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Fouad M. Ammor

Socio-économiste

Pour une hausse du taux directeur

Le 20 juin 2022 à 16h44

Modifié 20 juin 2022 à 16h44

La réunion du conseil de Bank Al Maghrib ce mardi 21 juin; ainsi que l'expectative qui entoure la future décision sur le taux directeur, suscitent un débat. Ci-dessous, le point de vue de Fouad M. Ammor, socio-économiste, professeur à Mundiapolis.

En sciences (plutôt savoirs économiques) économiques, la question du taux d’intérêt et surtout du taux directeur (décidé par la Banque centrale) est à mettre en lien avec 3 paramètres en plus d’un contexte.

Les 3 paramètres sont : la consommation, l’investissement et l’épargne. Prenons chacun de ces indicateurs en lien avec le taux directeur et voyons ce que cela donne, d’abord théoriquement ensuite sur le plan pratique :

1/ Un taux directeur élevé, rend le loyer de l’argent cher, dissuade les investisseurs, et par ricochet, encourage l’épargne. Cette augmentation est une recommandation classique pour lutter contre l’inflation. Toutes choses étant égales par ailleurs, l’impact sur l’investissement s’applique pour la consommation. Celle-ci est appelée à décroître en cas d’augmentation du taux directeur.

2/ Qu’en est-il en cas de baisse du taux directeur ? Cette pratique monétaire est recommandée s’agissant d’une situation de décélération de la croissance économique. Un taux directeur faible encourage et l’investissement et la consommation. Ce qui est censé donner un coup d’accélérateur à la croissance économique.

Ce raisonnement quasi-mécanique est valable, eu égard au schéma keynésien, dans une économie quasi-fermée. Or, ce qui se passe aujourd’hui, avec l’atténuation des frontières des pays et la forte indépendance des tissus économiques dans le cadre des chaînes de valeur à l’échelle globale, c’est que ces remèdes se trouvent en porte-à-faux.  D’où l’importance de la mise en exergue du contexte de ces recettes.

3/ Aujourd’hui, la marge de manœuvre des autorités monétaires a tendance à se réduire à une peau de chagrin. Ceci est le cas pour la quasi-totalité des pays, de par le monde, et a fortiori pour les pays fortement dépendants de l’extérieur en termes des types d’importation. Ce qui est le cas du Maroc. Celui-ci a longtemps tablé sur la quête des devises, en minorant l’importance de ses souverainetés multiples (surtout alimentaires, énergétiques, sanitaires…). L’idée sous-jacente est que tous les besoins peuvent être assouvis sur la marché international pourvu qu’on dispose des moyens de paiement nécessaires. L’autre hypothèse c’est que les biens recherchés (notamment alimentaires) existent à profusion.

Or, le constat est que, dans le contexte actuel et ce, depuis la pandémie du Covid 19 et la remise en cause, de facto, des chaînes de valeur à l’international, aggravée par la guerre russo-ukrainienne,

1/ il ne suffit pas d’avoir les moyens de paiement nécessaires pour se procurer ce dont on a besoin ;

2/ comme corollaire de ce point, les biens qui sont censés être abondants peuvent à tout moment se raréfier. C’est le cas des composants électroniques dont la pénurie a provoqué l’arrêt de la production des voitures et des ordinateurs dans le monde, mais c’est surtout le cas des denrées alimentaires et du gaz liquéfié.

En résumé, et face à un monde globalisé et une l’inflation importée, qui réduit les prérogatives des autorités monétaires et surtout de BAM, il paraît plus judicieux d’augmenter le taux directeur, pour au moins deux raisons :

1/ encourager l’épargne en encourageant les gens à déposer leur argent dans les banques. La quantité d’argent qui circule au Maroc en dehors des circuits financiers est impressionnante.

2/ Cela pourrait participer à l’atténuation de la masse monétaire en circulation en mettant un bémol quant à la création monétaire par les institutions financières. La surchauffe des prix au Maroc, en face du gel des salaires, est une bulle, quasi incontrôlable quant à la stabilité du pays.

L’auteur:

Fouad M. Ammor, Professeur des Universités et professeur permanent à Mundiapolis, spécialisé en socio-économie, relations internationale et Partenariat euro Med.

* Ph D. Doctorat d’État ès sciences économiques sur les problèmes de développement ; 1992

* Diplôme de Sociologie Urbaine, délivré à Berlin par la Fondation Allemande pour le Développement International (Deutscen Striftung fûr internationale Enttwicklung); 1988

* Diplôme relatif au Cycle d’enseignement intensif sur la Paix délivré à Genève (Fédération Helvétique) en 1989 par l’Institut Internationale Recherches pour la Paix à Genève en association avec l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le Désarmement ;

* Master en traduction (anglais). Ecole supérieure du Roi Fahd de Tanger 2010

* Membre comité exécutif du GERM (Groupement d’Études et Recherche sur la Méditerranée).

* Vice-président du Centre Marocain des Affaires Étrangères (CMAE).

* Vice-président de l’Observatoire Marocain de l’Éducation et de la Formation (ONEF)

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