L’immobilier de bureau n’a pas enregistré le rebond espéré

Les entreprises diffèrent leur prise de décisions concernant les locations de bureaux, ce qui ralentit considérablement la signature des baux. Ce segment de l’immobilier est également chamboulé par les nouveaux modes de travail impulsés par le télétravail.

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L’immobilier de bureau n’a pas enregistré le rebond espéré

Le 07 décembre 2020 à 16:37

Modifié le 07 décembre 2020 à 20:34

La reprise tant attendue de la location de bureaux n’a pas eu lieu. Les entreprises sont en difficulté à cause de la crise ou manquent encore cruellement de visibilité. Elles se montrent donc prudentes dans leurs investissements. C’est ce que constatent deux opérateurs du secteur de l’immobilier professionnel, contactés par Médias24.

''Sur le troisième trimestre, le marché de la location de bureaux n’a pas connu le rebond que nous espérions, en raison principalement de la crise économique et sanitaire, du climat d’incertitude et de la démocratisation du télétravail. De toute évidence, cette crise sanitaire a porté un sévère coup à la dynamique de l’immobilier locatif, y compris en matière de location de bureaux'', constate Rachid Lazrak, promoteur immobilier et membre de l’Institution royale des experts immobiliers à Londres (RICS). La livraison des espaces professionnels prévus ''se fera certainement dans les 12 à 18 mois qui viennent'', ajoute-t-il, soulignant que les promoteurs immobiliers n’ont pas du tout interrompu leurs projets et en poursuivent coûte que coûte la construction.

Au sein de l’agence Carré Immobilier, les locations de bureaux ont quasiment disparu depuis le mois de mars jusqu’à aujourd’hui. ''Dès mars, avril, le téléphone a arrêté de sonner pour ce type de location. En l’espace de dix mois, nous avons loué au total 400 m², contre 4.000 m² en temps normal. C’est simple : il y a presque zéro demande. Notre activité sur ce segment a disparu à hauteur de 90%'', note William Simoncelli, directeur et fondateur de l’agence.

Rachid Lazrak et William Simoncelli observent tous deux que l’allongement des délais de prise de décision constaté dès l’entrée en vigueur du confinement perdure toujours à l’heure actuelle. ''Dès le mois de mars, sur les recherches de bureaux qui étaient alors en cours, les utilisateurs ont beaucoup retardé leurs décisions. L’arrivée du confinement et l’instauration des mesures sanitaires ont mis un gros coup d’arrêt aux décisions immédiates. Les utilisateurs ne pouvaient quasiment pas se déplacer pour visiter les locaux, les représentants d’entreprises étrangères ne pouvaient plus se rendre sur le territoire… Tout cela a été de nature à contraindre notre activité et à faire en sorte que les prises de décision prennent plus de temps. Les entreprises remettent leurs décisions aux calendes grecques, notamment parce qu’elles ont très peu de visibilité'', indique William Simoncelli.

''Au Maroc, les gros donneurs d’ordre, qui sont souvent des multinationales, ont des sièges régionaux et des directeurs de l’immobilier régionaux. Or, tous ces gens n’ont pas pu se déplacer au Maroc et prendre des décisions quant à la location de nouveaux bureaux. Tout ce contexte crée énormément d’attentisme et par conséquent, les délais de négociation ont été fortement rallongés'', abonde Rachid Lazrak.

Le télétravail, l’autre facteur qui bouleverse ce segment locatif

Il faut dire aussi que la généralisation du télétravail pendant le confinement, puis le retour à cette pratique, fortement préconisé par les autorités fin octobre en raison de la recrudescence des cas de contamination au Covid-19, a complètement changé la donne : les entreprises ont compris que même à distance, le travail pouvait être fait. La pertinence de la location d’espaces professionnels a donc été, non pas abandonnée, mais remise en question.

De là à considérer que le travail en présentiel sera complètement délaissé à l’issue de la crise sanitaire, il n’y a qu’un pas qu’il ne faudrait pas se hâter de franchir, estime Rachid Lazrak. ''Le télétravail se poursuivra après la crise sanitaire ; ce sera certes un mode de travail durable, mais ce ne sera pas le seul. Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une reconfiguration des bureaux. Les sièges des entreprises pourraient (re)devenir des lieux d’échanges et de croisement. Il s’agira beaucoup moins d’open spaces et beaucoup plus d’espaces de rencontres. Certains parlent même de sérendipité'', précise-t-il. La sérendipité désigne en effet la capacité à exploiter un nouveau phénomène survenu par hasard, au gré des contingences, et à en saisir l’utilité. Comme le télétravail, donc.

Les entreprises marocaines ont-elles cette capacité ? ''Elles mènent en tout cas des réflexions sur l’aménagement et l’usage des espaces de travail'', répond Rachid Lazrak. ''Il est certain que le télétravail ne contribue pas du tout à dynamiser ce segment ; mais je ne pense pas pour autant que cette pratique détruira le travail sur site et l’immobilier de bureau. C’est une tendance conjoncturelle, pas forcément une tendance structurelle lourde ; d’autant que toutes les entreprises ne sont pas éligibles au télétravail et que nos foyers ne sont pas, avant toute chose, des espaces professionnels. En revanche, il va falloir repenser cette branche de l’immobilier et revoir la logistique de bureau sous le prisme de l’utilisation qu’en font les salariés'', complète William Simoncelli.

Finis les open spaces et les bureaux cloisonnés ? ''Je pense en effet que les bureaux tels que nous les connaissons doivent être conçus autrement. Les salariés, qui sont passés par la case télétravail, ne retourneront pas sur leur lieu de travail avec les mêmes envies et les mêmes capacités d’acceptation. Ils voudront travailler différemment ; se poser à n’importe quel endroit du bureau selon l’humeur, les besoins, l’état de fatigue ; rester debout s’ils ont envie de travailler debout… Malgré la conjoncture actuelle, je ne suis pas pessimiste pour l’avenir de la location de bureaux'', ajoute William Simoncelli.

Le développement du coworking peut-il faire partie de cette reconfiguration des modes et des lieux de travail ? ''La location de ces espaces a légèrement repris au troisième trimestre, note Rachid Lazrak, mais ils doivent désormais relancer leurs activités avec de nouveaux enjeux.'' Son confrère estime de son côté que les espaces de coworking ''ne remplaceront pas les plateaux de bureaux dédiés, mais pourront constituer une alternative le temps d’un projet ou d’une formation, dans le sillage de cette habilité et de ce nomadisme que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à adopter''.

L’immobilier de bureau n’a pas enregistré le rebond espéré

Le 07 décembre 2020 à16:52

Modifié le 07 décembre 2020 à 20:34

Les entreprises diffèrent leur prise de décisions concernant les locations de bureaux, ce qui ralentit considérablement la signature des baux. Ce segment de l’immobilier est également chamboulé par les nouveaux modes de travail impulsés par le télétravail.

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La reprise tant attendue de la location de bureaux n’a pas eu lieu. Les entreprises sont en difficulté à cause de la crise ou manquent encore cruellement de visibilité. Elles se montrent donc prudentes dans leurs investissements. C’est ce que constatent deux opérateurs du secteur de l’immobilier professionnel, contactés par Médias24.

''Sur le troisième trimestre, le marché de la location de bureaux n’a pas connu le rebond que nous espérions, en raison principalement de la crise économique et sanitaire, du climat d’incertitude et de la démocratisation du télétravail. De toute évidence, cette crise sanitaire a porté un sévère coup à la dynamique de l’immobilier locatif, y compris en matière de location de bureaux'', constate Rachid Lazrak, promoteur immobilier et membre de l’Institution royale des experts immobiliers à Londres (RICS). La livraison des espaces professionnels prévus ''se fera certainement dans les 12 à 18 mois qui viennent'', ajoute-t-il, soulignant que les promoteurs immobiliers n’ont pas du tout interrompu leurs projets et en poursuivent coûte que coûte la construction.

Au sein de l’agence Carré Immobilier, les locations de bureaux ont quasiment disparu depuis le mois de mars jusqu’à aujourd’hui. ''Dès mars, avril, le téléphone a arrêté de sonner pour ce type de location. En l’espace de dix mois, nous avons loué au total 400 m², contre 4.000 m² en temps normal. C’est simple : il y a presque zéro demande. Notre activité sur ce segment a disparu à hauteur de 90%'', note William Simoncelli, directeur et fondateur de l’agence.

