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Dr Nourreddine Oudghiri Idrissi

Spécialiste en médecine physique et de réadaptation (MPR), Casablanca.

Pour une santé fonctionnelle adéquate 

Le 20 septembre 2022 à 15h18

Modifié 21 septembre 2022 à 13h09

Le Dr Nourreddine Oudghiri Idrissi revient sur l’importance de la médecine physique et de réadaptation dans la prise en charge des patients, notamment les personnes handicapées.

La médecine physique et de réadaptation (MPR) a vu le jour au Maroc en 1978 par le biais occasionnel de l’exercice en libéral. Notre pays s’est engagé depuis des années dans un mouvement profond de changement et de scellement social. Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’Assiste, a distinctement exprimé la nécessité d’orienter les politiques du gouvernement vers la prise en compte des franges défavorisées de la population, notamment les personnes en situation de handicap.

Une résolution habile correspondant à ce groupe cible a été révélée clairement dans le Plan d’action national de 1995 pour le rapprochement des personnes en situation de handicap (PSH). La MPR s’inscrit dans une démarche dynamique, orientée vers l’amélioration des ressources et de la disposition des soins par une approche présente, en adéquation avec la politique royale pragmatique. Une vision bienveillante de notre Souverain initiée bien avant le plan d’action de l’Organisation mondiale de la santé (2014-2021).

La MPR, jusqu’alors connue comme une spécialité médicale approuvée, a jadis fait ses preuves dans tous les domaines où ses éclaireurs ont assuré l’échange et le partage. Le Maroc est le premier pays africain à avoir adhéré, en 2016, à l’ISPRM (International Society of Physical Rehabilitation and Medecine), une société savante identifiant de plus en plus de MPR de différents horizons.

Plus de 1,5 million de personnes en situation de handicap au Maroc

Selon l’enquête réalisée par le secrétariat d’Etat chargé de la Famille en 2004, avec l’assistance technique du consortium français CREDES/Handicap International, dans le cadre du programme MEDA, plus de 1,5 million de personnes sont en situation de handicap dans notre pays, soit 5,12% de l’ensemble de la population. 45,6% des handicapés présentent une déficience, tandis que 54,4% en présentent plusieurs. Selon la même source, les premières causes du handicap sont dues aux maladies acquises (38,4%), aux accidents de la route et du travail (24,4%), aux complications liées à un traitement médical ou à une opération et aux violences sociales et familiales.

Force est de constater que le citoyen marocain reste confronté à une réalité : le manque de structures adéquates et d’encadrement médical spécialisé en MPR pour la prise en charge de la population polyhandicapée et de handicap lourd dans des structures de soins appropriées.

Malgré l’émergence de la spécialité médicale de MPR au Maroc depuis 1994 (décret du 22 octobre 1993, BO n°4236 du 05/10/1994), environ 120 médecins marocains spécialistes en MPR sont restés dans des centres européens pour y exercer leur spécialité, faute d’infrastructures dans notre pays. En juin 2022, nous étions presque 90 médecins marocains à exercer cette spécialité médicale, tous secteurs confondus, pour plus de 34 millions d’habitants, soit 1 MPR pour 428.000 habitants. Ce manque désavantage la population en général, dont les polyhandicapés et les malades lourds qui sont livrés à eux-mêmes. Une insuffisance durable dans l’approche médicale fonctionnelle à ce jour.

Des besoins qui ne cessent d’augmenter

Cette situation est liée au manque d’équipements adaptés. Une estimation des besoins en lits d’hospitalisation pour la MPR (handicapés), réalisée à partir de données disponibles et en comparaison à d’autres pays, en tenant compte du PIB marocain, laisse prédire un besoin en lits de 350 à 400 pour l’année 2010 pour le Grand Casablanca.

Ces besoins sont en constante augmentation. Il faudra donc rattraper le retard en comblant le déficit, particulièrement dans le domaine de l’infrastructure et des ressources en MPR, afin de hisser le traitement national du handicap au niveau de standards louables.

Dix ans après la première enquête nationale sur le handicap, la seconde étude, menée en 2014, a révélé que le taux national de prévalence du handicap est de 6,8% (5,12% en 2004). Au total, 2,2 millions de personnes ont déclaré avoir des incapacités à divers degrés de sévérité (léger, modéré, sévère, très sévère) par rapport à une population de plus de 33 millions d’habitants.

1 ménage sur 4 (24,5%) compte en son sein au moins une personne en situation de handicap sur un total de 7,1 millions de ménages. Toujours selon l’enquête nationale de 2014, 51,3% sont en âge de travailler, 2,2% sont de niveau modéré à très sévère, 0,6% de niveau très sévère, 6,4% de niveau léger à modéré, correspondant à 94,12% de la totalité des PSH.

