Le syndrome tartuffe de François Hollande
LONDRES – Dans «Tartuffe, ou L'Imposteur», Molière montre que laisser la fierté hypocrite, plutôt que la raison, dicter ses propres actions se termine toujours mal. Le président François Hollande semble souffrir d’un cas avancé de la maladie de Tartuffe, prenant à plusieurs reprises des engagements politiques qu'il ne peut honorer, en partie en raison de facteurs hors de son contrôle – à savoir, l’Union économique et monétaire de l’Union européenne (UEM).
Pour la France, les conséquences des échecs de M. Hollande seront beaucoup plus spectaculaires que sa propre chute politique. En effet, les actions de Hollande risquent de plonger l'économie dans une stagnation durable et de pousser les citoyens français de plus en plus en colère à bout, déçus par trop de paroles politiques non tenues.
La ligne de la politique économique, dictée par l’UEM, entraine inéxorablement la France dans un cycle de stagnation voire de décroissance économique. Il est donc impératif pour Hollande de changer radicalement de cap. Jusqu'à présent, il ne semble pas en prendre le chemin.
La popularité de François Hollande en chute de 12%
En novembre, un sondage d'opinion a indiqué que la cote de popularité de Hollande avait chuté à 12% – le pire résultat pour un président français dans l'histoire électorale moderne. Le même jour, Hollande a donné une longue interview télévisée dans laquelle il a combiné admissions d'échec et nouvelles promesses.
L’échec principal est le le chômage, qui s’approchait des 11% en octobre, comparativement à seulement 5% en Allemagne. Au cours de l’interview, Hollande a reconnu que, malgré sa promesse, un renversement de la tendance négative de l'emploi «ne s’est pas produit» cette année. (Il a omis de mentionner qu'il s’était fixé le même objectif l'année passée.)
Le problème du chômage en France est le résultat de la réglementation extrêmement lourde du travail (le Code du travail comprend 3.648 pages) et du fardeau fiscal écrasant grevant celui-ci. La nouvelle promesse de Hollande – ne pas imposer de nouvelles taxes, à partir de l'an prochain – pourrait être une reconnaissance implicite de cet état de fait.
Dans l'intervalle, cependant, il y aura une augmentation des droits d'accise sur le diesel et un supplément de 20% sur l'impôt foncier sera imposé sur les secondes résidences inoccupées dans les zones densément peuplées. Puisque ces hausses d'impôt seront probablement approuvées d’ici à la fin de l'année, elles devraient être les dernières – si toutefois Hollande donne suite à son engagement.
Compte tenu de son bilan – la charge fiscale a augmenté de 40 milliards d’euros au cours des deux dernières années – sa nouvelle promesse apparait peu crédible. En effet, le rétropédalage n’a pas tardé à se manifester : le ministre du budget, Christian Eckert, a indiqué que de nouvelles hausses d'impôts ne pouvaient être exclues : «Vous ne pouvez pas graver dans le marbre une situation qui dépend d'un contexte international que nous ne contrôlons pas».
De toute évidence, ce «contexte international» est l'UEM, qui impose des contraintes externes considérables sur la politique française. Même sans ces contraintes, il est toujours prudent pour les responsables qui gèrent les finances publiques de garder leurs options ouvertes.
Ceux qui ont cru que l'euro allait promouvoir la convergence économique et politique entre les membres de l’union monétaire se sont trompés. En excluant l'ajustement des taux de change pour tenir compte des différences en matière de compétitivité, l'euro a contraint les pays les moins compétitifs à poursuivre une «dévaluation interne» (une diminution des salaires réels) lente et douloureuse. Cela a entraîné une baisse de la demande et des prix, entraînant un accroissement des disparités de performances économiques entre les pays membres. La France avec un déficit du compte courant de l’ordre de 2% du PIB, comparativement à un excédent de 8% du PIB en Allemagne illustre malheureusement trop bien l’ampleur de cette erreur de jugement.
Mécontentement de l'électorat français
L'impact déflationniste de la dévaluation interne est aggravé par la règle, renforcée dans le «pacte budgétaire» de 2012, imposant aux pays de la zone euro d’adopter une discipline budgétaire stricte. Si la demande est comprimée sans relâche, même des salaires déprimés ne peuvent créer un volume d’emplois suffisant.
La solution proposée par de nombreux partisans de l'euro, est l’union budgétaire et fiscale, qui permettrait des transferts fiscaux en provenance des pays les plus compétitifs de la zone euro vers leurs homologues plus faibles. Toutefois, l’expérience de l'Italie du sud, qui dépend des transferts fiscaux du nord, montre que cette approche, en plus d’être couteuse, n’atteint pas les objectifs escomptés. Les différences en termes d’emploi, de productivité et de niveau de vie entre le nord et le sud ne se sont pas atténuées, malgré les sommes investies. D’autre part, l’Allemagne, en tant que premier pourvoyeur principal, ne semble pas être prête à faire un tel choix.
Une autre proposition serait que les économies fortes de la zone euro soutiennent des réformes structurelles destinées à améliorer la productivité des pays les moins compétitifs, comme la France et l'Italie. C’est probablement ce qu’Angela Merkel, chancelière de l'Allemagne, a voulu dire quand, dans les discussions privées lors de la réunion du Conseil européen de décembre dernier, elle aurait déclaré que, si l'Allemagne «ne peut pas se permettre de faire des transferts vers l'ensemble de l'Europe», elle pourrait «aider à payer les factures médicales». Mais, tôt ou tard, les économies les plus faibles abandonneront probablement ces réformes, et exigeront de récupérer leur souveraineté monétaire en tant que condition nécessaire – mais bien loin d'être suffisante – pour éviter un effondrement économique et social.
En attendant, Hollande continue à jouer Tartuffe, en faisant des promesses auxquelles ni lui ni les français ne croient. La monnaie unique contraint les politiques à faire des promesses qu’ils ne peuvent tenir et les rend impuissants mettant en danger leur crédibilité et la crédibilité des institutions de la république. Devant ce palmarès de promesses non tenues, la France peut s’attendre à une augmentation du mécontentement de l’électorat, un mécontentement qui pourrait bien se traduire par un bouleversement du paysage politique.
Traduit de l’anglais par Timothée Demont
© Project Syndicate 1995–2014
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