Rachid Lazrak et William Simoncelli observent tous deux que l’allongement des délais de prise de décision constaté dès l’entrée en vigueur du confinement perdure toujours à l’heure actuelle. ''Dès le mois de mars, sur les recherches de bureaux qui étaient alors en cours, les utilisateurs ont beaucoup retardé leurs décisions. L’arrivée du confinement et l’instauration des mesures sanitaires ont mis un gros coup d’arrêt aux décisions immédiates. Les utilisateurs ne pouvaient quasiment pas se déplacer pour visiter les locaux, les représentants d’entreprises étrangères ne pouvaient plus se rendre sur le territoire… Tout cela a été de nature à contraindre notre activité et à faire en sorte que les prises de décision prennent plus de temps. Les entreprises remettent leurs décisions aux calendes grecques, notamment parce qu’elles ont très peu de visibilité'', indique William Simoncelli.

''Au Maroc, les gros donneurs d’ordre, qui sont souvent des multinationales, ont des sièges régionaux et des directeurs de l’immobilier régionaux. Or, tous ces gens n’ont pas pu se déplacer au Maroc et prendre des décisions quant à la location de nouveaux bureaux. Tout ce contexte crée énormément d’attentisme et par conséquent, les délais de négociation ont été fortement rallongés'', abonde Rachid Lazrak.

Le télétravail, l’autre facteur qui bouleverse ce segment locatif

Il faut dire aussi que la généralisation du télétravail pendant le confinement, puis le retour à cette pratique, fortement préconisé par les autorités fin octobre en raison de la recrudescence des cas de contamination au Covid-19, a complètement changé la donne : les entreprises ont compris que même à distance, le travail pouvait être fait. La pertinence de la location d’espaces professionnels a donc été, non pas abandonnée, mais remise en question.

De là à considérer que le travail en présentiel sera complètement délaissé à l’issue de la crise sanitaire, il n’y a qu’un pas qu’il ne faudrait pas se hâter de franchir, estime Rachid Lazrak. ''Le télétravail se poursuivra après la crise sanitaire ; ce sera certes un mode de travail durable, mais ce ne sera pas le seul. Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une reconfiguration des bureaux. Les sièges des entreprises pourraient (re)devenir des lieux d’échanges et de croisement. Il s’agira beaucoup moins d’open spaces et beaucoup plus d’espaces de rencontres. Certains parlent même de sérendipité'', précise-t-il. La sérendipité désigne en effet la capacité à exploiter un nouveau phénomène survenu par hasard, au gré des contingences, et à en saisir l’utilité. Comme le télétravail, donc.

Les entreprises marocaines ont-elles cette capacité ? ''Elles mènent en tout cas des réflexions sur l’aménagement et l’usage des espaces de travail'', répond Rachid Lazrak. ''Il est certain que le télétravail ne contribue pas du tout à dynamiser ce segment ; mais je ne pense pas pour autant que cette pratique détruira le travail sur site et l’immobilier de bureau. C’est une tendance conjoncturelle, pas forcément une tendance structurelle lourde ; d’autant que toutes les entreprises ne sont pas éligibles au télétravail et que nos foyers ne sont pas, avant toute chose, des espaces professionnels. En revanche, il va falloir repenser cette branche de l’immobilier et revoir la logistique de bureau sous le prisme de l’utilisation qu’en font les salariés'', complète William Simoncelli.

Finis les open spaces et les bureaux cloisonnés ? ''Je pense en effet que les bureaux tels que nous les connaissons doivent être conçus autrement. Les salariés, qui sont passés par la case télétravail, ne retourneront pas sur leur lieu de travail avec les mêmes envies et les mêmes capacités d’acceptation. Ils voudront travailler différemment ; se poser à n’importe quel endroit du bureau selon l’humeur, les besoins, l’état de fatigue ; rester debout s’ils ont envie de travailler debout… Malgré la conjoncture actuelle, je ne suis pas pessimiste pour l’avenir de la location de bureaux'', ajoute William Simoncelli.

Le développement du coworking peut-il faire partie de cette reconfiguration des modes et des lieux de travail ? ''La location de ces espaces a légèrement repris au troisième trimestre, note Rachid Lazrak, mais ils doivent désormais relancer leurs activités avec de nouveaux enjeux.'' Son confrère estime de son côté que les espaces de coworking ''ne remplaceront pas les plateaux de bureaux dédiés, mais pourront constituer une alternative le temps d’un projet ou d’une formation, dans le sillage de cette habilité et de ce nomadisme que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à adopter''.

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