétitifs à l'export dans plusieurs industries et nous arrivons à nous positionner sur de nombreux marchés, sauf en Turquie, il faut alors se poser des questions. 

Il n'y a pas que les Marocains qui n'ont pas réussi à percer le marché turc, de grandes enseignes internationales qui sont des concurrents frontaux des opérateurs turcs ont eu des difficultés, sauf quand ils produisaient de grandes quantités en Turquie.

C'est un secret de polichinelle de dire que la Turquie est un champion des barrières non tarifaires, ou du patriotisme économique. La Turquie a cette logique de rester sur la chaine de valeur mondiale tout en choisissant sa bataille sur des produits spécifiques. Il y a une cohérence des politiques publiques turques avec le secteur privé pour soutenir le secteur productif. 

- Qu'en sera-il des autres ALE dans lesquels le Maroc est également déficitaire ?

- Notre analyse en tant que CGEM est toujours froide. Nous n'avons aucun a priori sur la Turquie ni un autre pays. Nous regardons les secteurs sur lesquels nous avons un savoir-faire historique et un potentiel de marché. Et quand ces secteurs sont attaqués et deviennent vulnérables, on doit réagir, peu importe l'ALE en question.

Il faut renégocier, chaque fois qu'il est nécessaire, ce qui n'arrange pas le Maroc dans tous les accords. C'est ce que font les autres pays sachant que c'est une possibilité qu'offrent les mécanismes des ALE et les règles de l'OMC. 

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Hayat Gharbaoui
Le 21 février 2020 à 18h54

à lire aussi

Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca
BUSINESS

Article : Pratt & Whitney Canada inaugure son usine de moteurs d'avions à Casablanca

Pratt & Whitney Canada a officiellement inauguré, ce mardi 21 avril 2026, sa nouvelle installation au cœur de la zone Midparc à Nouaceur. Détails.

Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère
Mines

Article : Cuivre. Prix records, projets en cascade… nourrie par les tensions géopolitiques, la ruée vers le Maroc s’accélère

Porté par un cuivre désormais autour de 13.100 dollars la tonne sur le LME et plus de 6 dollars la livre sur le COMEX, le secteur minier marocain entre dans une phase d’accélération. Entre la montée en puissance de Tizert, les ambitions de Managem (jusqu’à 182.000 tonnes en 2026) et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux tel KGHM, le Royaume se positionne comme un relais stratégique dans un marché mondial sous tension, où transition énergétique et dépenses de défense redessinent la hiérarchie des producteurs. Décryptage.

Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage
Quoi de neuf

Article : Au SIAM 2026, OCP met en avant sa vision intégrée de l'agriculture et de l'élevage

Le groupe OCP met en avant, à l'occasion du 18e Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) qui se tient du 20 au 28 avril à Meknès, sa vision intégrée des systèmes agricoles, illustrant le rôle central du phosphore dans l'articulation entre fertilité des sols, production végétale et alimentation animale.

Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes
DIPLOMATIE

Article : Ligue arabe : Rabat insiste sur une réponse commune aux actions iraniennes

Réuni en visioconférence le 21 avril 2026 à l’initiative de Bahreïn, le Conseil ministériel a examiné les répercussions des tensions régionales. De son côté, le Maroc a réaffirmé son soutien aux États concernés et au respect du droit international.

En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises
Quoi de neuf

Article : En visite à Stockholm, Hammouchi formalise un partenariat sécuritaire inédit avec les autorités suédoises

Paraphé lors d’entretiens avec le ministre de la Justice Gunnar Strömmer et les responsables policiers du pays nordique, le dispositif inclut des canaux rapides de coopération opérationnelle et d’assistance technique.

Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD
POLITIQUE

Article : Législatives 2026. Samir Chaouki : pourquoi j'ai choisi le PJD

C’est l’une des investitures les plus commentées de ce premier round PJDiste. En propulsant Samir Chaouki, journaliste de renom et président du think tank OMEGA, dans la circonscription de Hay Hassani, le PJD envoie probablement, comme il l'avait fait par le passé, un signal d'ouverture. Entre rupture avec les méthodes classiques et volonté de transparence, le candidat se confie à Médias24 sur ce nouveau défi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité