Coronavirus: le Maroc subit une baisse dramatique du nombre de touristes

Suspension des vols avec l'Italie, l'Espagne et l'Algérie. Fermeture de tous les ports au trafic passagers. Suspension des liaisons maritimes avec l'Espagne. Y aura-t-il d'autres suspensions de liaisons aériennes ?  Se dirige-t-on vers zéro touristes étrangers au 2e trimestre?

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Coronavirus : le Maroc subit une baisse dramatique du nombre de touristes

Le 13 mars 2020 à 11:38

Modifié le 15 mars 2020 à 21:13

Chaque jour qui passe apporte son lot de mauvaises nouvelles pour le secteur touristique marocain. En effet, la crainte grandit de voir une multiplication des suspensions de lignes aériennes, décidées soit par les gouvernements des pays les plus touchés par la pandémie du Coronavirus, soit par les autorités marocaines. Des fermetures qui entraîneront des sièges vides pour les compagnies comme la RAM et des lits inoccupés pour les hôteliers.

Sachant que le virus s’est propagé dans plus de 80 pays, les restrictions de circulation risquent de s’accélérer au surlendemain de la décision du président Trump de refuser sur le sol américain, à partir du vendredi 13 mars et pendant 30 jours, tous les voyageurs ayant séjourné récemment en Europe.

L'Italie, durement touchée, a déjà fermé ses frontières et le Maroc a également suspendu ses vols vers ce pays ainsi que vers l'Espagne et l'Algérie. Et cela risque d'arriver avec d'autres marchés émetteurs traditionnels comme la France, l’Allemagne..., si la situation épidémiologique s'y dégrade fortement.

Joint par Médias24, un professionnel requérant l’anonymat, espère toujours que la faible contamination au Maroc (7 cas confirmés, tous importés) empêchera les autorités de barricader totalement le pays face à la propagation étrangère du virus.

"Il n’y a aucune raison objective pour que nous fermions nos frontières. Le Maroc est encore au stade 1, soit très loin d’un risque de propagation massive.

"Fermer les postes-frontières avec des marchés traditionnels comme la France et l'Espagne aurait des répercussions terribles sur le nombre d’arrivées mais je n’y crois pas un instant", nous déclare notre interlocuteur. Cette déclaration a été recueillie jeudi en milieu de journée, avant l'annonce de la fermeture des liaisons aériennes et maritimes avec le voisin ibérique.

"Si la situation est déjà catastrophique avec la plupart des hôtels quasi vides, l’exemple de la Chine qui est en passe de surmonter la crise laisse espérer qu’elle appartiendra au passé au plus tard en mai prochain", espère notre source qui reconnait cependant qu’à l’heure des comptes, 2020 sera une des pires années de la décennie en termes d’arrivées, de nuitées et de recettes de voyages en devises.

Scénario-catastrophe: 8 millions d’arrivées en 2020 contre 13 en 2019

En effet, selon une récente étude du groupe CFG, l’occurrence d’un scénario catastrophe pourrait se confirmer avec une baisse en 2020 des arrivées de 39% et des nuitées de 30% par rapport à 2019.

Sachant que le Maroc a reçu à ses postes-frontières 13 millions de visiteurs en 2019 (TES et MRE), la perte de 39% équivaudrait à 5 millions de touristes, ce qui laisserait seulement 8 millions d’arrivées à la fin de l’année courante.

En termes de nuitées, la baisse de 30% correspond à une perte de 7,5 millions de nuitées soit 17,5 millions réalisées en 2020 contre 25 millions l’année précédente.

Pour arriver à ce résultat, les analystes de CFG se sont basés sur une baisse de 100% des arrivées italiennes, de 50% des françaises et enfin de 20% des autres marchés émetteurs matures ou émergents.

L’occasion de rappeler qu’on est donc bien au-delà des pertes d’arrivées, de 1 million voire 2 au pire, qui avaient été envisagées il y a quelques jours par des opérateurs sondés dans un article de Médias24.

Le Seto confirme une importante baisse des arrivées françaises

Une baisse "possible" selon un dirigeant du Seto (Syndicat des entreprises françaises du tour opérating) qui confirme "l’attentisme total" des clients français inquiets à l’idée de voyager dans un pays, l'Italie, exposé aux mouvements de population avec une grande communauté immigrée en Italie.

