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Des choses qu’on ne voit que dans le noir

Des conflits au Moyen-Orient à la guerre en Ukraine, en passant par le dossier du Sahara, une lecture des jeux d'influence, des négociations discrètes et des rapports de force qui se nouent loin des regards, dans ces "zones d'ombre" où se décident souvent les grands équilibres du monde.

Le 27 juillet 2026 à 16h30

"Il y a des choses qu’on ne peut voir que dans le noir". Cette phrase, qui constitue la trame majeure dans le roman ‘L’ombre du vent, le cimetière des livres oubliés’ de Carlos Ruiz Zafón (2001), traduit en français par François Maspero (2004), m’interpelle. Il a l’effet d’un choc sismique. Ce roman que m’a offert mon amie Mounira L., cette jeune passionnée de littérature, me touche au plus profond de mon âme.

Les personnages Daniel, le narrateur, Sempere, son père, Barceló, le libraire, son monteur à distance, Clara, la malvoyante, le personnage mystérieux qui brûle tous les exemplaires de l’auteur imaginaire Julian Carax, Fermin Romero de Torres, Nuria, etc., nous font voyager d’une manière romanesque dans les ruelles de Barcelone et dans les séquelles directes de la guerre civile espagnole et indirectes de la Deuxième Guerre mondiale. Des séquelles qui ravivent celle plus tortionnaire des personnages qui s’emmêlent les pinceaux entre l’initiatique, le polar et la reconstitution d’épisodes mystérieux de l'histoire controversée de l’Espagne.

Le roman est une prémonition, car Zafón meurt en 2020 à l’âge de 55 ans à la suite d’un cancer de côlon en pleine pandémie de COVID et à la veille de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Une coïncidence qui fait que la lecture de ce roman délivre des messages tout aussi prémonitoires.

Oui, le noir, la pénombre, la lumière voilée, le secret, l’inconnu, le vide, etc. Tant de vérités et de mensonges qui cohabitent et se neutralisent au gré de la pesanteur que gouverne notre entendement. Un entendement qui n’est pas à l’abri des turbulences que provoquent les chuchotements de ces choses qu’on ne peut voir que dans le noir.

Eh bien ! Merci Zafón et repose en paix ! Merci Mounira et longue vie ! Cependant, qu’ils me permettent de leur fausser compagnie pour me concentrer sur d’autres choses qu’on ne voit que dans le noir. Cependant, on fait comme si de rien n’était parce que les acteurs et les spectateurs sont de superbes daltoniens et des voyants qui tournent les pages de livres déchiquetés à force de manœuvres à la fois dolosives et aléatoires.

Nous sommes en pleine saison estivale. La chaleur est insupportable. Des incendies qui se déclenchent ici et là dans les quatre coins de la planète. Des pays se distinguent par leur maestria et par leur gestion rigoureuse. D’autres brillent par l’absence de stratégie cohérente de gestion de crise. La coopération bilatérale et multilatérale fonctionne pour certains pays, tandis que d’autres s’enferment dans leurs tours d’ivoire, fragilisés par des logarithmes mal conçus, dès le départ.

Puis, les guerres. Elles sont là qui croisent le feu avec notre indifférence et interpellent nos consciences. Justement, parce que des choses ont lieu dans le noir et on ne les voit pas. En politique, on appelle cela des chambres noires. En diplomatie, on appelle cela des coulisses.

Canicule et Zéphyr

La guerre tripartite entre les États-Unis, l’Iran et Israël tient toujours la fiche. Un mémorandum d’entente (MoU) de quatorze points est signé à distance, le 18 juin 2026 par les présidents américain et iranien, Donald Trump et Massoud Pezeshkian. Chaque pays crie victoire. Le MoU reproduit l’écho du vide en glissant en minuscule la voyelle "o". L’abréviation et la signification de l’expression expriment une intention de s’entendre avant d’entrer dans les détails. En somme, un vœu pieux.

La guerre reprend trois semaines plus tard. Les signatures apposées à distance par Donald Trump et Massoud Pezeshkian sont froissées par les interprétations des membres influents du Conseil de sécurité, tant à Washington D.C. qu'à Téhéran. On n’est pas loin du paradigme de Bitter End, c’est-à-dire la tentation de neutraliser une fois pour toutes l’une des parties en conflit.

Tout tombe dans l’eau. Les scénarios du "changement de régime", de "la confection d’un régime sur mesure à Téhéran" et du "maintien d’un statu quo dynamique" sont considérés séparément ou en vrac. Parallèlement, le système d’alliances traditionnelles est ébranlé par la propension des acteurs tierce-parties à l’échafaudage d’alliances alternatives de circonstance.

