Le Maroc sahélien
Oui, le Royaume a une dimension sahélienne, comme il en possède une méditerranéenne, une atlantique, et une saharienne. 1561 kilomètres qu’il partage avec la Mauritanie, pays membre du G 5 Sahel, font de lui un pays frontalier à cet ensemble. Ne parle-t-on pas d’une zone sahélo-saharienne pour décrire cette zone qui englobe aussi bien la Mauritanie, Niger, Burkina, Mali, et Tchad ?
Les cinq pays (Mauritanie, Niger, Burkina, Mali, et Tchad) sont le cœur d’un vaste territoire qu’on nomme Sahel, zone se situant entre le Sahara et l’Afrique forestière. Le Sahel s’étend normalement jusqu’à la corne de l'Afrique, et certains y incluent également le Sénégal et le Cap-Vert. Les capitales de ces pays sont généralement excentrées et situées tout au sud.
Comme les conditions climatiques sont rudes, c’est le nomadisme qui caractérise cette région. Les frontières n’étant pas bornées et contrôlées, incitent aux trafics de tous genres. Dans les villes et capitales des pays de la région, on dépasse souvent le million d’habitants. Nomades et sédentaires se côtoient dans des sociétés en changement permanent.
Selon la FAO, 15 millions de personnes sont en risque d’insécurité alimentaire. 35% de la population au Niger, 28% au Tchad, 22% en Mauritanie,20% au Mali, et 10% au Burkina. Les mauvaises récoltes comme les famines sont fréquentes. L’urbanisation a modifié les habitudes alimentaires. On importe de plus en plus de blé et de riz au lieu d’encourager la consommation des produits locaux comme le mil ou le sorgho.
La population du Sahel a plus que doublé en 30 ans. Un pays comme le Niger, dont la population est de 20 millions, aura en 2030, 40 millions d’âmes. Aux défis de développement, s’ajoutent les défis politiques et sécuritaires. Les coups d’État sont fréquents et les militaires sont souvent les maîtres pour maintenir une forme de stabilité en attendant le prochain.
Depuis les indépendances, les rivalités entre civils et militaires sont souvent meurtrières, d’où la fréquence de déplacés et de réfugiés. On compte entre le Mali et Burkina, 1,5 million de déplacés internes, et 123.000 réfugiés étrangers. Pendant longtemps, la France, ancienne puissance colonisatrice, a considéré cette zone comme une chasse gardée. Avec le terrorisme qui se répand dans cette région, elle prend conscience que seule, elle n’arrive pas à gérer tous les défis qui s’accumulent.
les groupes jihadistes qui se multiplient dans le monde ont trouvé dans cette vaste zone le refuge idéal qui menace toute la région et handicape son développement. On ne compte plus les appellations : Ansar Eddine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), État islamique (Daech) etc. En déstabilisant ces sociétés, ce sont des milliers de personnes qui se déplacent ou, pour certains, choisissent de courir les risques d’émigrer vers l’Europe.
Deux phénomènes se sont additionnés pour arriver à cette situation. Le premier était l’expulsion vers cette région des éléments terroristes par Alger durant des années et qui ont écumé la zone. Le second est la déstabilisation de la Libye par la France et ses alliés en 2011. Des milliers de mercenaires à la solde de Kadhafi ont puisé les arsenaux libyens pour descendre vers les espaces sahéliens profitant des faiblesses des États de la région.
Ces deux ondes de choc ont depuis précipité le Sahel vers une crise permanente. En 2012, le nord du Mali tombe entre les mains des djihadistes, ce qui a obligé la France à organiser l’opération Serval pour chasser les groupes terroristes avec l’appui des militaires tchadiens. En 2014, l’opération Barkhane prend la relève en associant les pays concernés dans le but d’agir dans la mobilité. La France est quasiment seule à tenir à bout de bras la sécurité de la région.
La création la même année du G5, regroupement des cinq pays du Sahel, pour coordonner leurs actions contre le terrorisme est venue renforcer la coordination régionale, sous l’impulsion de l’Union Africaine et les Nations-Unies. Deux objectifs sont assignés à ce groupe : lutter contre l’insécurité et mener des actions de développement pour désenclaver la zone.
Malgré toutes les bonnes volontés et les efforts menés, la situation sécuritaire ne semble pas s’améliorer pour autant. Tout laisse penser qu’elle risque même d’empirer face, d’un côté, aux groupes djihadistes qui continuent à proliférer, et de l’autre à la propension des militaires à s’accaparer le pouvoir politique.
Les crises qui prévalent au Sahel ont des conséquences directes sur le Maghreb. De même, le manque de coordination et les luttes d’influence entre les pays du grand Maghreb ont un impact sur le Sahel. L’absence d’un projet intégrationniste maghrébin, en raison de la volonté d’Alger d’avoir à côté des vassaux au lieu de partenaires, n’aide pas à pacifier le Sahel.
Sous l’impulsion de la France, l’Union Européenne a développé une stratégie pour le Sahel reposant sur la bonne gouvernance, le règlement des conflits intérieurs, des actions politico-diplomatiques, l’État de droit, et la lutte contre les extrémismes. Malgré cela, Paris critique souvent le peu d’engagement de l’Union à ses côtés et se contente de ce qu’on lui offre. La politique européenne pour le Sahel, ne peut être, en effet, dissociée de la politique extérieure de l’Union.
Les faiblesses structurelles du Sahel, la division des pays maghrébins, et le peu d’intérêt des européens sont les trois aspects qui poussent d’autres puissances à venir s’y implanter comme les États-Unis ou la Turquie. Celle-ci intervient massivement pour appuyer le G5 en formation militaire et en aide matérielle. La ministre française de la défense n’a pas hésité en janvier dernier à critiquer Ankara qui cherche, selon elle, à s’infiltrer dans les interstices et à discréditer la France.
Face aux rivalités intermaghrébines, aux incohérences européennes, et aux faiblesses et instabilités du Sahel, une stratégie globale de ces trois sphères permettrait d’être prospectée pour donner réellement espoir à tout cet ensemble. Elles sont les trois à subir les effets de la déstabilisation du Sahel, c’est donc à trois qu’elles doivent imaginer les solutions de demain. Le bilatéralisme que privilégient les européens pour gérer la complexité de cette région ne répond plus aux problèmes transnationaux.
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