"Nous préférons parler de reports plutôt que d’annulations pures et simple des réservations mais la situation commence à être très compliquée avec une importante baisse d’activité de nos membres.

"Pour l’instant, ce recul est gérable car il a coïncidé avec une très forte croissance des réservations entre décembre et fin février mais à partir de début mars, le coronavirus a commencé à prendre une ampleur majeure avec un arrêt total des commandes vers le Maroc", résume notre interlocuteur.

Coup d’arrêt de la croissance continue du trafic aérien dans les aéroports marocains

Même son de cloche du côté de l’ONDA (Office national des aéroports) qui confirme une baisse très sensible du trafic aérien des passagers en particulier à l’aéroport de Casablanca.

"Avec l’arrêt total des liaisons aériennes vers l’Italie et l’Arabie saoudite (Omra), le mois de mars va pour la première fois enregistrer une baisse du trafic qui était continue depuis au moins 2017.

"Il faudra cependant attendre la publication des chiffres officiels pour mesurer l’impact du coronavirus", déclare une source autorisée qui prévoit une situation très compliquée pour la RAM.

"Coronavirus, même pas peur"

Sollicité à son tour, le président de la CNT qui possède également la chaîne hôtelière Kenzi, se veut quant à lui optimiste et refuse de cultiver "la peur exploitée par certains inconscients des enjeux".

"Des crises dues à des annulations ou reports de réservations, comme celle d'aujourd’hui liée au coronavirus, le Maroc en a connu un paquet mais il les a toujours surmontées.

"Que ce soit la guerre du Golfe ou les attentats du 11 septembre 2001, il en est toujours ressorti plus fort. A partir de là, il ne faut pas s’affoler", tonne Abdellatif Kabbaj un peu irrité par notre insistance à essayer d’obtenir des chiffres ou au moins une estimation de la baisse de fréquentation de ses hôtels.

Les médias, vecteurs de propagation de la panique ?

Bottant en touche cette question dont la réponse aurait pourtant pu éclairer sur la situation hôtelière, Kabbaj affirme que ce genre d’interrogations porte préjudice au secteur et in fine fait fuir les clients.

"Ce n’est pas le coronavirus qui fait du mal au tourisme mais plutôt la presse. Si vous publiez qu’on est tombé à zéro, cela va contribuer à affoler plus que de raison les touristes étrangers.

"Les médias se doivent d’être citoyens pour tranquilliser leur audience", déclare Kabbaj en nous invitant indirectement à ne pas trop communiquer là-dessus.

Une réunion CNT-ministère pour y voir plus clair

A la crainte que le Maroc puisse recevoir zéro touristes depuis que l’OMS a qualifié de pandémie ce qui n’était jusqu’au mercredi 11 mars qu’une épidémie, Kabbaj écarte ce scénario catastrophe.

"N’étant pas devin, je ne peux pas prédire le nombre de touristes qui viendront au Maroc dans les jours et mois à venir. Pour moi, il convient d’attendre fin avril pour connaitre les chiffres des arrivées.

"Toute la profession est dans l’attentisme et la CNT attend la réunion qui se tiendra la semaine prochaine avec la ministre du Tourisme. Ce n’est qu’à ce moment que l’on pourra aviser et prendre des décisions qui s’imposent", conclut le président plus qu’optimiste sur une prochaine sortie de crise.

Quelle réaction face aux touristes en période d’incubation ?

Quoi qu’il arrive, on ne sait pas ce qu’ont prévu les autorités sanitaires du Maroc avec les touristes étrangers suspectés d’être en période d’incubation et risquant donc de contaminer leur entourage.

Sachant qu’ils n’ont aucun point de chute pour voir passer l’orage et qu’il est peu probable que l’Etat leur paye un séjour hôtelier de 14 jours (période de quarantaine), resteront-ils dans la nature en constituant un danger public ou seront-ils rapatriés au risque de contaminer les passagers de leur avion ?

