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Une autre guerre inutile

La coalition emmenée par les Américains contre Da’ech risque de tourner au fiasco car cette nouvelle guerre n’a pas d’objectif clair. Les frappes n’ajouteront que du désordre au désordre si cela est encore possible.  

Le 29 septembre 2014 à 20h49

La Grande-Bretagne rejoint l’alliance contre Daech. Des centaines de frappes aériennes ont déjà eu lieu en Irak, un peu moins en Syrie, que seuls les Etats-Unis et les pays arabes incluent dans le plan de bataille. Les autres, les Européens, craignent de tomber dans la contradiction de passer pour des alliés de Bachar, au risque de laisser un sanctuaire aux jihadistes.

«Cela va prendre des années» a annoncé David Cameron, à moitié lucide, car la vraie question, c’est l’objectif de cette guerre.

Eliminer Da’ech? Mais que faire alors en Afghanistan, au Yémen, au Sahel, au Nigeria, en Somalie et sur d’autres contrées ou le jihadisme s’installe, comme en Libye? Même en Irak et en Syrie, est-on sûr qu’après l’improbable éradication, l’horreur ne réapparaitra pas sous un autre nom?

L’Occident n’apprend même pas de sa propre expérience. En Afghanistan, 13 ans après l’invasion, les talibans sont toujours là et le pouvoir installé n’a aucune légitimité.

En Irak, le désordre installé après la chute de Saddam, la politique des gouvernements successifs, la confessionnalisation à outrance de la « reconstitution » ont donné naissance au « Daech », en passant par les milices sunnites. En Libye, il n’y a plus d’Etat.

A chaque fois, les actions militaires même réussies, et elles le sont, ont abouti au chaos, à la menace de la sécurité internationale.  Mais ce sont surtout les populations locales qui paient le prix fort. Il y a déjà un demi-million d’Irakiens qui ont perdus la vie en dix ans et 5.000 Américains. En Syrie, à la comptabilité macabre, il faut ajouter des millions de réfugiés.

L’émotion suscitée par la barbarie des jihadistes ne doit pas nous faire oublier cette réalité implacable: il n’y a pas de victoire possible si seule l’action militaire est en place. Les frappes n’ajouteront que du désordre au désordre si cela est encore possible.

J’en veux pour exemple l’Irak où les Kurdes sont en position de proclamer leur Etat sur un territoire encore plus vaste que ce qu’ils réclamaient. Or en 1922, la Turquie a accepté le démantèlement officiel de l’Empire ottoman à la conférence de Lausanne, à la condition qu’il n’y ait pas d’Etat kurde. Position qui a été réitérée en 2004.

Il n’y a aucune solution politique envisageable, sans un accord entre la Turquie, l’Iran et l’Arabie Saoudite. Les deux premiers ne font pas partie de la coalition, Téhéran s’étant même permis le luxe de porter au pouvoir les chiites au Yémen au risque d’une nouvelle guerre confessionnelle.

Evidemment, on peut légitimer la guerre contre la barbarie, mais pas avec une indignation à géométrie variable. Encore faut-il que les même principes soient appliqués à tous.

Mais le pire, c’est que l’ont sait d’avance que chaque guerre en annonce une autre, parce qu’il n’y a pas d’objectif clair qui la sous-tend.

Le désordre empire, s’étend géographiquement, depuis la première guerre du Golfe. Ce constat d’échec devrait inciter à une réflexion sur l’utilité des guerres.


 

Tags : JLSS
Par Rédaction Medias24
Le 29 septembre 2014 à 20h49

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