Biden au Moyen-Orient, voyage au bout des incertitudes
Le fait est rare pour ne pas être souligné. A la veille de la visite qu’il devait effectuer du 13 au 16 juillet en Israël, chez l’autorité palestinienne, et en Arabie Saoudite, le président américain Joe Biden publie un article tout en justifications sur le périple qu’il compte entreprendre dans cette région gangrenée par les conflits politiques, religieux et économiques. Le titre du papier en lui-même résume l’objectif de la visite de ces trois : Why I am going to Saudia Arabia ?
Pour répondre à cette question, Biden affirme que son objectif premier est d’initier un nouveau chapitre prometteur de l’engagement des États-Unis dans la région. Un Moyen-Orient sécurisé et intégré est, pour lui, un atout pour les États-Unis. L’importance des ressources énergétiques de la région est indéniable pour l’économie mondiale. Il n’oublie pas cependant d’évoquer le nucléaire iranien, et la défense des droits de l’Homme, sujets qui intéressent l’opinion publique américaine.
En justifiant l’ensemble de sa visite par l’importance stratégique de l’Arabie-Saoudite, Biden résume l’état de dégradation où se trouvent les relations bilatérales depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khachoggi à Istanbul en octobre 2018. N’a-t-il pas déclaré quand il était candidat qu’il a l’intention d’arrêter de vendre les armes à Ryad et qu’il ne rencontrerait jamais le prince héritier saoudien ?
Dès sa prise de pouvoir, le ton de Biden à l’égard de Riyad change. En visitant le Département D’État en février 2021, il renonce à parler de rupture et annonce même une relance des relations entre les deux pays. "Nous allons continuer à soutenir et à aider l’Arabie-Saoudite, à défendre sa souveraineté, son intégrité territoriale, et son peuple". Cependant aucune rencontre entre le président américain et le prince héritier saoudien n’a eu lieu.
La guerre en Ukraine a précipité tant d’évènements dans le monde, dont les relations entre Washington et Riyad. De même, la menace que pose l’Iran aux pays arabes et à Israël a aussi accéléré la convergence d’intérêts des pays de la région avec Washington. Après des tentatives infructueuses de prise de contacts téléphoniques avec les hautes autorités saoudiennes, le président américain n’avait d’autres choix que de s’y rendre pour consolider les acquis, renforcer l’alliance avec cette région, et surtout tourner la page.
La position extrême de Washington à l’égard du prince héritier saoudien était la principale raison qui a conduit Riyad à une émancipation graduelle du camp américain. Aucun pays de la région n'a jugé utile de prendre position contre l’intervention russe en Ukraine et soutenir ouvertement Washington, à commencer par l’Arabie-Saoudite. Malgré tous les efforts menés par les américains, pour que l’ensemble reste arrimé au camp occidental, l’équidistance face aux superpuissances est devenue une donnée incontournable dans la région depuis le déclenchement du conflit ukrainien.
Les sociétés arabes du Moyen-Orient gardent en mémoire l’invasion américaine de l’Iraq en 2003 sans l’aval des Nations-Unies. Cette guerre a permis à l’Iran d’étendre, à moindre coût, son influence dans la région. L’invasion russe de l’Ukraine leur rappelle étrangement cet épisode. Elles n’ont pas oublié non plus le soutien des autorités américaines aux révoltes du printemps arabe. Toutes ces initiatives américaines, ont été mal vécues par les pays arabes. Le doute sur la fiabilité de l’allié américain s’est distillé inexorablement dans leurs relations avec Washington.
Une prise de contact timide
A part la reprise des contacts directs entre Biden et les responsables saoudiens, la visite n’a pas abouti à de grandes décisions susceptibles de transformer l’architecture de la région. Sur le dossier palestinien, clé de voûte de la paix au Moyen-Orient, peu de progrès ont été notés. Une prise de contact timide entre le Premier-ministre israélien et le chef de l’autorité palestinienne a été initiée entre les deux parties. Sans grandes convictions.
Les américains ont rétabli leur aide de 400 millions dollars à l’autorité palestinienne, contre 4 milliards promis à Israël. L’ouverture du pont Allenby, à travers une médiation marocaine, a été un soulagement pour les civils palestiniens. La question palestinienne semble reléguée au second rang et n’intéresse pas grand monde. On n’en reparlera lors d’éventuelles autres rencontres, ou à l’occasion de la prochaine explosion de violence. Ainsi va le Moyen-Orient.
