Le confinement met à rude épreuve les nerfs des enfants
En vigueur depuis près d’un mois, le confinement chamboule les habitudes parentales et les repères des enfants. L’enjeu est de fixer un cadre sans verser dans la rigidité.
L’impact du confinement ne se limite pas qu’aux adultes. Pour les enfants aussi, le contexte actuel, inédit de surcroît, est source de souffrances, alimentées par des frustrations que les parents peinent à apaiser, eux qui doivent jongler entre leurs impératifs professionnels et leurs responsabilités parentales.
Mère de deux enfants de 7 et 2 ans, Imane* témoigne auprès de Médias24 de la difficulté, surtout pour son aîné, de composer avec les contraintes imposées par le confinement, en vigueur depuis près d’un mois au Maroc. « Les deux premières semaines se sont bien passées mais ensuite, les choses se sont corsées. Mon fils est devenu nerveux, agressif… Il pique des crises de larmes et se met à hurler sans savoir pourquoi. Il sature, tout simplement », nous dit-elle.
Depuis l’annonce du confinement, Imane partage tout son temps entre son activité professionnelle, qu’elle effectue en télétravail, et les devoirs de son fils envoyés par l’école.
« Heureusement, mon mari prend le relais quand je n’ai plus la force, et il s’occupe entièrement de notre fille de deux ans », ajoute-t-elle. Même épaulée par son époux, cette mère de famille se sent démunie face à l’ampleur de la tâche, notamment dans le suivi de la scolarité de son fils.
« Je crains qu’il accumule du retard. On fait pourtant tout pour que les exercices soient faits et envoyés dans les délais », dit-elle… Quitte à faire déborder le temps consacré aux devoirs sur les soirées, au risque de voir se profiler des journées qui n’en finissent pas.
« Les parents doivent aussi relâcher la pression : ils accompagnent leurs enfants dans un contexte particulier mais ne sont pas des enseignants et n’ont pas à le devenir », prévient Ghita Msefer, psychologue clinicienne et enseignante à l’École supérieure de psychologie de Casablanca.
Cadrer sans fliquer
Pour Hajar* et ses deux garçons de 5 ans et 11 mois, le confinement non plus n’est pas chose aisée.
« On essaie de respecter le principe de l’école à la maison avec le même calendrier qu’à l’école, pauses et activités comprises. On a réaménagé le salon pour leur installer un espace de jeux, même si la télé est beaucoup plus allumée qu’avant car il faut bien qu’on cède pour pouvoir, mon mari et moi, assurer les autres tâches du foyer et remplir nos obligations professionnelles », nous dit Hajar.
Ce matin, la tension accumulée par son aîné, confiné depuis près d’un mois sans aucune sortie à l’extérieur, a atteint son paroxysme : « Au réveil il a piqué une crise incompréhensible. Quelques secondes plus tard, j’ai entendu la porte de l’appartement s’ouvrir et, lorsque je suis partie voir, je l’ai vu en train de descendre les escaliers. Ça m’a choquée ! Je l’ai rattrapé à la moitié des escaliers qui descendent vers le troisième étage et je l’ai ramené à la maison. Bref, une crise pas possible ! Il nous a fallu deux heures pour le calmer. »
Loubaba Belmejdoub, psychologue clinicienne spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, pourrait ainsi résumer l’équation en cette période si particulière : cadrer sans fliquer.
Cette praticienne recommande en effet d’instaurer un cadre souple tout en fixant des repères. « On est dans un contexte où il faut relativiser et faire preuve de souplesse, y compris avec les écrans. Il faut instaurer un programme qui fixe les heures du réveil et du coucher, les moments dédiés aux jeux et à la détente, et délimite le temps consacré au travail scolaire : 1h30 le matin, 1h30 l’après-midi, c’est suffisant », estime-t-elle.
Le maintien des repères est un gage de stabilité pour toute la famille ; peut-être plus encore pour les enfants. « A partir de cinq ans, l’enfant a une vie sociale : il a des activités, des amis, un rythme de vie. Cette routine est nécessaire ; elle le rassure. A contrario, lorsque ses repères sont brouillés, l’enfant peut être déstabilisé face à une situation nouvelle et inconnue », abonde Ghita Msefer.
Et avant l’âge de cinq ans ? « Jusqu’à cet âge, les enfants ont besoin d’être dans une exclusivité relationnelle avec leurs parents. Le confinement est une opportunité pour eux : il leur permet de passer plus de temps avec leurs parents et de recevoir toute l’attention dont ils besoin », souligne-t-elle.
Des cellules d’écoute pour enfants et parents
Une attention certes primordiale pour le bien-être de l’enfant, mais qui reste soumise à des conditions : « L’impact du confinement sur les enfants est essentiellement lié à la réaction des parents face à cette situation. Plus les parents sont anxieux et bouleversés, et eux-mêmes en manque de repères, plus l’impact sera fort sur les enfants, véritables éponges de l’anxiété parentale. Les conséquences dépendent également de la dynamique du couple parental : dans un couple affecté, fragilisé, le risque d’une recrudescence des violences, des tensions et des troubles de la communication est grand », observe Loubaba Belmejdoub.
Le Réseau des psychologues du Maroc a mis en place une cellule de guidance parentale pendant le confinement. Elle est est joignable à ces deux numéros : 05 22 54 85 26 et 06 78 90 39 44.
L’hôpital d’enfants Abderrahim El Harouchi, à Casablanca, a également mis en place une cellule d’écoute et de soutien psychologique pour les enfants, adolescents et leurs parents. Un pédopsychiatre et un psychologue sont joignables au 06 76 41 25 60, tous les jours 24h/24. Enfin, la chaîne YouTube Monorthophoniste.ma a mis en ligne une courte vidéo sur le confinement expliqué aux enfants.
*Les prénoms ont été modifiés.
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