Tout se joue donc dans les coulisses. Le temps presse. Pour l’administration républicaine, il y a l’épée de Damoclès des élections à mi-mandat. Pour les décideurs iraniens, il y a l’impératif de se maintenir au pouvoir par l’exploitation de cette donnée et l’usure des capacités militaires des États-Unis. Certains analystes, dont David Hearst, parlent d’un deuxième Vietnam en perspective à moins d’un recadrage des va-t’en-guerre à Washington D.C. (Iran War : Trump must change course now to avoid another Vietnam, Middle East Eye, 21 juillet 2026).

Ces mêmes analystes imputent la responsabilité de la continuité de la guerre à l’entêtement aveugle du dirigeant en chef des Gardiens de la révolution islamique (Pasdaran). Ces derniers comptent aussi sur l’érosion de l’alliance entre les États-Unis et les pays arabes du Golfe et sur les grains de sable dans la coordination militaire entre Washington et Tel Aviv.

Pour sa part, Thomas Friedman donne une lecture plus large de ce qui se passe sur l’échiquier stratégique global. Il incrimine le président Donald Trump, le président Vladimir Poutine et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir trop compté sur leurs structures de renseignement pour mettre en œuvre le scénario de changement de régime en Iran et en Ukraine. L’idée sous-jacente de la manipulation des décideurs par des intérêts diffus inféodés à l’État profond est on ne peut plus claire (Friedman T. : Three World Leaders : Three Incredibly Bad Decisions, New York Times 07-21-2026).

Il y a donc des choses qu’on ne peut voir que dans le noir. La guerre tripartite entre les États-Unis, Israël et l’Iran oriente le regard des observateurs avertis vers un autre front qui revêt également une dimension tripartite impliquant le Liban, Israël et l’Iran. Le public est manipulé de telle sorte qu’il oublie que la mainmise voire l’hégémonie iranienne sur certains pays voisins est consacrée par ses bras paramilitaires au Liban, en Irak, au Yémen et en Syrie.

Mercure et illusion

À moins d’être un néophyte en analyse politique, rien n’interdit d’établir un lien entre les négociations entre Israël et le Liban à Washington pour la conclusion d’une trêve dans le Sud-Liban et la visite du nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, à Washington les 17 et 18 juillet 2026.

Les négociations entre Israël et le Liban se sont soldées par la conclusion d’un accord-cadre le 26 juin 2026. La visite du Premier ministre irakien est une énième tentative des États-Unis de repêcher l’Irak de l’étang des incertitudes ravitaillé par les contradictions tribales et idéologiques que l’Iran et les voisins exploitent sans freins à établir.

Les proxies auraient été au menu des entretiens entre les responsables américains et irakiens. Cela aurait alerté les dirigeants iraniens qui compteraient sur al-Hashd ach-chaabi chiite pour élargir le périmètre des confrontations avec les États-Unis.  C’est ce qui explique la visite, deux jours plus tard, d’Ali al-Zaïdi à Téhéran, le 23 juillet 2026, sans doute pour rassurer les gardiens de la révolution islamique.

Quelle que puisse être la tournure que prendront les événements, l’agenda clair et sans équivoque des États-Unis demeure la neutralisation des milices dont se sert l’Iran pour dominer le Moyen-Orient. Preuve en est l’entrée en lice des Houthis auxquels Téhéran a intimé l’ordre de bloquer Bab el-Mandeb en représailles contre le blocus décrété par les États-Unis au détroit d’Hormoz pour étouffer encore plus l’économie iranienne et forcer les gardiens de la révolution islamique à lâcher prise sur les négociateurs civils iraniens.

Les géopoliticiens qui croient que les États-Unis ont renoncé à leur trilogie se rapportant aux concessions iraniennes pour se concentrer sur la liberté de la navigation dans le détroit d’Hormoz vont trop vite en besogne. Les trois exigences américaines sont toujours sur la table des négociations et dans la cible des bombardiers américains : le dossier nucléaire, le programme balistique et les mouvements proxies dans les pays voisins. Une politique d’accordéon est menée et répond à la pesanteur des actions menées sur le terrain.

