La quarantaine va-t-elle faire fuir les MRE et les touristes étrangers ?

Au lendemain de l’annonce par Nasser Bourita, d’une quarantaine obligatoire de 9 jours et de 2 tests PCR imposés aux MRE, un grand hôtelier espère que ces mesures qui s’appliqueront, selon lui, aussi aux touristes étrangers, seront assouplies en juillet sous peine de perdre beaucoup de réservations. De son côté, un expert estime que s’il ne faut pas se précipiter et ruiner les efforts consentis depuis le mois de mars, l’Etat doit s’attendre à accueillir et gérer entre 1 et 1,5 million de MRE.

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La quarantaine va-t-elle faire fuir les MRE et les touristes étrangers ?

Le 23 juin 2020 à 17:08

Modifié le 24 juin 2020 à 12:02

L’annonce, lundi 22 juin, de l'annulation de l’opération Marhaba et de l'obligation du respect strict des mesures d’accueil des Marocains résidents à l’étranger a douché les espoirs des hôteliers, en particulier trois grands opérateurs qui commençaient, selon eux, juste à recevoir un flux important de réservations.

Une quarantaine obligatoire découragera l’arrivée des MRE

Sollicités par Medias24, ils ont tous requis l’anonymat pour faire part de leur étonnement face à des mesures sanitaires contraignantes qui feront changer d’avis leurs clients « tentés d’aller voir ailleurs ».

« Si nous attendions avec impatience de connaître la date d’ouverture des frontières, l’obligation annoncée par Bourita que nos futurs clients MRE, restent confinés pendant près de 10 jours et effectuer 2 tests pour prouver qu’ils ne sont pas porteurs du virus, va ruiner tous nos efforts.

« En effet, dans son allocution au Parlement, le ministre a bien précisé que si ce protocole était maintenu, il ne manquera pas d’avoir un impact sur le retour des MRE. Entre les lignes, Bourita reconnait donc qu’il est contraignant et découragera la venue des visiteurs marocains ou pas d’ailleurs.

Aucun client, MRE ou pas, n’acceptera de rester enfermé une partie de son congé

« Sachant qu’après une période stressante de confinement, les gens ont besoin de décompresser et que la durée moyenne d’un séjour estival est comprise entre une et deux semaines, personne n’acceptera de sacrifier la moitié, voire même, la totalité de ses vacances pour rester confiné à l’hôtel.

« L’exemple le plus parlant est celui des MRE qui habitent en Allemagne. Ainsi, si on doit additionner les 9 jours de quarantaine imposés par le Maroc aux 14 jours par leur pays de résidence, cette population devra donc rester enfermée 23 jours au total, ce qui ne risque pas de la motiver à venir.

« A moins que le ministère ne créé des clubs Med, dont le principe est justement d’être enfermé, pour la période de quarantaine ou pour les porteurs du Covid-19, je ne vois pas qui voudra venir chez nous », déclare un des 3 hôteliers qui espère que des mesures plus souples seront annoncées rapidement sous peine de plomber totalement la saison touristique en décourageant non seulement les MRE mais aussi les touristes étrangers de séjour (TES).

La Grèce, un modèle à suivre ?

« S’il est normal que l’Etat prenne des précautions sanitaires, d’autres destinations concurrentes ont mis en place des solutions de quarantaine plus courtes, tout aussi préventives mais pas dissuasives.

« C’est le cas de la Grèce qui, jusqu’au 30 juin prochain, imposera à l’aéroport d’arrivée un dépistage des voyageurs puis un auto-confinement d’à peine 24 heures jusqu’à ce que les résultats du test tombent.

« Ce n’est qu’en cas de résultat positif qu’il y aura 14 jours de confinement dans un hôtel dédié à cet effet. Ainsi, on élimine le risque de contamination sanitaire et le secteur hôtelier n’est pas touché.

« De plus, à partir du 1er juillet, la Grèce rouvrira toutes ses liaisons internationales (aériennes et maritimes) et passera à des tests aléatoires qui en cas de résultat positif déclenchera un confinement de 14 jours dans un hôtel désigné par le gouvernement », conclut notre hôtelier qui ajoute que ses confrères tunisiens, confrontés aux mêmes mesures contraignantes d’accès aux frontières, ont dénoncé le risque de baisse massive des arrivées si elles n’étaient pas assouplies très rapidement.

L’ouverture des frontières ne doit pas ruiner 3 mois de confinement

Moins pessimiste, un expert estime que la question du retour estival des MRE résume à elle seule la problématique de la gestion de la crise covid-19 au Maroc, qui entre dans sa 3eme phase.

« L’on sait que le Maroc a payé un très lourd tribut économique en mettant la santé et la préservation de sa population au sommet de toutes les priorités et ne souhaiterait pas que ce sacrifice soit vain.

Manque de visibilité

« Pour cela, le retour des MRE suppose d’abord que des préalables soient clarifiés, mais à ce jour, ils ne l’ont pas été ou très partiellement évoqués le lundi 22 juin, par le ministre au Parlement :

- Une date d’ouverture officielle des frontières aériennes et maritimes.

- La mise en place d’un plan A/R de transport aérien et maritime conséquent et communiqué préalablement pour satisfaire la demande, fluidifier les flux et éviter les surenchères tarifaires.

- Coordination diplomatique avec les pays d’accueil et ceux de transit.

- Les conditions sanitaires à remplir au départ du pays d’accueil et/ou à l’arrivée au pays : test PCR négatif obligatoire datant de moins de 72 heures, test à l’arrivée, préciser les modalités si confinement obligatoire (durée, prise en charge par qui, quels lieux de confinement pour les arrivants à Tanger-Med), etc.

- Préciser les conditions d’accès dans la phase retour dans les pays d’accueil (exemple l’Allemagne qui exigerait la mise en quarantaine de tous les voyageurs revenant de certains pays. Cela conditionne aussi les dates de retour au travail et à l’école pour nos MRE).

1 à 1,5 million de MRE devraient quand même faire le voyage

« Compte tenu du retard pris dans la communication des points cités précédemment et du temps nécessaire pour la préparation du voyage, on peut estimer un flux MRE de l’ordre de 1 à 1,5 million de personnes (contre 2,5 millions en temps normal), surtout si l’ouverture des frontières aériennes et maritimes est annoncée vers le 20 juillet, permettant ainsi à nos ressortissants de profiter de l’Aïd el Kébir en famille, dans leur patrie.

« Sachant que l’évolution planétaire de la pandémie est un facteur fondamental dans la prise de décision qui intéresse directement ou indirectement pas moins de 5 départements ministériels, dont le tourisme, la préparation dans un laps de temps très court de l’accueil de ce nombre important de MRE, dans ses volets logistique, sanitaire et hospitalier, complique singulièrement la situation.

Nécessité de finir le rapatriement des Marocains bloqués avant d’accueillir les MRE

« Pour que cela se fasse dans de bonnes conditions, cela supposerait aussi que l’opération prioritaire de rapatriement des 31.000 Marocains bloqués à l’étranger serait dans sa phase finale (entre le 15 mai et le 28 juin, 7.800 rapatriements prévus) et que les conditions appliquées aux touristes non-résidents à l’ouverture des frontières ne seraient pas significativement différentes de celles appliquées à nos MRE.

Comment gérer le retour des Marocains qui iront faire du tourisme à l’étranger ?

« Enfin, l’ouverture cet été des frontières encouragera certainement un flux de touristes marocains vers l’étranger et particulièrement vers la péninsule ibérique et nécessiterait donc la définition préalable des conditions sanitaires de leur retour au pays », conclut en s’interrogeant notre source.

Sachant que depuis le 1er cas de Covid-19 apparu le 2 mars dernier, le Maroc n’a pratiqué que 550.000 tests de dépistage, Medias24 a essayé de savoir si le ministère de la Santé disposait des moyens, humains et financiers, pour tester des centaines de milliers, voire des millions de MRE, de touristes étrangers de séjour et enfin de touristes marocains à l’étranger, mais notre requête est restée sans réponse.

