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Les violentes secousses peuvent entrainer la mort d’un bébé

Ce qui peut arriver de plus tragique aux parents est la mort soudaine de leur bébé. Et ce qui pourrait être pire, que ces parents soient accusés par erreur d’avoir causé sa mort, et soient donc poursuivis, en dépit d’une mauvaise interprétation par la communauté médicale des éléments disponibles.  

Le 15 mai 2014 à 10h31

OXFORD – Seul un petit nombre des bébés qui s’effondrent et meurent de manière inattendue dans leur première année de vie partagent un ou plusieurs des trois symptômes suivants : hémorragie en périphérie du cerveau (hémorragie sous-durale), hémorragie à l’arrière de l’œil, et gonflement du cerveau.

Ces mêmes caractéristiques sont aussi visibles chez certains nourrissons qui ont souffert de traumatismes résultant d’une chute ou d’un accident de voiture. Pourtant, de nombreux bébés présentant ces symptômes n’ont pas connu d’antécédent traumatique, de maltraitance physique ou de négligence, ni fait l’objet de constatations médicales dans ce sens (comme la présence de fractures, d’écorchures, ou d’hématomes).

Les pédiatres ont ferraillé avec cette énigme jusqu’aux années 1970, lorsqu’est apparu l’idée selon laquelle le fait de secouer un bébé pourrait entrainer des forces rotationnelles et causer cette ‘triade’ de symptômes sans présence d’hématomes ni de fractures. Au fil des années, la réflexion autour de cette idée a évolué ; elle est aujourd’hui qualifiée de «syndrome du bébé secoué» (SBS), une hypothèse médico-légale qui reste encore contestée, et non encore prouvée scientifiquement à ce jour.

L’hypothèse du SBS a attribué cette triade de symptômes à une rupture physique des vaisseaux sanguins à la surface du cerveau et dans la rétine, et à la déchirure de fibres nerveuses dans le cerveau. Il a été suggéré que ces constatations impliquaient une force équivalente à une chute de plusieurs étages, ou à un très gros accident de voiture qui auraient immédiatement entrainé ces symptômes ou un effondrement. Parce que le fait de secouer violement un nourrisson ne peut être accidentel, l’hypothèse établit simultanément un acte criminel et en identifie l’auteur, généralement la personne qui était en présence du bébé au moment de l’effondrement.

L’hypothèse du SBS a été prise en compte dans la formation médicale et par la justice partout dans le monde, mais elle n’a fait l’objet d’aucune étude pendant près de vingt ans. En 1987, la première expérience biomécanique a découvert que l’intensité des secousses est bien moindre que celle de l’impact, et a donc conclu que les secousses ne pouvaient à elles seules être à l’origine de cette triade de symptômes.

D’autres recherches dans ma spécialité, la neuropédiatrie, ont établi que le fondement médical de l’hypothèse du SBS présentait aussi des défauts. Nous avons découvert que les dommages cérébraux chez ces enfants ne provenaient pas de traumatismes des fibres nerveuses, mais plutôt d’une interruption de l’apport sanguin. Nous avons aussi appris que les hémorragies sous-durales typiques de ces cas sont trop fines pour résulter d’une rupture des veines ponts à la surface du cerveau. Et nous avons aussi appris que nous étions en présence de ces mêmes résultats dans les cas de mort naturelle. Depuis dix ans, cette liste d’autres causes – dont les traumatismes accidentels, les causes congénitales, ou les maladies naturelles – s’est allongée.

La conclusion peut-être la plus convaincante de ces dernières années est que près de la moitié des bébés nés normaux et sains, et sans évidence de traumatisme survenu à la naissance, montrent des signes d’hémorragies sous durales. Cette observation, associée à l’immaturité de l’anatomie de la dure-mère des nourrissons, suggèrent que l’hémorragie durale chez le jeune bébé pourrait être un dispositif de protection naturelle – un réservoir permettant de prévenir un reflux dans les vaisseaux sanguins du cerveau lors des fluctuations de pression qui s’opèrent lors du travail et de la délivrance dans des conditions normales.

Parce que ces caractéristiques anatomiques persistent dans la jeune enfance, la dure-mère pourrait être tout aussi vulnérable à l’hémorragie passé le stade de nourrisson. En effet, les hémorragies à la naissance et celles attribuées aux secousses sont le plus souvent localisées dans les plis de membranes couvrant le cerveau et irriguées de vaisseaux plus nombreux et plus larges à cet âge que plus tard dans la vie.

Secouer le «syndrome du bébé secoué»

Depuis trente ans, certaines constatations scientifiques ont fragilisé l’hypothèse du bébé secoué mais aucun élément nouveau n’est venu la soutenir. Plusieurs chercheurs se sont plutôt fondés sur des données issues d’études plus anciennes pour calculer la probabilité statistique d’une lésion cérébrale infligée dans certains cas (hémorragie intracrânienne, hémorragie rétinienne, gonflement du cerveau, et attaques.) Les diagnostiques et les décisions de justice se basent donc souvent sur ces probabilités.

Cependant, le raisonnement des études sur lesquelles ces chercheurs se basent est circulaire et fondé sur des hypothèses aujourd’hui reconnues comme non fiables. Par exemple, dans certaines études, les chercheurs ont arbitrairement décidé que les chutes de moins d’un mètre de hauteur ne pouvaient pas contribuer à blesser un bébé, et que les parents qui faisaient état d’une telle chute devaient donc mentir. D’autres études ont considéré que l’incapacité des parents à expliquer les lésions médicalement constatées était une preuve de mauvais traitements.

Compte tenu de ces anomalies, l’analyse de ces études anciennes n’apporte pas de preuve fiable pour diagnostiquer une maltraitance. Elles permettent simplement d’établir que certaines constatations spécifiques peuvent être considérées comme résultant de mauvais traitements, et que par conséquent, la personne qui avait la charge de l’enfant au moment des faits sera accusée ou condamnée en ce sens, indépendamment de l’exactitude du diagnostique.

Les principaux partisans de l’hypothèse du SBS admettent aujourd’hui que la triade est un «mythe,» que les diagnostiques de SBS relèvent de la «spéculation informée», et que l’hypothèse n’est soutenue que par la confession de l’auteur des faits. Certains tribunaux leur emboîte le pas, et un juge fédéral américain a considéré que ce genre de confession obtenue était «irrecevable en tant que preuve», tandis qu’un autre a fait remarquer que compte tenu des récents développements, les accusations de SBS relèvent «plus de l’acte de foi que d’une proposition scientifique.»  

Personne ne remet en question le fait que de violentes secousses ou une maltraitance puissent entrainer des lésions ou la mort d’un enfant ; bien sûr que cela peut arriver. La réelle question est de savoir si ces secousses ou cette maltraitance peuvent être invoqués comme fondement d’une hypothèse qui souffre d’un manque de preuves scientifiques. Il n’existe aucun autre domaine médical et juridique dans lequel une hypothèse non prouvée confère une base suffisante pour un diagnostique, encore moins pour des poursuites judiciaires.

Compte tenu des développements de ces dix dernières années, nous sommes désormais confrontés à l’éventualité que depuis trente ans, nous avons condamné des parents par erreur sur la base d’une hypothèse incorrecte.

 

© Project Syndicate 1995–2014

Par Rédaction Medias24
Le 15 mai 2014 à 10h31

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