La triste affaire Khachoggi a permis à l’Arabie-Saoudite de réorganiser intelligemment ses relations extérieures. Le président turc Recep Erdogan a visité l’Arabie-Saoudite en avril avant que le prince héritier saoudien ne se rende lui aussi en Turquie en juin pour clore ce dossier. Le Qatar a été réintégré au sein du Conseil de Coopération du Golfe, et des perspectives réelles de paix s’annoncent pour le Yémen. Quant aux relations avec Washington, Biden est venu lui-même pour relancer la coopération bilatérale.
La réunion tenue à Jeddah entre Biden et les chefs d’État des six pays du Conseil de Coopération du Golfe, CCG, et ceux de la Jordanie Egypte et Iraq, a permis d’élargir la concertation avec ces trois derniers pour en faire un ensemble homogène. Le but, comme annoncé dans le discours de Biden, est de ne pas laisser un vide que pourraient remplir la Chine ou la Russie.
L’administration américaine cherche désespérément à promouvoir une nouvelle vision pour le Moyen-Orient basée sur le dialogue et la coopération économique et militaire. Dans cette optique, la normalisation entre Israël et les pays arabes de la région est le point nodal de la stratégie américaine. Mais pour Israël tout ce branle-bas ne doit viser qu’un seul et unique objectif son ennemi de toujours, l’Iran.
La menace nucléaire iranienne
Pour le premier-ministre israélien Yair Lapid, la visite du président américain a été une occasion pour célébrer l’entente avec Biden l’un des plus fervents défenseurs israéliens chez les démocrates. Mais derrière cette façade, le désaccord reste total sur la manière de traiter la menace nucléaire iranienne. Au grand regret des israéliens, Biden refuse de signer l’acte de décès des négociations lancées en avril 2021 pour ranimer l’accord de 2015 rompu par son prédécesseur.
Profitant de la dénonciation unilatérale de l’accord par l’ancien président Donald Trump, Téhéran a accéléré son programme nucléaire en s’affranchissant de ses contraintes. Certaines personnalités israéliennes critiquent déjà la sortie des États-Unis de l’accord et le rôle joué dans ce cadre par l’ex-premier-ministre Netanyahu. À leurs yeux, la situation d’Israël aujourd’hui est bien pire qu’en 2015. Après l’échec des pourparlers avec l’Iran, elles se demandent pour combien de temps encore les américains continueront à croire à un miracle.
Américains et israéliens savent pertinemment qu’une guerre totale contre l’Iran serait désastreuse pour la région et pour le monde qui peine à gérer le conflit ukrainien. Tel Aviv voudrait que le Conseil de Sécurité soit saisi pour préparer l’usage de la force contre Téhéran. Avec la crise entre la Russie et l’Ukraine, et la politique que mène Washington contre Pékin, il ne faudrait pas s’attendre à ce que les cinq permanents soient unanimes sur la question.
Les menus acquis enregistrés suite au voyage du président Biden, comme l’ouverture du ciel saoudien au transport aérien israélien, ne constituent pas une percée dans la solution des crises multiples qui se sont accumulées au Moyen-Orient. Le désir des américains de vouloir dupliquer au Moyen-Orient des associations de pays, comme l’AUKUS ou le QUAD pour contrer la Chine en Indopacifique, risque de ne pas aboutir dans cette région. Aucun des pays n’a exprimé sa volonté de joindre Washington dans sa confrontation actuelle avec Moscou.
Ce n’est pas un hasard de calendriers si, quelques jours après, le 19 juillet, les présidents, russe turc et iranien, se sont retrouvés à Téhéran pour afficher leur proximité au grand jour pour coordonner leurs actions dans la région. Ils n’ont pas boudé leur plaisir pour se mettre en scène pour prouver aussi qu’ils ne sont pas isolés. Les principaux points abordés ont été la situation en Syrie, le gaz et le pétrole, puis le déblocage commercial des céréales ukrainiennes.
Ont-ils échangé sur la récente visite de Biden à la région ? Certainement oui, vu que la Russie comme l’Iran sont sous sanctions occidentales, et que les deux ont bien l’intention d’y faire face aussi longtemps que cela est nécessaire pensent-ils. La Syrie absente de la réunion de Téhéran, et dont on y a discuté le sort, symbolise à bien des égards, la situation déplorable où se trouve le monde arabe.
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