img_pub
Rubriques

Cette Palestine qui embarrasse Trump

RAMALLAH – La rencontre, cette semaine, entre le président des Etats-Unis, Donald Trump, et le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, la première entre les deux dirigeant depuis que Trump est entré en fonctions, était censée aborder leur commun désir d’annuler l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Mais la légalisation rétroactive par la Knesset des colonies de peuplement et des avant-postes construits en Cisjordanie occupée nécessitera probablement d’en revoir les priorités. Trump et Nétanyahou vont devoir parler de la Palestine.

Le 16 février 2017 à 15h08

Trump est résolument en faveur d’Israël. En décembre, il a fustigé la décision de s’abstenir – plutôt que d’opposer son veto – prise par le président Barack Obama lors du vote au Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution condamnant les constructions illégales de colonies de peuplement.

Mais l’administration Trump espérait repousser, après la rencontre avec Nétanyahou, le moment où elle devrait prendre clairement position sur le conflit israélo-palestinien, et plus particulièrement sur l’extension des colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés. Israël a rendu cette option impossible en annonçant, quelques jours à peine avant la prestation de serment de Trump, la construction de colonies supplémentaires, contraignant le nouveau président à reconnaître que les projets israéliens "n’aident pas" le processus de paix.

Cet euphémisme n’a toutefois pas troublé les législateurs israéliens, qui ont bientôt franchi une nouvelle étape en légalisant l’expropriation par l’Etat israélien de propriété privées palestiniennes, afin d’y construire des milliers de logements. Quoique la cour suprême israélienne puisse annuler cette décision, l’initiative n’en est pas moins considérée, très largement, comme un coup fatal pour la solution des deux Etats.

Les colonies de peuplement – plus deux cents – construites sur les territoires palestiniens, constituent depuis longtemps un obstacle insurmontable à la coexistence pacifique des deux parties au sein de deux Etats indépendants. Mais au cours des années, Israël s’est efforcé de distordre cette réalité, aux yeux, notamment, des Américains.

Les sites de ces colonies situés près de la "ligne verte" (la frontière d’avant 1967) ne mettent pas en péril un Etat souverain palestinien contigu, affirme Israël, puisque l’échange de territoires serait possible. Et comme le gouvernement israélien n’a pas déclaré légaux les dénommés "avant-postes", il peut encore prétendre, quoique sans grande sincérité, être en faveur d’un accord ultérieur.

Mais la réalité est beaucoup moins convaincante car le gouvernement israélien a non seulement permis l’existence de ces avant-postes, qu’il n’approuverait pas, mais il leur a également fourni l’eau, l’électricité, une connexion internet et une protection militaire.

Des dirigeants américains s’en sont émus. En avril 2014, John Kerry, alors secrétaire d’Etat, expliquait au Sénat des Etats-Unis le froid qu’avait jeté sur les pourparlers directs entre Israéliens et Palestiniens l’annonce inopinée de la construction de 700 nouveaux logements pour les colons israéliens en Cisjordanie. En décembre 2016, Obama permettait au Conseil de sécurité de voter cette résolution, raillée par Trump, affirmant que la construction par Israël de colonies de peuplement constituait un "obstacle majeur" à la solution des deux États.

Il n’est pas difficile d’imaginer ce que les négociateurs palestiniens ont dû ressentir lorsqu’ils sont passés en voiture devant les colonies de peuplement israéliennes construites sur les terres mêmes qu’ils travaillaient à inclure dans un Etat indépendant. Leurs espoirs se sont certainement effondrés encore un peu quand ils ont vu les bulldozers arriver afin de préparer le terrain pour les nouvelles implantations – un spectacle qui n’avait rien d’exceptionnel. Le nombre d’Israéliens vivant dans les colonies de peuplement de Cisjordanie a triplé depuis la signature, en 1993, du mémorandum de compréhension et de tolérance entre l’Organisation de libération de la Palestine et Israël.

Quoi qu’il en soit, Israël semble aujourd’hui mettre un terme à cette mascarade. A Londres, au début du mois, Nétanyahou a refusé par trois fois de répondre aux questions de la presse concernant son soutien à la solution des deux Etats. Il a récemment déclaré n’envisager qu’un "mini-Etat" pour les Palestiniens, tant pour sa taille que sa souveraineté.

Il ne suffit pas à Nétanyahou que les Palestiniens aient d’ores et déjà accepté qu’un Etat palestinien (en Cisjordanie et à Gaza) ne représenterait que 22% de la Palestine historique. Il le souhaite encore plus petit, et tente d’éviter de lui garantir les droits souverains fondamentaux que sont le contrôle de son espace aérien, terrestre et maritime ou la maîtrise de ses frontières. Il parie sur Trump pour lui permettre d’atteindre ses objectifs.