L’évolution et les prises en charge actuelles supposent une stratégie thérapeutique d’ensemble, impliquant aussi la collaboration de la MPR à plusieurs titres, pour le volet fonctionnel dans différentes situations de déficiences inhérentes à certaines complications que voici : les obstructions vasculaires dont les artériopathies oblitérantes, les accidents vasculaires cérébraux ou périphériques, dont le développement adéquat de la circulation collatérale périphérique a fait ses preuves, l’appareillage approprié modulable et fonctionnel en cas d’amputations, les soins des pieds diabétiques, des rhumatisants et leur chaussage, les déformations digitales et des poignets arthrosiques ou d’arthrites rhumatismales, les différentes aides techniques à l’autonomie conçues et réalisées sous surveillance en MPR… La liste n’est pas exhaustive, incluant des dispositifs médicaux standardisés, conçus à la demande et selon les besoins.

L’ergonomie, l’ergothérapie, ainsi que la prévention dans l’organisation des soins médico-chirurgicaux incluant la participation de la MPR en association avec les autres disciplines concernées, témoigne de la portée qualitative du scoring fonctionnel, dont la fiabilité, la reproductibilité et la correction ne sont plus à démontrer. D’où le plan d’action 2014-2021 de l’OMS.

Un forum organisé par le ministère de la Santé en 2015 au Conseil national de l’ordre national des médecins, à Rabat, a rassemblé environ 500 personnes de toutes les régions du Royaume, pour débattre des difficultés rencontrées par les PSH. L’objectif étant de mieux appréhender, cibler et orienter les actions à entamer selon le plan d’action de l’OMS. Une dynamique sociale et solidaire animée autour d’une problématique qui a toujours préoccupé le peuple marocain et les gouvernements successifs sous les directives de Sa Majesté le Roi.

Une adaptabilité avec mises à niveau des outils et moyens à mettre en œuvre, afin d’améliorer la situation médico-sociale de la population générale et de la frange concernée. Des directives strictes ont toujours été avancées dans les discours royaux. Sous le règne de feu Sa Majesté le Roi Hassan II que Dieu l’ait en sa Saint Miséricorde, nous avons assisté à la création dans un premier temps du Haut commissariat aux handicapés et de plusieurs associations de différentes maladies handicapantes. L’INDH marque de son côté le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Mettre en pratique les hautes directives royales dans la continuité de nombreuses actions réalisées, également entamées en prévision, tout ceci ayant pour objectif principal “l’amélioration des prises en charges médico-sociales, notamment des personnes en situation de handicap”.

La MPR, une prestation ajoutée aux diverses fonctions du corps médical prépondérant

Pour l’abord thérapeutique, la MPR a pu s’impliquer, à l’image des autres spécialités, par son approche holistique et transversale pour des spécificités diagnostiques et fonctionnelles concernant des atteintes engendrant des situations de limitations importantes de participations actives, et dont le besoin en soins de réadaptation bien codifiés est évident et latent. Une prévention organisée pour une réhabilitation optimale et fonctionnelle, plutôt que des soins prodigués à domicile sans organigramme ni planification thérapeutique hiérarchisée et appropriée. L’hospitalisation à domicile nécessite une assise technique appropriée. Au XIXe siècle, la médecine est préventive : diagnostic et traitement précoces.

Investie à l’image des autres branches médicales, pour une approche globale et analytique, la MPR œuvre pour coordonner et contribuer légitimement à intégrer un avis médical spécialisé afin d’associer une thérapie spécifiquement fonctionnelle concernant des pathologies potentiellement pourvoyeuses d’accumulation de situations handicapantes latentes et de différentes aides dans des tâches de la vie journalière.

La MPR peut aussi allier des soins entre différents professionnels de santé concernant des pathologies lourdes d’ordre neuro-orthopédiques ou musculosquelettiques. La MPR est une prestation ajoutée aux diverses fonctions du corps médical prépondérant, plutôt que de se retrouver confrontés à des complications inhérentes pour lesquelles on ne peut plus avoir une action thérapeutique avantageuse fonctionnellement. Pour la procréation, dans certains cas de pathologies neurologiques prédisposant à des problèmes de fertilité et de fécondité, des moyens de prise en charge en MPR sont disponibles et tangibles dans plusieurs pays, afin d’y remédier au moment opportun, facilitant et ou assurant la postérité.

L’accompagnement se pose aussi dans les cas de personnes atteintes de néoplasies ou de cancers, de paralysies graves, d’états de coma… Des mesures préventives et actions thérapeutiques peuvent minimiser les désagréments, stimuler, améliorer l’éveil et le confort du patient. Tout un éventail d’actions synergiques et/ou de recommandations supplémentaires pour la personne concernée et son entourage familial et environnemental.