La quarantaine va-t-elle faire fuir les MRE et les touristes étrangers ?

Le 23 juin 2020 à17:07

Modifié le 24 juin 2020 à 12:02

Au lendemain de l’annonce par Nasser Bourita, d’une quarantaine obligatoire de 9 jours et de 2 tests PCR imposés aux MRE, un grand hôtelier espère que ces mesures qui s’appliqueront, selon lui, aussi aux touristes étrangers, seront assouplies en juillet sous peine de perdre beaucoup de réservations. De son côté, un expert estime que s’il ne faut pas se précipiter et ruiner les efforts consentis depuis le mois de mars, l’Etat doit s’attendre à accueillir et gérer entre 1 et 1,5 million de MRE.

L’annonce, lundi 22 juin, de l'annulation de l’opération Marhaba et de l'obligation du respect strict des mesures d’accueil des Marocains résidents à l’étranger a douché les espoirs des hôteliers, en particulier trois grands opérateurs qui commençaient, selon eux, juste à recevoir un flux important de réservations.

Une quarantaine obligatoire découragera l’arrivée des MRE

Sollicités par Medias24, ils ont tous requis l’anonymat pour faire part de leur étonnement face à des mesures sanitaires contraignantes qui feront changer d’avis leurs clients « tentés d’aller voir ailleurs ».

« Si nous attendions avec impatience de connaître la date d’ouverture des frontières, l’obligation annoncée par Bourita que nos futurs clients MRE, restent confinés pendant près de 10 jours et effectuer 2 tests pour prouver qu’ils ne sont pas porteurs du virus, va ruiner tous nos efforts.

« En effet, dans son allocution au Parlement, le ministre a bien précisé que si ce protocole était maintenu, il ne manquera pas d’avoir un impact sur le retour des MRE. Entre les lignes, Bourita reconnait donc qu’il est contraignant et découragera la venue des visiteurs marocains ou pas d’ailleurs.

Aucun client, MRE ou pas, n’acceptera de rester enfermé une partie de son congé

« Sachant qu’après une période stressante de confinement, les gens ont besoin de décompresser et que la durée moyenne d’un séjour estival est comprise entre une et deux semaines, personne n’acceptera de sacrifier la moitié, voire même, la totalité de ses vacances pour rester confiné à l’hôtel.

« L’exemple le plus parlant est celui des MRE qui habitent en Allemagne. Ainsi, si on doit additionner les 9 jours de quarantaine imposés par le Maroc aux 14 jours par leur pays de résidence, cette population devra donc rester enfermée 23 jours au total, ce qui ne risque pas de la motiver à venir.

« A moins que le ministère ne créé des clubs Med, dont le principe est justement d’être enfermé, pour la période de quarantaine ou pour les porteurs du Covid-19, je ne vois pas qui voudra venir chez nous », déclare un des 3 hôteliers qui espère que des mesures plus souples seront annoncées rapidement sous peine de plomber totalement la saison touristique en décourageant non seulement les MRE mais aussi les touristes étrangers de séjour (TES).

La Grèce, un modèle à suivre ?

« S’il est normal que l’Etat prenne des précautions sanitaires, d’autres destinations concurrentes ont mis en place des solutions de quarantaine plus courtes, tout aussi préventives mais pas dissuasives.

« C’est le cas de la Grèce qui, jusqu’au 30 juin prochain, imposera à l’aéroport d’arrivée un dépistage des voyageurs puis un auto-confinement d’à peine 24 heures jusqu’à ce que les résultats du test tombent.

« Ce n’est qu’en cas de résultat positif qu’il y aura 14 jours de confinement dans un hôtel dédié à cet effet. Ainsi, on élimine le risque de contamination sanitaire et le secteur hôtelier n’est pas touché.