Des actions menées sur le terrain parallèlement au déroulement des choses qu’on ne peut voir que dans le noir, comme c’est le cas de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. L’Ukraine a toujours été un enjeu de taille dans les relations entre l’Europe et la Russie. Un enjeu hérité du temps de la Russie impériale. Un casse-tête au lendemain de la Première Guerre mondiale et durant la transition à la veille de la Deuxième.

Empêtrée dans une politique de déjà-vu, durant la guerre froide, l’Ukraine est sans issue dans l’état actuel des choses. Elle a certes des cartes à faire valoir ; cependant les arrangements conclus en 2015 à Minsk, qui auraient pu résoudre le conflit une fois pour toutes, sans léser les deux parties, sont noyés dans des interprétations dichotomiques, inconciliables et irréalistes.

Justement parce que dans le noir, il se passe des choses qui font qu’on ne contrôle pas le mouvement des ombres qui s’y baladent. Encore une fois, la guerre entre la Russie et l’Ukraine ressemble à une crise entre des familles proches que des intrus, tenant le rôle de médiateurs, s’évertuent à faire perdurer en l’utilisant comme un terrain secondaire de confrontation.

Dans le noir, il y a des choses qui se passent et qu’on ne voit pas. Cela s’applique au conflit du Nord-Ouest africain. Le chemin entre la résolution 2797 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2025 et maintenant est jonché de tentatives d’obstruction de la part de l’Algérie et de certains intérêts diffus.

L’Algérie et ses derniers soutiens croisent les doigts pour que la guerre tripartite entre les États-Unis, Israël et l’Iran continue au-delà de septembre et octobre 2026. En effet, le Conseil de sécurité des Nations unies doit recevoir un rapport sur l’évolution des pourparlers entre les quatre parties en conflit sous l’égide des États-Unis et des Nations unies.

L’Algérie et le Polisario sont ébranlés par la montée au créneau d’autres sensibilités sahraouies, qui se démarquent de la thèse maximaliste que les deux alliés (selon le paradigme patron-client) défendent pour faire avorter le processus irréversible de résolution de ce conflit régional autour du Sahara.

L’Algérie revient à la stratégie qu’elle a utilisée pendant cinquante ans pour atteindre son objectif de leadership régional. Elle utilise l’arme des hydrocarbures, notamment le gaz naturel. Depuis neuf mois, l’Algérie s’acharne curieusement à brader cet atout tangible non renouvelable. Des contrats défavorables renouvelés ou signés avec des pays européens, notamment l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou la France.

De même qu’une campagne de charme, sans résultat concret, est organisée en direction de certains pays d’Europe centrale. L’Algérie aurait même sollicité le concours de l’Espagne pour convaincre le Maroc d’autoriser l’utilisation de la partie marocaine du gazoduc Maghreb-Europe pour exporter son gaz vers l'Espagne.

Les décideurs algériens auraient réalisé l’erreur stratégique monumentale qu’ils ont commise en décidant de ne pas renouveler le contrat sur le gazoduc Maghreb-Europe en octobre 2021. Présentement, l’objectif vise à minimiser l’importance stratégique du soutien de l’Union européenne à la résolution 2797, faisant de la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine la pierre angulaire de toute solution au conflit du Nord-Ouest africain.

Qu’à cela ne tienne, l’Algérie continue de promouvoir sur l’échiquier politique interne et au sein de l’Union africaine une solution dépassée par les évènements et impossible à faire valoir. Ce, au moment où les populations algériennes ont d’autres chats à fouetter. De plus, plus de deux tiers des États membres de l’organisation panafricaine soutiennent une solution politique de la question du Sahara sur la base du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.

Coup de théâtre, pendant que l’Algérie s’agite, griffes et dents déployées à jouer d’obstruction, le 69e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenu à Freetown en Sierra Leone, signe un accord gouvernemental, le 19 juillet 2026, scellant l’adhésion des États membres au projet de gazoduc Afrique atlantique-Nigéria-Maroc-Europe.

Gâchette facile-roulette russe

Les pays membres y voient un projet d’intégration, d’inclusion et de complémentarité au bénéfice de toute l’Afrique de l’Ouest, dont bénéficieront treize pays au lieu de trois, comme c’est le cas du gazoduc transsaharien entre le Nigéria, le Niger et l’Algérie (TSGP) qui traîne depuis les années 1980.

Une signature complémentaire de la Mauritanie et du Maroc est attendue prochainement pour boucler la boucle de l’adhésion totale de la CEDEAO. Le financement du projet du gazoduc Afrique-Atlantique est estimé à 27 milliards de dollars US. Une décision dans ce sens serait prise avant la fin de l’année 2026. Le début de la construction par tranches, qui ne sont pas encore mises en branle, est prévu vers 2028.

