Aid Al Adha: important pour le monde rural, risqué en cette période de pandémie

Cette année, l'Aid Al Adha sera fêté dans une conjoncture très particulière. Des voix s'élèvent pour réclamer son annulation, mais une telle décision pourrait avoir des répercussions négatives sur le monde rural, les agriculteurs tablant sur cette fête pour limiter la casse de la sécheresse.

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Aid Al Adha, important pour le monde rural, risqué en cette période de pandémie

Le 24 juillet 2020 à 15:30

Modifié le 24 juillet 2020 à 15:40

Le nombre de cas Covid continue de grimper et les villes ou quartiers les plus touchés risquent d’être bouclés. Le dernier exemple en date est celui de Tanger, qui compte plus de 3.900 cas.

La ville est classée en zone 2 (niveau de restrictions élevé) depuis le début du déconfinement progressif, et mise en quarantaine depuis le 13 juillet. A la veille de l'Aid, le wali de la région, en concertation avec les acteurs concernés, a décidé de la barricader.

Ainsi, aucune personne ne pourra quitter Tanger pour rejoindre sa famille, et les entreprises n’ont pas le droit de délivrer des autorisations de déplacement professionnel. Etant le seul document permettant de quitter la ville, de nombreux citoyens, originaires d'autres régions, seront donc privés de l'Aid, notamment les dizaines de milliers d’ouvriers travaillant dans l’automobile ou dans d’autres secteurs. 

Ces derniers ne cachent pas leur colère, comme le montrent des vidéos de médias locaux.

"Il aurait été préférable d’annuler l’Aid"

Aux micros de différents confrères, ces personnes s’indignent tout d'abord du fait que les décisions soient annoncées à la dernière minute. 

D'une autre part, sans familles et sous l'effet de la crise, ils demandent l'annulation de la fête du sacrifice "qui n’aura aucun goût si on n’est pas entouré des siens". Sauf qu’une telle décision aurait des répercussions négatives, en particulier sur le monde rural.

En fait, toute décision dans ce contexte, annuler ou maintenir l'Aid, est un arbitrage entre des contraintes. Il n’y a pas de mesure parfaite, puisque chacune a un prix.

Deux principaux facteurs laissent penser qu'il aurait été préférable d'annuler l'Aid. Il s'agit du pouvoir d'achat du Marocain, qui est relativement faible cette année, et du risque de propagation du virus, avec les déplacements. 

En effet, au-delà de son aspect religieux, l'Aid Al Adha est un événement coûteux pour les Marocains. Mais cette année, plusieurs foyers ne pourront pas faire le sacrifice, en raison de la baisse des revenus.

Ce constat a été confirmé par le HCP dans son dernier rapport, qui souligne que "le revenu mensuel moyen a baissé de moitié en période de confinement". "Il a connu une baisse de 62% parmi les ruraux, contre 46% parmi les citadins", ajoute l'étude.

"Par catégorie socioprofessionnelle, la baisse du revenu mensuel moyen a atteint 74% parmi les artisans et ouvriers qualifiés, 71% parmi les ouvriers, 65% parmi les exploitants agricoles, 40% parmi les employés, 32% parmi les cadres moyens, 24% parmi les cadres supérieurs, 70% parmi les indépendants ou employeurs et 44% parmi les salariés".

Par ailleurs, les retrouvailles familiales et la forte mobilité pendant l’Aid représentent un risque de dissémination du virus à travers le Royaume. D'ailleurs, des personnes asymptomatiques, qui ont réussi à quitter Tanger avant sa fermeture, ont déjà contaminé des contacts, notamment à Errachidia. 

Pourquoi faut-il maintenir l'Aid?

Cependant, d'autres facteurs poussent à dire qu'il est impératif de maintenir cet événement. 

D'une part, la situation économique du pays, "qui va connaître sa première récession depuis les années 1990", selon Mohamed Benchaâboun. 

Le Maroc a été grandement impacté par le confinement, qui a duré du 20 mars au 10 juin. Pour éviter le pire, toutes les activités économiques doivent reprendre.

D'un autre côté, le manque à gagner pour le monde rural suite à une annulation de l’Aid est estimé à plusieurs milliards de DH.

En plus de la crise du Covid-19, les agriculteurs ont subi deux années consécutives de sécheresse, qui se sont répercutées sur leur activité: flambée des prix des aliments de bétail, et baisse des prix des bêtes. Pour se rattraper et se préparer pour l'année prochaine, ils tablent sur l'Aid Al Adha.

En effet, cette fête constitue une opportunité pour améliorer le revenu des agriculteurs pour lesquels l’élevage du petit bétail constitue la source principale de subsistance, en particulier au niveau des grands pâturages. Ces ressources financières contribuent à stimuler les activités économiques dans le monde rural.