Il est classique et institutionnel de concevoir un service de MPR universitaire ou hospitalier comme un carrefour centralisant toute l’équipe de rééducation coiffée par la MPR. Une mesure thérapeutique ordonnée servant tous les autres patients de l’hôpital par le biais d’avis spécialisés et interdisciplinaires. Toute prescription de soins de rééducation dans l’enceinte de l’hôpital peut se référer aux MPR, à l’image des autres spécialités. Un cadre d’échange de bons procédés, d’usage diagnostique et thérapeutique, partout validé.

Premières structures associatives à Salmia et Bouskoura

Les premières structures associatives ou assimilées au secteur libéral au Maroc, qui rassemblent relativement à ce jour certaines de ces exigences d’ensemble concernant l’élan diagnostic et thérapeutique des personnes en situation de handicap qu’est censé supporter un centre de MPR, sont celles de Salmia et Bouskoura.

Ces deux structures participent à l’hospitalisation spécialisée. Le centre de Bouskoura dispose de 110 à 120 lits, dont 8 lits de soins intensifs. Avec un recul de 22 ans, il est doté d’un plateau technique avec 2 MPR épaulés par 3 autres médecins, 12 infirmiers, 25 aides-soignantes, 3 ergothérapeutes, 2 orthophonistes, 1 psychomotricien, 1 neuropsychologue, 30 kinésithérapeutes, 2 orthoprothésistes.

Tous les patients sont suivis en consultation de MPR : en pré-rééducation, à l’entrée, lors des suivis en per-rééducation, et lors des contrôles réguliers après consolidation, à court, moyen et long terme selon l’état neuro orthopédique.

La collaboration et l’orientation vers d’autres disciplines médico-chirurgicales se fait à l’appréciation du MPR, selon l’état clinique du patient, son état fonctionnel et ses doléances. Une collaboration et participation interdisciplinaire efficiente et incitative afin de hisser le score fonctionnel et global incluant toute l’équipe soignante.

Ce centre est fonctionnel depuis l’an 2000, d’abord pour l’ambulatoire (consultations de MPR et soins de rééducation à titre externe), puis progressivement, l’hospitalisation classique en MPR s’est étoffée.

Actuellement, la polyvalence du plateau médico-technique se met à niveau en développant en intramuros des options en réadaptation. La tutelle technique revient à la MPR selon les standards louables et admis. Le centre à Salmia dispose aussi de 3 MPR épaulés par 4 autres médecins, de 13 lits avec extension à 60 lits en cours, 11 infirmiers compétents pour ces types de situations de limitations de participation active, 24 aides-soignantes, 5 orthophonistes, 1 ergothérapeute, 1 psychologue et 11 kinésithérapeutes. Tous les patients sont suivis en consultation de MPR : en pré-rééducation, puis le reste des consultations de MPR ou autres disciplines suit.

L’hôpital d’instruction militaire Mohammed V de Rabat a été le premier à être doté d’un service de MPR polyvalent. Actuellement, il y a un chef de service professeur agrégée épaulée par 2 MPR avec 20 lits et un plateau technique bien équipé. Les autres hôpitaux militaires sont dotés d’unités de MPR avec consultations de MPR et plateaux techniques. La MPR est engagée au CHU de Casablanca en 2002. Il y a actuellement un service polyvalent d’hospitalisation effective de 12 lits et de jour entre 12 à 18 lits, avec un plateau technique adéquat qui s’étoffe.

Le CHU de Rabat est en cours d’expansion. D’autres CHU sont en train de s’enrichir de professeurs agrégés et ou assistants en MPR, et se doteront sûrement sous peu de plateaux techniques probablement avec hospitalisation. Les CHU d’Agadir et de Laayoune ne disposent pas encore d’universitaires en MPR.

Cette louable initiative permet aux universitaires de disposer avec cette spécialité et ce mode de participation inclusive et incitative, aux futures générations de médecins d’échanger, de collaborer et d’impliquer cette spécialité dans le but de répondre à un besoin crucial et abondant visant à optimiser le parcours de soins de toute personne en situation de handicap.

Cette offre de soins pourtant profitable souffre du manque de communication et de partenariats entre les différents intervenants de la santé. La MPR peut largement exécuter et améliorer des prestations avec nos moyens dans notre contexte, à l’égard des retombées économiques et sociales. Et partant de là, minimiser des déperditions. Une convergence d’actions préventives répondant aux exigences de l’approche des soins du XXIe siècle.

Etre en adéquation avec le monde de la santé dans toutes ses composantes et dimensions et optimiser au mieux le parcours de soins des PSH, tout en renforçant dans notre pratique au quotidien les hautes directives royales concernant cette frange de la population.

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