De surcroît, un motif de préoccupation supplémentaire pour les décideurs algériens tombe de nulle part. En effet, une proposition de loi sur l’attribution de la nationalité espagnole aux personnes nées au Sahara – dit espagnol – avant le 29 septembre 1977 donne des insomnies aux dirigeants algériens et aux séparatistes du Polisario. L’attribution de la nationalité espagnole se fera sur la base de documents officiels archivés durant la colonisation espagnole (carte d’identité espagnole, actes d’état civil, certificats de scolarité, dossiers médicaux, inscription sur les listes de l’ONU).

Nombreux sont les dirigeants du mouvement et leurs proches qui ne sont en mesure de prouver leurs liens avec le territoire avant la conclusion de l’accord de Madrid de 1975 entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie. La proposition de loi susvisée a été approuvée par la Commission de la Justice de la Chambre basse du Parlement espagnol, le 23 juillet 2026, par 19 voix, 3 contre et 15 abstentions. La proposition sera examinée en séance plénière en septembre 2026.

Puis, voilà que le président Donald Trump publie, le 26 juillet 2026, un tweet dans son Truth Social. Il y remercie le Roi Mohammed VI d’avoir baptisé la voie express Tiznit-Dakhla qui relie le nord et le sud du Maroc sur 1.055 kilomètres "Donald J. Trump Highway".

Sur la question du Sahara marocain, des choses se passent en clair et en chiffré, n’en déplaise aux détracteurs. Point de non-retour. Qu’ils prennent le train en marche ou qu’ils comptent les étoiles dans le sens propre et figuré.

Dans le noir, on voit beaucoup de choses, mais il y a souvent la main du hasard, le résultat inespéré d’une loterie cynique ou magnanime, selon les circonstances. Il y a également des choses qu’on perçoit bien dans le vague, à condition que ce ne soit pas trop tard. Des exemples historiques retiennent l’attention.

Premièrement, le sort réservé au président Saddam Hussein à la veille de l’intervention de la coalition internationale conduite par les États-Unis en Irak en 1991. Saddam Hussein aurait accepté de ne pas envahir le Koweït ; chose qu’il avait faite en août 1990.

Socle des certitudes

Pourtant lors d’une audience que Saddam Hussein accorde à l’ambassadrice américaine April Glaspie en juillet 1990, cette dernière lui aurait confié que les États-Unis n’interviendraient pas militairement si le président irakien abandonnait son projet d’annexer le Koweït. C’était trop tard. Saddam s’est fait avoir alors qu’il était réputé pour sa clairvoyance et son intelligence en matière d’anticipation politique et diplomatique.

Deuxièmement, l’exemple de la succession au pouvoir en Jordanie. Dans les corridors conduisant vers la chambre noire où se trouvaient des planificateurs politiques, la décision était prise, en janvier 1999, de désigner un nouvel héritier au trône. Cette désignation est intervenue à la veille du décès du roi Hussein ben Talal. Le roi Abdellah II succède à son père en février 1999.

Tous ceux qui misaient sur la dimension tribale et les rapports de force au sein de la population jordano-palestinienne, pour semer la zizanie dans un pays aussi fragile que la Jordanie, ont bu jusqu’à la lie une déception plus cuisante que l’illusion. D’autres récidivent en 2021 dans le cadre d’un imbroglio géopolitique inouï, sans réaliser leurs objectifs non plus.

La lecture géopolitique de l’époque aurait dicté ce choix afin d’éviter une situation d’instabilité permanente qui rappellerait d’une part la tragédie de Septembre noir (1970-1971) marquée par des affrontements meurtriers entre Palestiniens inféodés à l’OLP (aidés par la Syrie avec l’objectif de renverser la monarchie) et l’armée jordanienne.

D’autre part, cette lecture géopolitique poserait des interrogations politiques résultant de la renonciation de la Jordanie aux liens avec la Cisjordanie. La renonciation est intervenue à la suite de la reconnaissance internationale en 1988 de l’Organisation de libération de la Palestine comme seul représentant du peuple palestinien.

Troisièmement, l’exemple de la double alternance au Maroc en 1998 et en 2011. Dans les coulisses, les impératifs de la stabilité et de la pérennité des institutions politiques ont milité pour que la perception de l’exercice du pouvoir s’adapte aux nouvelles réalités imposées par la décomposition de l’URSS et l’émergence de l’islam politique.

