Immobilier : L'état d'urgence paralyse un secteur déjà en crise
La quasi-totalité des chantiers est à l’arrêt. Sur l’infime partie toujours opérationnelle, l’enjeu est d’assurer la sécurité sanitaire de tous les intervenants. Arrêt net pour la commercialisation.
Le confinement et la suspension d’une grande partie de l’activité économique n’épargnent pas le secteur immobilier, véritable vivier d’emplois au Maroc. D’après Youssef Iben Mansour, promoteur immobilier et ancien président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), joint par Médias24, 80% des 1,1 millions d’emplois que cumule le secteur du BTP concernent la production de logements.
Or à l’heure actuelle, la quasi-totalité de l’écosystème immobilier est à l’arrêt, aussi bien au niveau de la production que de la commercialisation. « La production de logements, y compris les logements sociaux, est suspendue. Au niveau de la demande, aucune transaction ne se fait car les corps de métiers chargés des transactions sont eux aussi à l’arrêt. Les opérations d’achat ou de vente de logements qui étaient en cours avant le confinement sont donc également suspendues », précise Youssef Ibn Mansour.
Ceci sans parler de l'absence ou du report des intentions d'achat compte tenu de la crise sanitaire et du confinement.
Quant aux prix de l’immobilier, difficile de prédire s’ils subiront une hausse ou une baisse après le confinement, estime ce promoteur. « Concernant les transactions réalisées avant le confinement, les prix restent évidemment les mêmes. En revanche, nous n'avons aucune visibilité sur l’évolution des prix après le confinement, au moment de la reprise des travaux ».
Des chantiers quasi-vides
Encore faut-il que les logements sortent de terre pour pouvoir les vendre. Actuellement, la quasi-totalité des chantiers est à l’arrêt ; seule une infime partie est encore opérationnelle, fait remarquer Youssef Ibn Mansour. « Quelques entreprises spécialisées dans le second œuvre, notamment l’électricité et la plomberie, continuent de travailler mais à un rythme très ralenti. Globalement, le nombre de chantiers encore en activité ne dépasse pas 1%, 2% tout au plus, sur la totalité des chantiers au Maroc », précise-t-il.
Les chantiers encore en cours sont ceux qui ont atteint la phase de finalisation des travaux et disposent encore d’une main d’œuvre, bien que largement réduite : une grande partie des ouvriers, originaires des régions rurales, a en effet déserté les centres urbains au lendemain de l’annonce du confinement, le 20 mars. « Du jour au lendemain, la main d’œuvre est partie et les chantiers se sont vidés », indique Youssef Ibn Mansour.
« Certains chantiers nécessitent un travail continu pour des raisons de sécurité », précise de son côté un autre promoteur contacté par Médias24. Ce dernier cite l’exemple des travaux de terrassement, c’est-à-dire l’opération qui consiste à préparer le terrain pour la future construction, en creusant et déplaçant la terre. C’est la première étape du chantier, juste avant les fondations. « La suspension d’un terrassement peut mettre en péril la stabilité du sol sur lequel on a creusé et causer des éboulements, d’où la nécessité de le terminer pour sécuriser le chantier et les sols riverains », explique ce promoteur.
Le défi de l’application des règles sanitaires sur les chantiers
Un argument que rejette un architecte joint par notre rédaction. « Sur le plan scientifique, cet argument ne tient pas, balaye-t-il. Nous savons sécuriser des habitats menaçant ruine mais nous ne serions pas capables de sécuriser un chantier ? Il est tout à fait possible de sécuriser un chantier, en l’occurrence des travaux de terrassement qui, d’ailleurs, même s’ils doivent être achevés, ne demandent pas plus de deux jours. »
L’enjeu est en réalité plus sanitaire que sécuritaire, estime cet architecte, qui précise que l’arrêt des chantiers est loin de faire l’unanimité au sein de la profession. « En temps normal, on a déjà beaucoup de mal à faire respecter les conditions de sécurité sur les chantiers, notamment le port du casque, des gants et des chaussures de chantier. Or en cette période de crise, nous avons un dispositif sanitaire drastique qu’il nous est encore plus difficile de faire appliquer », nous dit-il.
