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Un monarque chez Trump

La visite de Charles III aux États-Unis a été marquée par des piques subtiles adressées à Donald Trump, révélant des tensions profondes entre deux alliés historiques. La chronique d'Ahmed Faouzi.

Le 2 mai 2026 à 9h19

Après l’attentat survenu lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche samedi dernier, le meilleur cadeau que le palais royal de Buckingham a offert à Trump, c’est de maintenir la visite d’État que devait effectuer le roi Charles III aux États-Unis.

Le protocole britannique, connu pour être l’un des plus stricts et des plus minutieux dans la préparation de telles visites, ne prend jamais de risques incalculés quand il s’agit de la sécurité du monarque et de la famille royale. Cependant, ce qu’appréhendent tous les visiteurs officiels qui se rendent aux États-Unis, c’est souvent les réactions intempestives du président américain et ses sorties hasardeuses devant ses hôtes.

Le roi Charles effectue cette visite officielle à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Trois événements essentiels ont marqué cette visite.

Tout d’abord la cérémonie d’accueil officiel et sa rencontre avec Trump. Puis le discours royal le lendemain aux deux chambres du Congrès, et enfin le dîner d’Etat à la Maison-Blanche qui était une autre occasion solennelle que Trump semblait bien apprécier. Britanniques comme Américains étaient conscients que ce séjour intervient à un moment de tensions géopolitiques internationales, et de mésentente entre le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président Trump.

Dans son discours devant le Congrès, et pour détendre l’atmosphère, le roi Charles a commencé par citer Oscar Wild qui pensait que les deux pays ont beaucoup de choses en commun à part la langue. Il a ensuite passé des messages clairs, mais diplomatiquement bien formulés, pour rapprocher les points de vue entre les deux gouvernements et ne pas envenimer davantage les relations bilatérales. L’alliance entre les deux pays ne peut se reposer sur les réussites du passé, a souligné le roi devant des parlementaires qui semblaient acquis à sa démarche. Les difficultés, auxquelles nous sommes confrontés, sont trop grandes pour qu’une seule nation puisse les affronter seule, a-t-il ajouté.

Le roi a exhorté les deux pays à continuer à défendre leurs valeurs communes d’une seule voix, et à résister aux appels de repli sur soi. Une critique à peine voilée à la politique que mène Trump à l’international en marginalisant volontairement les Nations-Unies sur certains dossiers, et sans tenir compte du droit international dans d’autres.

Le roi est allé encore plus loin en évoquant l’importance de l’équilibre des pouvoirs dans un Etat démocratique, et les députés ont compris qu’il ne parlait pas du Royaume-Uni, et que ses messages étaient bien adressés à l’administration américaine. Le roi faisait certainement allusion, entre autres, à la guerre que Trump a initiée contre l’Iran sans l’aval du Congrès. Les journalistes présents ont par ailleurs remarqué que ces saillies royales étaient bien applaudies plus par les députés démocrates que les républicains.

Charles III a appelé par ailleurs les élus du Congrès à faire preuve d’une détermination sans faille pour la défense de l’Ukraine. Sous d’autres cieux, on aurait critiqué cette recommandation provenant d’un chef d’État étranger car elle s’apparente à une ingérence dans les affaires internes d’une nation. Mais ce message est bien passé puisqu’il a été chaudement applaudi, à un moment où l’Europe regrette le désengagement de Washington sur ce dossier. En revanche, le monarque a passé sous silence les crises du Moyen-Orient, comme la question de la Palestine, dont le Royaume-Uni porte la responsabilité morale et historique, ou la guerre avec l’Iran.

Sur un autre chapitre, et pour répondre aux critiques du président Trump qui, par le passé, a minimisé les sacrifices des alliés dans certains conflits, le roi a rappelé le lendemain des attentats du 11 septembre, lorsque l’Otan a invoqué l’article 5 pour la première fois. Et que les membres du Conseil de sécurité se sont montrés unis pour contrer le terrorisme. Cette détermination sans faille, a insisté le roi, est encore plus nécessaire aujourd’hui pour défendre l’Ukraine et son peuple courageux. Il a rappelé cependant le rôle utile et nécessaire que jouent les Nations-Unies et le Conseil de sécurité pour résoudre collectivement les conflits en cours.

