Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Thèse, antithèse, foutaise
Des proverbes à la métaphore, des poètes aux chanteurs à textes, une croustillante pérégrination de Abdellah Najib Refaif.
"Là où il y a une volonté, il y a un chemin", écrit le poète. Bien dit, confirmera l’autre incorrigible optimiste qui pense "qu’il n’y a qu’à" pour obtenir ce qu’on désire ou ce qu’on espère. Le problème avec les poètes, c’est qu’ils ont cet art difficile de dire les choses de la vie avec des mots que n’osent ni ne se permettent les pauvres prosateurs du banal et du quotidien.
Pourtant, la phrase citée là-haut est simple et ses mots accessibles. Elle a même la construction grammaticale et la teneur sémantique pleine de bon sens qu’ont souvent les proverbes populaires et les maximes les plus cités. On retrouve d’ailleurs la même phrase, traduite littéralement mais dans un proverbe anglais datant du 17 -ème siècle et attribuée à un écrivain nommé George Herbert : "Where there is a will, there is a way". Mais les proverbes, contrairement aux autres expressions écrites, sont souvent des créations condamnées à l’anonymat et qu’on retrouve dans toutes les cultures à travers le monde, peut-être depuis que l’homme s’est mis à parler et à exprimer des pensées et une morale.
En effet, comment dater ou revendiquer la paternité d’un proverbe qui a circulé parmi les peuples sur terre depuis la nuit des temps ? Qui a pris quoi à qui ? De cette affirmation philosophique de Nietzsche, par exemple, où il dit : "Tout ce qui ne me tue pas, me rend plus fort", à ce proverbe populaire bien de chez que j’ai souvent entendu et qui affirme que : "Alli ma qatlate T’semmène" ( Ce qui ne tue pas fait grossir).
On peut phosphorer et partir en vrille dans diverses exégèses philosophiques et existentialistes pour la première, et dire tout simplement que le proverbe de chez nous, lui, été inventé par un quidam qui a laissé tomber un morceau de viande par terre puis l’a ramassé pour le manger sans s’encombrer de considérations ou précautions hygiéniques. Deux affirmations, deux thèses : un philosophe illuminé, torturé et à demi-fou qui dialoguait avec Zarathoustra et un pauvre bougre qui a tout bêtement faim. Vous n’allez pas me dire que ce dernier aurait plagié l’auteur du "Gai savoir" ? Thèse, antithèse et… foutaise.
Mais quittons les sommets arides de la philo pour la vallée verdoyante de la métaphore et revenons à notre poète du début pour lui opposer un argument, même si l’on craint que les aèdes ne souffrent pas l’argumentation et tiennent en mépris ceux qui pratiquent l’argutie ; qu’importe, sortons l’argument donc : ce chemin dont parle le poète (ou le proverbe) et qui se trouve là où est la volonté ne mène pas tout le monde à la même destination, ni n’a la même explication.
Le sens du proverbe, lui, est simple et son message clair comme l’eau de roche : si on s’accroche, on y arrive ; la volonté ouvre la voie et montre donc le chemin. Pour le poète, un autre, Machado cette fois-ci, pas Char, ce n’est pas le chemin qui importe mais le cheminement.
Décidemment, les poètes ont des mots pour tout et ils auront toujours raison. L’un d’eux, chanteur et poète, Jean Ferrat, a d’ailleurs soutenu et joliment chanté ceci : "Le poète a toujours raison/ Qui voit plus haut que l’horizon/ Et le futur est son royaume / Face à notre génération/ Je déclare avec Aragon/ La femme est l’avenir de l’homme".
Le Même Aragon avait pourtant avoué : "Je ne connais rien de rien de l’avenir…", mais se contredisant, juste après, dans "Le fou d’Elsa", il avait en effet bien écrit avec des mots si simples ces vers hautement féministes pour l’époque : "L’avenir de l’homme est la femme. Elle est la couleur de son âme. Elle est sa rumeur et son bruit et sans Elle, il n’est qu’un blasphème". Mais, politiquement et pas seulement, le "Fou d’Elsa" n’était à une contradiction près. Qu’importe, on pardonne tout aux poètes. Enfin presque tout, mais pas à tous les poètes et pas toujours du côté de chez nous.