Si pour l’instant, le Maroc est plutôt relativement préservé par rapport à ses voisins immédiats (24 cas en Algérie et 7 en Tunisie pour une population de 11,5 millions d’habitants), l’heure des comptes qui sonnera fin mars, avec la publication des chiffres d’arrivées de la DGSN, promet d’être douloureuse …

Coronavirus: le Maroc subit une baisse dramatique du nombre de touristes

Le 13 mars 2020 à11:38

Modifié le 15 mars 2020 à 21:13

Suspension des vols avec l'Italie, l'Espagne et l'Algérie. Fermeture de tous les ports au trafic passagers. Suspension des liaisons maritimes avec l'Espagne. Y aura-t-il d'autres suspensions de liaisons aériennes ?  Se dirige-t-on vers zéro touristes étrangers au 2e trimestre?

Chaque jour qui passe apporte son lot de mauvaises nouvelles pour le secteur touristique marocain. En effet, la crainte grandit de voir une multiplication des suspensions de lignes aériennes, décidées soit par les gouvernements des pays les plus touchés par la pandémie du Coronavirus, soit par les autorités marocaines. Des fermetures qui entraîneront des sièges vides pour les compagnies comme la RAM et des lits inoccupés pour les hôteliers.

Sachant que le virus s’est propagé dans plus de 80 pays, les restrictions de circulation risquent de s’accélérer au surlendemain de la décision du président Trump de refuser sur le sol américain, à partir du vendredi 13 mars et pendant 30 jours, tous les voyageurs ayant séjourné récemment en Europe.

L'Italie, durement touchée, a déjà fermé ses frontières et le Maroc a également suspendu ses vols vers ce pays ainsi que vers l'Espagne et l'Algérie. Et cela risque d'arriver avec d'autres marchés émetteurs traditionnels comme la France, l’Allemagne..., si la situation épidémiologique s'y dégrade fortement.

Joint par Médias24, un professionnel requérant l’anonymat, espère toujours que la faible contamination au Maroc (7 cas confirmés, tous importés) empêchera les autorités de barricader totalement le pays face à la propagation étrangère du virus.

"Il n’y a aucune raison objective pour que nous fermions nos frontières. Le Maroc est encore au stade 1, soit très loin d’un risque de propagation massive.

"Fermer les postes-frontières avec des marchés traditionnels comme la France et l'Espagne aurait des répercussions terribles sur le nombre d’arrivées mais je n’y crois pas un instant", nous déclare notre interlocuteur. Cette déclaration a été recueillie jeudi en milieu de journée, avant l'annonce de la fermeture des liaisons aériennes et maritimes avec le voisin ibérique.

"Si la situation est déjà catastrophique avec la plupart des hôtels quasi vides, l’exemple de la Chine qui est en passe de surmonter la crise laisse espérer qu’elle appartiendra au passé au plus tard en mai prochain", espère notre source qui reconnait cependant qu’à l’heure des comptes, 2020 sera une des pires années de la décennie en termes d’arrivées, de nuitées et de recettes de voyages en devises.

Scénario-catastrophe: 8 millions d’arrivées en 2020 contre 13 en 2019

En effet, selon une récente étude du groupe CFG, l’occurrence d’un scénario catastrophe pourrait se confirmer avec une baisse en 2020 des arrivées de 39% et des nuitées de 30% par rapport à 2019.

Sachant que le Maroc a reçu à ses postes-frontières 13 millions de visiteurs en 2019 (TES et MRE), la perte de 39% équivaudrait à 5 millions de touristes, ce qui laisserait seulement 8 millions d’arrivées à la fin de l’année courante.

En termes de nuitées, la baisse de 30% correspond à une perte de 7,5 millions de nuitées soit 17,5 millions réalisées en 2020 contre 25 millions l’année précédente.

Pour arriver à ce résultat, les analystes de CFG se sont basés sur une baisse de 100% des arrivées italiennes, de 50% des françaises et enfin de 20% des autres marchés émetteurs matures ou émergents.

L’occasion de rappeler qu’on est donc bien au-delà des pertes d’arrivées, de 1 million voire 2 au pire, qui avaient été envisagées il y a quelques jours par des opérateurs sondés dans un article de Médias24.

Le Seto confirme une importante baisse des arrivées françaises

Une baisse "possible" selon un dirigeant du Seto (Syndicat des entreprises françaises du tour opérating) qui confirme "l’attentisme total" des clients français inquiets à l’idée de voyager dans un pays, l'Italie, exposé aux mouvements de population avec une grande communauté immigrée en Italie.