La gestion du temps et la revitalisation de la culture politique des acteurs traditionnels s’imposaient de toute urgence. L’histoire séculaire du Maroc est riche en exemples qui attestent de la perception intelligente du temps politique par les décideurs, même quand les relations entre la société et l’État frôlaient l’irréparable.

Ce constat est confirmé dans la distinction proposée par Louis J. Cantori (2002) entre l’État politique et l’État social pour épiloguer sur les transitions politiques au Moyen-Orient. L’expérience marocaine en la matière peut servir de laboratoire pour l’étude des sociétés arabo-musulmanes postindépendance.

Il en est autrement du processus de paix arabo-israélien à travers deux exemples. Premièrement, les différents processus multilatéraux à la suite de la conclusion des accords d’Oslo en 1993. L’objectif était principalement de gagner du temps pendant que le doute subsistait sur la situation en Russie après la désintégration de l’URSS en 1991 et l’esquisse du mouvement d’errance des orphelins de la guerre froide.

Deuxièmement, la guerre d’octobre de 1973. Elle se termine par la récupération par l’Égypte du Sinaï. Une victoire égyptienne que des observateurs incluent dans le cadre d’un deal balisant le terrain à une transformation radicale de l’échiquier géopolitique régional. Naturellement, les historiens égyptiens contestent, à juste titre, cette interprétation jugée injuste et de mauvaise foi. S’en est suivie la conclusion des accords de Camp David entre l’Égypte et Israël en 1978 et plus tard les accords de Wadi Araba entre la Jordanie et Israël en 1994.

Sable mouvant et pied d’argile

Dans le noir, il y a des choses que ne voient que les acteurs concernés. Toutefois, il arrive un moment où certains d’entre eux sortent de leur obligation de réserve pour expliquer les tenants et aboutissants d’arrangements ou de propositions d’arrangements.

Il en est ainsi de la révélation faite par feu le Roi Hassan II concernant la proposition du président Houari Boumediène, à travers un émissaire spécial, selon laquelle l’Algérie accepterait que le Sahara fasse partie du Maroc à condition que le souverain laisse les mains libres de l’Algérie en Mauritanie. Proposition refusée immédiatement.

Cette révélation confirme l’incident de Béchar à l’occasion de la rencontre entre le président Houari Boumediène et le président Mokhtar Ould Daddah en 1975. Boumediene menace Ould Daddah de marcher sur Nouakchott si la Mauritanie s’inscrit dans les négociations tripartites (Espagne, Maroc, Mauritanie) sur l’avenir du Sahara dit espagnol.

Boumediene met ses menaces en exécution et l’armée algérienne encadre (et participe aux) des attaques du polisario contre Zouerate, ville minière mauritanienne, le 1ᵉʳ mai et le 19 août 1977. Il ne peut avaler les défaites que l’Algérie a subies les 27-29 janvier et le 14 février 1976 respectivement à Amgala I et à Amgala II face à l’armée marocaine.

C’est l’arrogance et l’impatience de Boumediène qui ont précipité la conclusion d’une alliance entre le Maroc et la Mauritanie sur le dossier du Sahara. Rien que lire les mémoires d’Ahmed ben Bella (2012) et de Mokhtar Ould Daddah (2003) pour comprendre que dans le noir des choses se passent, mais une main invisible se joue de la vigilance des ombres sifflotant dans les oreilles des négociateurs.

Nicholás Maduro et Mouammar Kadhafi se seraient également fait avoir à cause de leur arrogance et impatience. Acculés à faire des concessions pour sauver leur pouvoir, ils en ont été chassés comme d’illustres néophytes en matière d’intrigues. Maduro s’est glissé sur les résidus d’un baril de pétrole sur lequel il n’avait vraiment pas de contrôle. Kadhafi s’est fait dépouiller de la seule arme de marchandage qui restait entre ses mains, le programme nucléaire.

Dans le noir, on voit beaucoup de choses, mais il y a la main du hasard qui se déploie à sa cadence préférée ; le résultat inespéré d’une loterie cynique et magnanime, à l’image de Clara, de Nuria, d’Isaac, de Fermin etc., des personnages emblématiques du roman ‘L’ombre du vent’ qui guide Daniel, le narrateur, dans les labyrinthes de la vérité requise qui se faufile entre les ombres arrogantes du noir qui cache bien des choses que seules les personnes initiées (impliquées ou prises au piège) peuvent voir.

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Le 27 juillet 2026 à 16h30

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