Dans un communiqué consulté par Médias24, le Conseil régional de l’Ordre des architectes de Casablanca a énoncé, à l’issue d’une visioconférence, le 28 mars, avec la ministre de l’Habitat, douze mesures que les entreprises en charge des travaux doivent prendre pour le maintien et l’activité du bâtiment. Parmi ces dispositions, le port de masques respiratoires et de gants, l’interdiction de tout groupement de travail de plus de trois personnes et la priorisation de la mécanisation des tâches. Il est également demandé d’équiper les points d’eau en gel désinfectant et en serviettes de papier jetables, et d’habiliter un personnel médical ou paramédical pour la détection quotidienne de symptômes suspects chez les salariés, avec les moyens d’évacuation vers les centres médicaux de référence. Le communiqué précise enfin que « toutes les tâches qui ne permettent pas le respect de ces règles de sécurité ou qui ne peuvent être effectuées (...) devront être reportées ».
Le Conseil national de l’ordre des architectes a lui aussi publié un communiqué, le 30 mars, à l’issue de cette même visioconférence avec le ministère, dans lequel il impute aux maîtres d’ouvrages publics et privés qui souhaitent poursuivre les travaux sur leurs chantiers, la responsabilité d’assurer les dispositifs sanitaires adéquats pour la protection de tous les intervenants.
Enfin, le Conseil national a également annoncé son intention de mettre en place, en collaboration avec les ministères de la Santé et du Travail, un guide spécial pour les mesures d’hygiène et de salubrité dans les chantiers, relatif au Covid-19, et d’assurer une campagne de sensibilisation de ces mesures.
À découvrir
à lire aussi
Article : En sept mois de 5G, IAM avance des résultats très probants
Lancée en novembre 2025, la 5G produit ses premiers effets mesurables chez Maroc Telecom. Les résultats semestriels de l'opérateur font état d'une consommation de data mobile en hausse et de nouveaux usages qui s'installent, chez les particuliers comme dans les entreprises.
Article : L'État devient le premier client du secteur bancaire
En quelques années, l'État et sa sphère élargie sont devenus le premier client des banques marocaines, par les bons du Trésor mais aussi par une série d'autres mécanismes de mieux en mieux rodés. Bank Al-Maghrib reconnaît un effet d'éviction, tout en le jugeant modéré. Mais son calcul repose sur un périmètre étroit.
Article : Tournée du RNI dans le Sud : trois meetings en un jour et une riposte au PAM signée Akhannouch
Aziz Akhannouch a clairement repris la main dans la campagne électorale du RNI en prévision des législatives de septembre. À Tan Tan, Laayoune et Dakhla, il défend la présence du parti dans des régions à fort enjeu politique et pas seulement électoral.
Article : Législatives 2026 : lecture de la première annonce des têtes de liste de l’Istiqlal
À moins de deux mois des élections législatives du 23 septembre, le Parti de l'Istiqlal a dévoilé une première vague de ses têtes de liste locales. Cette sélection, qui couvre une grande partie du territoire, traduit un équilibre entre continuité et renouvellement : le parti reconduit plusieurs figures expérimentées tout en faisant émerger de nouveaux profils.
Article : Rapport Banque Mondiale: des fragilités bien réelles sous les bons chiffres
La croissance a atteint 4,9% en 2025 et le pays est passé en catégorie investissement. Le rapport de la Banque mondiale dresse toutefois un tableau plus nuancé : un marché du travail que la refonte statistique du HCP montre bien plus fragile qu'on ne le pensait et une transformation numérique inachevée.
Article : PAM : 90 têtes de liste et une inconnue nommée Lekjaâ (liste)
Réuni le samedi 25 juillet à Salé, le conseil national du PAM a dévoilé ses têtes de liste dans 90 des 92 circonscriptions locales. Mais c'est une case restée vide qui a focalisé l'attention : celle de Berkane, où se présenterait Fouzi Lekjaâ, entré au bureau politique du parti sans que personne ne sache encore quel rôle il compte y jouer. Derrière ce ralliement et celui de Yanja Khattat, une liste qui confirme les ambitions du parti..