La communication politique au pays des Othmanoches, à TrumpLand et en Macronie!

Le 16 septembre 2018 à 9h34

Modifié 11 avril 2021 à 2h48

"Je l’aime un peu, beaucoup, passionnément,

Un peu, c’est rare et beaucoup tout le temps.

Passionnément est dans tout mouvement…"

Cette ode de la femme de lettres, Louise de Vilmorin, initialement adressée à un amant, pourrait assez bien illustrer les rapports entretenus de certain.e.s politiques avec la communication.

Petit panorama, non exhaustif, de ces relations d’amour-haine dignes d’un soap opéra!

Un peu, c’est rare…

Au pays des Othmanoches, ‘’tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’’ !

Rendons à César ce qui est à César, il faut reconnaître quelque chose aux Othmanoches: leur constance. Un peu plus d’un an après que Saâdeddine Elotmani a été nommé Chef du gouvernement, c’est souvent par un silence assourdissant, ou de légers murmures à peine audibles, que sont accueillis les événements du pays, qu’ils soient d’ordre social, économique ou politique.

Quand ils existent, ces murmures sont soit maladroits soit franchement incompréhensibles.

Dernier exemple en date, celui de la pseudo-polémique provoquée par  l’introduction de quelques mots en darija (comprendre dialecte marocain) dans les manuels scolaires.

Plus de deux semaines après ce buzz qui aura déchaîné bien des passions sur les réseaux sociaux, le Chef du gouvernement se fend d’une sortie, pour le moins énigmatique, disant en substance que cette introduction est inadmissible, que le ministère de l’Éducation nationale devrait apporter des éclaircissements à ce sujet et qu’il n’a aucun problème à renoncer à ces manuels après consultation du Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique.

Et voilà la patate chaude renvoyée à un organisme qui brille par son absence et un discours politique, puisque c’est le sujet de cette chronique, qui frise le "Ce n’est pas de ma faute, je n’étais pas là, qu’on me dise de quoi il s’agit".

Désolée, au temps pour moi! On aurait pu croire, à tort visiblement, qu’en tant que Chef du gouvernement, M. Elotmani était tout aussi redevable que le ministère de tutelle de ce qui se passe en termes de réforme d’éducation nationale (si, si, il paraît que ça existe et que ce n’est pas un monstre du Loch Ness. Si vous êtes patient.e.s et intéressé.e.s, vous pouvez lire ceci en intégralité).

Cet exemple est loin d’être isolé! Depuis mars 2017, les Othmanoches sont friand.e.s de ces communications qui sont aussi rares que décalées; autrement dit, ils et/ou elles bottent tout simplement en touche.

Le mouvement de boycott avait démarré depuis le 20 avril quand le Gouvernement se décide, le 10 mai, à réagir pour la première fois, bien mollement puisqu’il prend acte (20 jours plus tard, il était temps!) et se dit "à l’écoute de toutes les parties et préoccupé par cette campagne". Puis ce n’est que le 1er juin qu’il devient "déterminé à entreprendre des initiatives visant à améliorer le pouvoir d’achat". Initiatives que les citoyens attendent toujours… Probablement pour 2048, Insh’Allah!

Bref, une communication pour le moins catastrophique, sur la forme comme sur le fond. Grèves, blocage du dialogue social, paralysie du Conseil de la Concurrence… rien ne semble ébranler les Othmanoches qui se retranchent derrière un "devoir/droit de réserve". De qui? De quoi? Oui, vous avez bien lu. Le 25 juin dernier, c’est ce qu’a écrit le Chef du gouvernement sur son post Facebook, plus pratique qu’un communiqué de presse et moins long à rédiger. De la réserve sûrement, du devoir/droit, ça se discute…

D’autant qu’en terme de réserve, la communication politique atteint le comble du n’importe quoi en période électorale; ce qui est loin d’être une exception marocaine, je le concède volontiers. Mais, dans le plus beau pays du monde, on repère dans le discours des tamasihs (crocodiles) et afarits (diables) pour qualifier les un.e.s et les autres. Pas vraiment de quoi gagner au change!

De ce côté-ci, je terminerai par une réplique, de la comédie satirique Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, « …Alors, salut, je préfère me taire. Je crains en continuant de devenir vulgaire…"

 

Beaucoup, tout le temps…

À TrumpLand, point de mesure ou de vérité #fakenews

Sans transition, ou peut-être que oui si l’on intègre le côté vulgarité (pure coïncidence, bien sûr!), passons à TrumpLand.

S’il y a un homme ou une femme politique qui s’exprime aujourd’hui plus vite que son ombre, c’est bien Donald Trump. Et ce, pour le plus grand plaisir de ses 54 millions de followers sur son compte Twitter. Omniprésent sur les réseaux sociaux, le Président américain est capable de tout, voici quelques exemples:

*Les plus récents, datant du 13 septembre, qui remettent en cause le nombre de victimes des ouragans Irma et Maria à Porto Rico durant l’été 2017 et accusent les Démocrates de vouloir ternir son image et sa politique par des fabulations et des mensonges.