"Nous préférons parler de reports plutôt que d’annulations pures et simple des réservations mais la situation commence à être très compliquée avec une importante baisse d’activité de nos membres.

"Pour l’instant, ce recul est gérable car il a coïncidé avec une très forte croissance des réservations entre décembre et fin février mais à partir de début mars, le coronavirus a commencé à prendre une ampleur majeure avec un arrêt total des commandes vers le Maroc", résume notre interlocuteur.

Coup d’arrêt de la croissance continue du trafic aérien dans les aéroports marocains

Même son de cloche du côté de l’ONDA (Office national des aéroports) qui confirme une baisse très sensible du trafic aérien des passagers en particulier à l’aéroport de Casablanca.

"Avec l’arrêt total des liaisons aériennes vers l’Italie et l’Arabie saoudite (Omra), le mois de mars va pour la première fois enregistrer une baisse du trafic qui était continue depuis au moins 2017.

"Il faudra cependant attendre la publication des chiffres officiels pour mesurer l’impact du coronavirus", déclare une source autorisée qui prévoit une situation très compliquée pour la RAM.

"Coronavirus, même pas peur"

Sollicité à son tour, le président de la CNT qui possède également la chaîne hôtelière Kenzi, se veut quant à lui optimiste et refuse de cultiver "la peur exploitée par certains inconscients des enjeux".

"Des crises dues à des annulations ou reports de réservations, comme celle d'aujourd’hui liée au coronavirus, le Maroc en a connu un paquet mais il les a toujours surmontées.

"Que ce soit la guerre du Golfe ou les attentats du 11 septembre 2001, il en est toujours ressorti plus fort. A partir de là, il ne faut pas s’affoler", tonne Abdellatif Kabbaj un peu irrité par notre insistance à essayer d’obtenir des chiffres ou au moins une estimation de la baisse de fréquentation de ses hôtels.

Les médias, vecteurs de propagation de la panique ?

Bottant en touche cette question dont la réponse aurait pourtant pu éclairer sur la situation hôtelière, Kabbaj affirme que ce genre d’interrogations porte préjudice au secteur et in fine fait fuir les clients.

"Ce n’est pas le coronavirus qui fait du mal au tourisme mais plutôt la presse. Si vous publiez qu’on est tombé à zéro, cela va contribuer à affoler plus que de raison les touristes étrangers.

"Les médias se doivent d’être citoyens pour tranquilliser leur audience", déclare Kabbaj en nous invitant indirectement à ne pas trop communiquer là-dessus.

Une réunion CNT-ministère pour y voir plus clair

A la crainte que le Maroc puisse recevoir zéro touristes depuis que l’OMS a qualifié de pandémie ce qui n’était jusqu’au mercredi 11 mars qu’une épidémie, Kabbaj écarte ce scénario catastrophe.

"N’étant pas devin, je ne peux pas prédire le nombre de touristes qui viendront au Maroc dans les jours et mois à venir. Pour moi, il convient d’attendre fin avril pour connaitre les chiffres des arrivées.

"Toute la profession est dans l’attentisme et la CNT attend la réunion qui se tiendra la semaine prochaine avec la ministre du Tourisme. Ce n’est qu’à ce moment que l’on pourra aviser et prendre des décisions qui s’imposent", conclut le président plus qu’optimiste sur une prochaine sortie de crise.

Quelle réaction face aux touristes en période d’incubation ?

Quoi qu’il arrive, on ne sait pas ce qu’ont prévu les autorités sanitaires du Maroc avec les touristes étrangers suspectés d’être en période d’incubation et risquant donc de contaminer leur entourage.

Sachant qu’ils n’ont aucun point de chute pour voir passer l’orage et qu’il est peu probable que l’Etat leur paye un séjour hôtelier de 14 jours (période de quarantaine), resteront-ils dans la nature en constituant un danger public ou seront-ils rapatriés au risque de contaminer les passagers de leur avion ?

Si pour l’instant, le Maroc est plutôt relativement préservé par rapport à ses voisins immédiats (24 cas en Algérie et 7 en Tunisie pour une population de 11,5 millions d’habitants), l’heure des comptes qui sonnera fin mars, avec la publication des chiffres d’arrivées de la DGSN, promet d’être douloureuse …

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