Certes, lorsqu’il présentera la chose à Trump, il assurera encore, avec tout le tact dont est capable un vendeur de voitures d’occasion, se soucier de la paix, sachant fort bien que le gendre de Trump, Jared Kushner, à qui le président a donné pour mission de faciliter la conclusion d’un accord, n’a pas la moindre chance d’y parvenir. Mais le véritable but de Nétanyahou est d’embarquer Trump avec lui dans son entreprise de colonisation.

L’administration Trump devrait se préparer à poser les questions qui fâchent à Nétanyahou. Comment Israël envisage-t-il l’avenir des territoires occupés et du statut des millions de personnes qui y vivent? Comment Israël compte-t-il sortir de l’impasse créée par sa détermination à défendre et à étendre les colonies de peuplement qu’il a créées? Comment Israël entend-il faire face à l’opposition mondiale qui s’intensifie contre le régime d’apartheid de facto instauré par le refus d’accorder aux Palestiniens en Israël et en Palestine les mêmes droits politiques qu’aux juifs israéliens?

Il n’est pas certain que Trump partage cette opposition, et cela semble à vrai dire peu probable. Il pourrait même croire aux "faits alternatifs" que lui présente Nétanyahou. Mais ce ne sera pas le cas des Palestiniens. S’ils déplorent indubitablement la dernière initiative de la Knesset, il leur semble aussi, après avoir fait observer depuis des années que les négociateurs israéliens, se désintéressant de la solution des deux Etats, ne négociaient pas de bonne foi, que leurs doutes se sont confirmés.

Aujourd’hui, alors que ces doutes se transforment en certitudes, il est probable que les Palestiniens changent leur ligne politique, accordant désormais plus d’importance à la situation de quasi-apartheid qui prévaut. La solution des deux Etats est morte, et en reconnaissant son décès, Israël ne fera que renforcer la lutte pour les droits politiques des Palestiniens au sein d’un seul Etat.

Traduction François Boisivon

© Project Syndicate 1995–2017

Par Rédaction Medias24
Le 16 février 2017 à 15h08

à lire aussi

Inclusion financière : Al Barid Bank et Chari lancent un partenariat structurant
BUSINESS

Article : Inclusion financière : Al Barid Bank et Chari lancent un partenariat structurant

L’accord prévoit notamment la distribution de solutions d’acceptation de paiement (TPE, SoftPOS, e-commerce) auprès des commerçants, l’interconnexion des plateformes pour les transactions en ligne, ainsi que l’accès au réseau Barid Cash pour les opérations d’encaissement et de décaissement.

Tourisme. Lecture de la trajectoire d’un secteur devenu clé (2008-2025)
ECONOMIE

Article : Tourisme. Lecture de la trajectoire d’un secteur devenu clé (2008-2025)

Porté par la reprise post-Covid, le tourisme marocain a retrouvé puis dépassé ses niveaux d’avant-crise. Mais une lecture de long terme montre une trajectoire plus contrastée, marquée par le choc de 2008 suivi d’une phase d’expansion modérée, puis un changement d’échelle à partir de 2022.

Usines, ports, hôpitaux… comment la 5G privée va transformer le Maroc
TECH & MEDIAS

Article : Usines, ports, hôpitaux… comment la 5G privée va transformer le Maroc

Robots pilotés à distance, usines capables de remonter leurs données en temps réel, ports plus fluides, mines plus sûres, stades connectés pour des dizaines de milliers de spectateurs… Au Maroc, la 5G privée n’est plus un concept théorique. Dans une interview à Médias24, Ouassim El Arroussi, directeur des études et du développement chez Inwi, raconte les coulisses du premier déploiement industriel de cette technologie et explique pourquoi il pourrait ouvrir un nouveau marché stratégique pour le Royaume. Plongée.

Sécurité numérique : la NARSA dénonce un site usurpant ses services en ligne
Quoi de neuf

Article : Sécurité numérique : la NARSA dénonce un site usurpant ses services en ligne

L’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) a mis en garde, le lundi 27 avril 2026, contre un site internet frauduleux usurpant son identité et visant à tromper les usagers.

Cap Holding-Forafric. Ce que rachète Chakib Alj et ce qui reste dans le groupe
Actus

Article : Cap Holding-Forafric. Ce que rachète Chakib Alj et ce qui reste dans le groupe

Le deal entre Cap Holding et Forafric Global porte sur un périmètre industriel marocain incluant moulins, marques et transformation, sans concerner la holding cotée. Cette dernière conserve un périmètre large et annonce une orientation stratégique vers la défense, la sécurité alimentaire et l'énergie.

Sbata : lancement d’un bassin souterrain de 37.000 m³ pour lutter contre les inondations
Quoi de neuf

Article : Sbata : lancement d’un bassin souterrain de 37.000 m³ pour lutter contre les inondations

La société régionale multiservices Casablanca-Settat a lancé, le lundi 27 avril 2026, un projet d’infrastructure visant à renforcer le réseau d’assainissement des eaux pluviales dans le quartier de Sbata, afin de limiter les risques d’inondation lors d’épisodes de fortes pluies.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité