Me El Mehdi Ezzouate

Avocat au Barreau de Casablanca et militant du PAM

Le cinquième congrès du PAM : Quelles perspectives pour le militant local ?

Le 2 février 2024 à 16h33

Modifié 2 février 2024 à 16h33

A quelques jours du 5e congrès du PAM, Me Mehdi Ezzouate, militant du parti, ouvre le débat. Il appelle à penser aux prochaines années en mettant en place une organisaton forte, ancrée à l'échelon local.

Convenons d'abord que le Parti Authenticité et Modernité, contrairement à ce qui a été promu par ses adversaires, est un parti construit sur la base d'un projet de société qui a adopté les conclusions du rapport de la cinquantenaire "le Maroc possible" qui a façonné la vision du Maroc de la nouvelle ère, un parti qui a fait de la modernité son objectif sans renier l'authenticité qui a toujours été le pilier et le fondement de la société.

Un parti qui s'est attaché à encourager les femmes et les jeunes à s'engager dans l'action politique à travers ses structures de base, à une époque où les jeunes et les femmes meublaient la scène politique à travers des organisations parallèles qui ne prenaient pas les décisions et n'y participaient même pas.

Grâce à son projet moderniste, cette organisation partisane a pu freiner la vague d'islamisme politique qui était sur le point de dominer toute la carte politique, face au déclin des partis de référence nationale, créant une secousse politique positive qui a réveillé un ensemble de forces politiques modernistes et conservatrices, de sorte que le "printemps arabe" nous a traversés à l'époque dans une atmosphère de liberté, aboutissant à ce que le Maroc soit considéré comme un modèle pour la manière de gérer cet événement régional.

Cependant, à la veille du cinquième congrès, plus d'une décennie et demie après la création du parti, nous pouvons nous interroger : Où en est le projet et où en sommes-nous par rapport à ses objectifs, établis par un groupe d'intellectuels et d'hommes politiques du pays lors des discussions du "Mouvement pour tous les démocrates" ?

En réponse à cette question, l'histoire nous oblige à aborder les étapes les plus importantes et à lier le présent du parti aux résultats de ces étapes, en procédant à une autocritique qui doit être abordée avant chaque congrès, afin que ce dernier soit un nouveau départ pour un avenir meilleur.

Le parti a eu six secrétaires généraux en 15 ans. D'un point de vue démocratique, cela reste un phénomène sain qui montre que le parti passe par un exercice démocratique naturel. Cette idée est confortée par les tensions qu'a connues le parti lors de l'émergence de deux courants au début de l'année 2019 : le Courant de "la légitimité", dirigé à l'époque par Hakim Benchemass, qui considère que la légitimité dans la prise de décision reste du ressort des organes du parti, et le Courant de "l’avenir", mené par un groupe de leaders, notamment Fatima Zahraa Mansouri, Mehdi Bensaïd, Salaheddine Abou Ghali, et Abdellatif Ouahbi,  qui était destiné à donner une chance à de nouveaux visages.

Le parti a commencé avec son premier secrétaire général, Hassan Bennadi, puis Cheikh Baidillah, Mustapha Bakouri, Ilyas Elomari, Hakim Benchemas et Abdellatif Ouahbi. Des secrétaires généraux différents, avec des parcours intellectuels et militants différents, mais le dénominateur commun était le même : Ils n'ont pas donné la priorité à la mise en œuvre du projet de création d'une empreinte sociale à travers ses structures locales, ce qui lui permettrait de produire des dirigeants locaux imprégnés de son orientation idéologique, capables d'assurer la continuité de la présence du parti dans le présent et l'avenir.

Au lieu de cela, leur préoccupation était d'arriver en tête des élections et de remporter le plus grand nombre de sièges, et nous nous sommes contentés de chercher des "notables" locaux dont la seule préoccupation était leurs sièges électoraux et leurs mandats parlementaires qui leur donneraient une crédibilité sociale qu'ils ne pouvaient pas acquérir malgré leur accumulation de richesses et la diversité de leurs projets.

Oui, tous les partis, sans exception, sont à la recherche d'une tête de liste "prête à l'emploi", avec sa base populaire et son auto-financement. Je me souviens du leader d'un des partis politiques de gauche qui m'a proposé de me présenter au nom de son parti à Sidi Moumen et qui m'a dit : "Essaie de trouver une personne aisée qui puisse financer ta campagne". J’ai répondu : "Le problème est de savoir ce que cette personne aisée peut demander en échange de son financement". Un sourire discret de sa part et nous avons continué à prendre notre café dans son beau bureau à Rabat; ce fut notre dernière rencontre.

Oui, les partis ne peuvent pas couvrir les dépenses des campagnes de toutes les circonscriptions sur la base de la subvention allouée par l'Etat à cette seule fin. Dans chaque campagne, les partis s'appuient surtout sur des "journaliers" qui ne connaissent même pas le nom du secrétaire général du parti et encore moins son projet, des gens qui trouvent dans ces campagnes l'occasion de recevoir des montants journaliers en guise de compensation pour avoir distribué des tracts du programme électoral et la photo du candidat, et puis leur relation avec le parti se termine le soir de l'élection, à moins qu'ils n'aient l'occasion de travailler comme observateurs dans l'un des bureaux, ce qui ajoute un autre jour de compensation à leur solde.

Cependant, le Parti Authenticité et Modernité, croyant en son projet fondateur, se doit de ne pas plonger dans ces expériences qui ont caractérisé le travail politique de ces dernières années. Après 15 ans de sa création et la succession de générations dans sa direction au niveau local, régional et national, nous devions nous demander pourquoi il y a peu de militants à l'échelon local qui portent le projet.

Par conséquent, le prochain congrès en général, et le nouveau secrétaire général en particulier, doivent tenir compte de la continuité du parti dans les années à venir et y travailler en jetant les bases d'organisations locales fortes qui aident le parti dans sa fonction d'encadrement, en créant des élites locales du parti qui forment le premier noyau de chaque processus électoral et en préservant le parti du risque d'attirer des "notables" dont l'affiliation au parti ne constitue pas une forme de stabilité ni de continuité politiques. De même qu'il a changé de peau politique pour vous hier, il la changera pour quelqu'un d'autre demain, et seul l'honnête combattant qui a grandi dans ce parti durera. Combien longue est la liste des noms avec lesquels nous avons été unis seulement par la présentation au nom du parti lors des élections, et combien nous avons été déçus lorsqu'ils ont changé de couleur politique lors des élections qui ont mis fin à son mandat avec nous ? Pour une raison ou pour une autre, mais ils nous ont quittés comme ils avaient quitté d'autres partis avant nous.

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