« De plus, à partir du 1er juillet, la Grèce rouvrira toutes ses liaisons internationales (aériennes et maritimes) et passera à des tests aléatoires qui en cas de résultat positif déclenchera un confinement de 14 jours dans un hôtel désigné par le gouvernement », conclut notre hôtelier qui ajoute que ses confrères tunisiens, confrontés aux mêmes mesures contraignantes d’accès aux frontières, ont dénoncé le risque de baisse massive des arrivées si elles n’étaient pas assouplies très rapidement.

L’ouverture des frontières ne doit pas ruiner 3 mois de confinement

Moins pessimiste, un expert estime que la question du retour estival des MRE résume à elle seule la problématique de la gestion de la crise covid-19 au Maroc, qui entre dans sa 3eme phase.

« L’on sait que le Maroc a payé un très lourd tribut économique en mettant la santé et la préservation de sa population au sommet de toutes les priorités et ne souhaiterait pas que ce sacrifice soit vain.

Manque de visibilité

« Pour cela, le retour des MRE suppose d’abord que des préalables soient clarifiés, mais à ce jour, ils ne l’ont pas été ou très partiellement évoqués le lundi 22 juin, par le ministre au Parlement :

- Une date d’ouverture officielle des frontières aériennes et maritimes.

- La mise en place d’un plan A/R de transport aérien et maritime conséquent et communiqué préalablement pour satisfaire la demande, fluidifier les flux et éviter les surenchères tarifaires.

- Coordination diplomatique avec les pays d’accueil et ceux de transit.

- Les conditions sanitaires à remplir au départ du pays d’accueil et/ou à l’arrivée au pays : test PCR négatif obligatoire datant de moins de 72 heures, test à l’arrivée, préciser les modalités si confinement obligatoire (durée, prise en charge par qui, quels lieux de confinement pour les arrivants à Tanger-Med), etc.

- Préciser les conditions d’accès dans la phase retour dans les pays d’accueil (exemple l’Allemagne qui exigerait la mise en quarantaine de tous les voyageurs revenant de certains pays. Cela conditionne aussi les dates de retour au travail et à l’école pour nos MRE).

1 à 1,5 million de MRE devraient quand même faire le voyage

« Compte tenu du retard pris dans la communication des points cités précédemment et du temps nécessaire pour la préparation du voyage, on peut estimer un flux MRE de l’ordre de 1 à 1,5 million de personnes (contre 2,5 millions en temps normal), surtout si l’ouverture des frontières aériennes et maritimes est annoncée vers le 20 juillet, permettant ainsi à nos ressortissants de profiter de l’Aïd el Kébir en famille, dans leur patrie.

« Sachant que l’évolution planétaire de la pandémie est un facteur fondamental dans la prise de décision qui intéresse directement ou indirectement pas moins de 5 départements ministériels, dont le tourisme, la préparation dans un laps de temps très court de l’accueil de ce nombre important de MRE, dans ses volets logistique, sanitaire et hospitalier, complique singulièrement la situation.

Nécessité de finir le rapatriement des Marocains bloqués avant d’accueillir les MRE

« Pour que cela se fasse dans de bonnes conditions, cela supposerait aussi que l’opération prioritaire de rapatriement des 31.000 Marocains bloqués à l’étranger serait dans sa phase finale (entre le 15 mai et le 28 juin, 7.800 rapatriements prévus) et que les conditions appliquées aux touristes non-résidents à l’ouverture des frontières ne seraient pas significativement différentes de celles appliquées à nos MRE.

Comment gérer le retour des Marocains qui iront faire du tourisme à l’étranger ?

« Enfin, l’ouverture cet été des frontières encouragera certainement un flux de touristes marocains vers l’étranger et particulièrement vers la péninsule ibérique et nécessiterait donc la définition préalable des conditions sanitaires de leur retour au pays », conclut en s’interrogeant notre source.

Sachant que depuis le 1er cas de Covid-19 apparu le 2 mars dernier, le Maroc n’a pratiqué que 550.000 tests de dépistage, Medias24 a essayé de savoir si le ministère de la Santé disposait des moyens, humains et financiers, pour tester des centaines de milliers, voire des millions de MRE, de touristes étrangers de séjour et enfin de touristes marocains à l’étranger, mais notre requête est restée sans réponse.

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