*Ceux qui ont accompagné le feuilleton de l’été entre crise des sans-papiers, dont des enfants séparés de leurs familles suite à la politique tolérance zéro, et  à Melania Trump.

*Ou les plus connus comme les invectives au Chef suprême de la Corée du Nord et à l’Iran ou la ripostea u livre publié par son ex-collaboratrice, Omarosa Manigault Newman en la traitant de « chienne » (ou de vilaine fille, selon les interprétations, ce qui n’est pas mieux!) et de « >crapule foldingue »…

Au-delà de ce que l’on peut penser de la "stratégie donaldesque", et avec la délicatesse qui le caractérise si bien, il faut avouer que le Président américain a bien compris que la diversion médiatique était un atout à cultiver. La communication politique de Donald Trump pourrait être résumée par «Oh regardez le petit oiseau qui va s’envoler!».

Il détourne le débat en créant continuellement des polémiques qui réconfortent l’électorat blanc américain ou celles et ceux adeptes des théories conspirationnistes. Quitte à réécrire l’histoire, passée ou actuelle, Donald Trump y va franchement ; même si cela paraît dépourvu de rationalité.

De l’analyse faite par l’Express de ce flot parfois déroutant de communications (analyse à lire ici), on peut retenir que «Loin de le desservir, les invectives twitto-diplomatiques du président semblent renforcer sa popularité dans son clan républicain. Ils lui permettent de se positionner en homme fort, qui négocie en son nom propre, avec les régimes autoritaires »

Une image d’homme fort (avec le petit h parce que les femmes sont faibles par essence, comme de bien entendu!) qui est devenue le Saint Graal de plusieurs politiques, même s’ils utilisent d’autres moyens qui se veulent plus subtils; croient-ils!

Passionnément est dans tout mouvement

En Macronie, la politique devient communication et la communication politique! 

Et en parlant de subtilité communicationnelle, c’est bien évidemment l’image d’Emmanuel Macron qui s’impose.

Subtil comme le peuple français, gaulois réfractaire au changement ou le tu m’appelles Monsieur le Président ou encore le pognon de dingue dans les minimas sociaux ; la liste est tellement longue qu’elle mériterait un ouvrage spécialement dédié aux Perles de Manu… oups, de Monsieur le Président, où ai-je la tête?!

Jupiter voue un amour sans limite à la communication politique et/ou à la politique communication; car l’une et l’autre sont irrémédiablement liées chez le Président Français. Preuve en est, s’il en fallait une, le contrôle exigé sur ce qui émane de l’Élysée. Fait inédit dans le pays, ce dernier s’apprête même à fermer sa salle de presse. Aucun intérêt puisque les services du Président fournissent eux-mêmes les images, filmées par leurs soins, aux médias, puisque les dépêches AFP sont "mal écrites ou mal sourcées" ou que les documentaires à charge sont "de la merde’"

Tout ceci fleure bon l’hyper-contrôle et rappelle, à s’y méprendre, les habitus des grandes entreprises qui verrouillent leur communication à toutes les échelles. Même leur jargon, qui se veut plus nuancé, est utilisé. Ainsi, Emmanuel Macron ne dit pas "réforme" mais "transformation", il préférera "éloigner" un migrant plutôt que "l’expulser", il ira "dans nos quartiers" plutôt "qu’en banlieue" et il abordera le sujet des "demandeurs d’emploi" plutôt que celui des "chômeurs"… Gouverner par l’euphémisme, comme le souligne Frédéric Says ici.

Le plan média est scrupuleusement soigné et les buzz artistiquement orchestrés pour faire croire à un effet naturel. "Vous êtes dans les coulisses du pouvoir", veulent nous dire ces vidéos ou verbatim. Alors que nous sommes aux premières loges pour assister à une bien belle mise en scène politique.

Paroxysme de la Macronie Inc., le dépôt de la marque Élysée-Présidence de la République à l’INPI et le lancement de la vente de goodies estampillés ce mois-ci. Des montres, tee-shirts, mugs et autres articles brandissant, fièrement, ces petites expressions présidentielles devenues célèbres, et parfaitement spontanées (on va essayer d’y croire très très fort… ou alors sourire avec ces détournements bien à propos!).

Bienvenue sur le marché de la communication politique passionnée et passionnelle qui donne le tournis… jusqu’à la nausée! Pour la sincérité, on repassera, ce n’est pas au menu du jour.

 

Trois pays, trois stratégies de communication politiques et pourtant un même sentiment de déconnexion totale entre dirigeant.e.s et populations.

La communication politique, dont le vœu pieu est d’être le moteur de la démocratie, se transforme en un jeu d’acteurs et actrices (parfois dans un film muet, suivez mon regard !) pour le plus grand plaisir des entertainers… mais certainement pas de celui de la politique, la vraie, celle qui concerne le citoyen, devenue aussi rare qu’un poème de Louise de Vilmerin!

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