C’est une autre atmosphère qui a régnée lors du diner à la Maison-Blanche. Les tacles du roi ont continué de plus belle et toujours avec l’élégance british. Charles III s’est montré piquant envers Trump : vous avez récemment déclaré monsieur le président que sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient allemand, j’ose dire que sans nous, vous parleriez maintenant français. Quant au projet de Trump de construire une salle de bal à la Maison-Blanche, le roi a formulé le regret de souligner que, déjà en 1814, les Britanniques avaient tenté leur propre projet de réaménagement de ce site, faisant allusion à l’incendie de ce lieu provoqué par les soldats du Royaume-Uni.

Ce sont ces deux discours du roi Charles que les médias américains ont longuement analysés et interprétés. Celui du congrès face aux élus du peuple, et l’autre lors du dîner officiel à la Maison-Blanche. Trump est resté poli et mesuré en dépit de quelques impairs protocolaires. Ainsi on a évité ses sorties de piste auxquelles il nous a habitués avec tant de chefs d’Etat. Mais pendant que les convives finissaient le dessert, la Maison-Blanche avait déjà publié un post sur son réseau social, avec une photo du roi et du président et cette légende qui en dit long : deux rois, two Kings. Cette remarque d’apparence neutre fait certainement référence aux récentes manifestations des Américains appelées no-kings, contre la politique que mène Trump et son équipe.

Dans ses deux interventions, à l’accueil comme lors du dîner officiel, le président Trump a lu des discours écrits pour éviter tout dérapage. Exercice qui semblait difficile pour quelqu’un qui aime improviser et laisser parler son instinct. Il a tenté par moment de se départir du texte pour ajouter un adjectif par-là, ou un superlatif par-ci. Mais il revenait vite à ses papiers pour ne pas commettre d’impair face au roi. Il a été réconciliant à l’égard de son invité en relevant que les Américains n’ont pas d’amis aussi proches que les Britanniques, et que les deux nations partagent une belle amitié depuis longtemps.

Trump a même évoqué pour la circonstance sa maman qui admirait le petit Charles alors prince héritier, et qu’elle trouvait si mignon, dit-il. Il a exprimé l’honneur d’accueillir maintenant Charles III devenu roi pour marquer le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis Et d’ajouter : nous parlons la même langue, nous avons les mêmes valeurs et nos guerres communes ont défendu la même civilisation. Pour le président, si les Américains peuvent chanter mon pays est une grande terre de liberté, en référence à son hymne, c’est parce que leurs ancêtres chantaient aussi God save the King.

Cependant, la question lancinante demeure la même. Cette visite royale va-t-elle aider à améliorer les relations bilatérales ? Le journal New York Times rappelle que les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis la crise de Suez de 1956, quand Washington s’était opposé à Londres après l’attaque contre la nationalisation du canal par l’Égypte. Ce n’est certes pas un séjour royal et des échanges protocolaires qui vont effacer des malentendus profonds avec le gouvernement travailliste britannique.

Le Premier-ministre britannique et son gouvernement travailliste reprochent à l’administration Trump son manque de cohérence sur plusieurs dossiers. Les exemples ne manquent pas. On peut citer son ingérence dans les affaires intérieures du royaume en soutenant ouvertement l’extrême-droite, sa guerre commerciale, ou son unilatéralisme sur la scène internationale.

Le roi Charles a choisi quant à lui d’assumer le rôle d’arbitre historique qui lui incombe pour rappeler les fondements de leur alliance, défendre le multilatéralisme, et inscrire la relation bilatérale dans une perspective de long terme à l’abri des humeurs et des conjonctures.

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Le 2 mai 2026 à 9h19

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