Il m’arrive parfois de consulter d’anciennes notes prise ici et là, et quelques vieilles coupures de presse jaunies par le temps puis gardées pour on ne sait quelle raison jusqu’à se rendre compte un jour de leur utilité réelle ou supposée. C’est peut-être le cas en écrivant ces considérations bassement subjectives à propos de quelques poètes, leur tropisme ou leur comportement versatiles.
Il y a quelques années, le déjà vénérable quotidien marocain de langue arabe Al Alam (fondé le 11 septembre 1946 tout de même) avait brocardé ce poète en première page à l’aide d’une manchette ironique et délatrice digne d’un tabloïd anglais : "Ce n’est pas la première fois : Adonis refuse une lecture collective de poésie, exige une indemnité et un billet d’avion en classe business !" L’article revient sur une polémique entre le célèbre poète syrien résidant à Paris et le ministère de la Culture tunisien de l’époque au cours de laquelle le premier aurait exigé, entre autres conditions, d’être indemnisé pour une prestation littéraire pour participer à une rencontre réunissant des poètes arabes à Tunis.
Le journal avait publié le contenu d’un échange épistolaire entre les deux parties où le poète a laissé de côté les métaphores et autres figures de style pour poser ses conditions dont la qualité et la renommée des poètes invités et non le tout-venant comme c’était le cas dans ces kermesses littéraires dithyrambiques et prisées par les régimes arabes de l’époque. Mais le quotidien n’a retenu et monté en épingle que les conditions "bassement matérielles et prosaïques" que le poète estime de nature à préserver à la poésie son magistère et aux poètes leur dignité.
En étalant publiquement les exigences du poète tout en les pourfendant, le quotidien voulait peut-être ouvrir un débat d’idées. Quel débat ? Quelles idées ? N’importe quel poète honnête et impécunieux --ce qui est un pléonasme car un poète est fauché par essence et par vocation-- sera d’accord avec Adonis sur toutes les conditions, morales et matérielles qu’il avait posées. Mais pour certains, ici comme ailleurs, le poète n’a pas toujours raison.
à lire aussi
Article : Coupe du monde 2026. Le Maroc bouscule le Brésil mais doit se contenter du nul (1-1)
Après une entame énergique et l’ouverture du score par Ismaïl Saibari, l’équipe nationale a concédé l’égalisation face au Brésil, ce samedi 13 juin dans le New Jersey. Les Lions de l’Atlas sont toujours dans la course à la qualification. Ils pourront valider leur billet contre l’Écosse lors de la deuxième journée, vendredi 19 juin.
Article : Mondial 2026 : des fan zones à Casablanca et Rabat pour vivre les matchs
À l’occasion de la Coupe du monde 2026, un réseau de fan zones sera déployé dans plusieurs villes marocaines afin d’accompagner les Lions de l’Atlas et permettre aux supporters de vivre pleinement la compétition.
Article : Le Festival Gnaoua, d’un pari culturel à un modèle de rayonnement pour le Maroc
Trente ans après sa création, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira s’est imposé comme bien plus qu’un événement musical. Invitée de Médias24, sa fondatrice Neila Tazi revient sur les origines de cette aventure née à la fin des années 1990 et devenue, au fil des éditions, un levier de transformation pour la ville d’Essaouira et un outil de rayonnement pour le Maroc.
Article : Numérique et résilience climatique : la Banque mondiale approuve deux programmes de 6 MMDH pour le Maroc
D’un montant total de 650 millions de dollars (plus de 6 milliards de DH), les deux nouveaux programmes sont destinés à accélérer la réalisation des objectifs du Maroc en matière de transformation numérique, tout en renforçant la résilience financière du Royaume face aux risques liés au climat, aux catastrophes et aux cyber-risques.
Article : Air Transat lance sa première liaison aérienne directe entre Montréal et Agadir
Le premier vol direct de la compagnie canadienne "Air Transat" reliant Montréal à Agadir a atterri samedi 13 juin, à l’aéroport Al Massira avec 194 passagers à bord.
Article : Crimes de masse, mémoire sélective : le procès impossible de l’Occident
De la traite transatlantique aux guerres contemporaines, des génocides coloniaux aux famines organisées, cette contribution de Fatiha Charrat, docteur en sociologie, interroge une contradiction majeure : les puissances qui ont façonné le droit international et se présentent comme gardiennes des droits de l’Homme sont aussi au cœur des crimes les plus structurants de l’histoire moderne. Une réflexion sur l’impunité, la mémoire sélective et l’exigence d’une justice réellement universelle.