Le chiffre d’affaire à l'occasion de l'Aid al Adha dépasse les 12 MMDH annuellement. La plupart de ces fonds (8,5 MMDH en 2019) sont transférés au niveau des zones rurales, permettant ainsi aux agriculteurs de couvrir les dépenses des autres activités agricoles, en particulier celles se rapportant aux préparatifs de la prochaine campagne agricole. 

Lire aussi : Aid Al Adha sera fêté vendredi 31 juillet 2020 (officiel)

Aid Al Adha: important pour le monde rural, risqué en cette période de pandémie

Le 24 juillet 2020 à15:28

Modifié le 24 juillet 2020 à 15:40

Cette année, l'Aid Al Adha sera fêté dans une conjoncture très particulière. Des voix s'élèvent pour réclamer son annulation, mais une telle décision pourrait avoir des répercussions négatives sur le monde rural, les agriculteurs tablant sur cette fête pour limiter la casse de la sécheresse.

Le nombre de cas Covid continue de grimper et les villes ou quartiers les plus touchés risquent d’être bouclés. Le dernier exemple en date est celui de Tanger, qui compte plus de 3.900 cas.

La ville est classée en zone 2 (niveau de restrictions élevé) depuis le début du déconfinement progressif, et mise en quarantaine depuis le 13 juillet. A la veille de l'Aid, le wali de la région, en concertation avec les acteurs concernés, a décidé de la barricader.

Ainsi, aucune personne ne pourra quitter Tanger pour rejoindre sa famille, et les entreprises n’ont pas le droit de délivrer des autorisations de déplacement professionnel. Etant le seul document permettant de quitter la ville, de nombreux citoyens, originaires d'autres régions, seront donc privés de l'Aid, notamment les dizaines de milliers d’ouvriers travaillant dans l’automobile ou dans d’autres secteurs. 

Ces derniers ne cachent pas leur colère, comme le montrent des vidéos de médias locaux.

"Il aurait été préférable d’annuler l’Aid"

Aux micros de différents confrères, ces personnes s’indignent tout d'abord du fait que les décisions soient annoncées à la dernière minute. 

D'une autre part, sans familles et sous l'effet de la crise, ils demandent l'annulation de la fête du sacrifice "qui n’aura aucun goût si on n’est pas entouré des siens". Sauf qu’une telle décision aurait des répercussions négatives, en particulier sur le monde rural.

En fait, toute décision dans ce contexte, annuler ou maintenir l'Aid, est un arbitrage entre des contraintes. Il n’y a pas de mesure parfaite, puisque chacune a un prix.

Deux principaux facteurs laissent penser qu'il aurait été préférable d'annuler l'Aid. Il s'agit du pouvoir d'achat du Marocain, qui est relativement faible cette année, et du risque de propagation du virus, avec les déplacements. 

En effet, au-delà de son aspect religieux, l'Aid Al Adha est un événement coûteux pour les Marocains. Mais cette année, plusieurs foyers ne pourront pas faire le sacrifice, en raison de la baisse des revenus.

Ce constat a été confirmé par le HCP dans son dernier rapport, qui souligne que "le revenu mensuel moyen a baissé de moitié en période de confinement". "Il a connu une baisse de 62% parmi les ruraux, contre 46% parmi les citadins", ajoute l'étude.

"Par catégorie socioprofessionnelle, la baisse du revenu mensuel moyen a atteint 74% parmi les artisans et ouvriers qualifiés, 71% parmi les ouvriers, 65% parmi les exploitants agricoles, 40% parmi les employés, 32% parmi les cadres moyens, 24% parmi les cadres supérieurs, 70% parmi les indépendants ou employeurs et 44% parmi les salariés".

Par ailleurs, les retrouvailles familiales et la forte mobilité pendant l’Aid représentent un risque de dissémination du virus à travers le Royaume. D'ailleurs, des personnes asymptomatiques, qui ont réussi à quitter Tanger avant sa fermeture, ont déjà contaminé des contacts, notamment à Errachidia. 

Pourquoi faut-il maintenir l'Aid?

Cependant, d'autres facteurs poussent à dire qu'il est impératif de maintenir cet événement. 

D'une part, la situation économique du pays, "qui va connaître sa première récession depuis les années 1990", selon Mohamed Benchaâboun. 

Le Maroc a été grandement impacté par le confinement, qui a duré du 20 mars au 10 juin. Pour éviter le pire, toutes les activités économiques doivent reprendre.

D'un autre côté, le manque à gagner pour le monde rural suite à une annulation de l’Aid est estimé à plusieurs milliards de DH.

En plus de la crise du Covid-19, les agriculteurs ont subi deux années consécutives de sécheresse, qui se sont répercutées sur leur activité: flambée des prix des aliments de bétail, et baisse des prix des bêtes. Pour se rattraper et se préparer pour l'année prochaine, ils tablent sur l'Aid Al Adha.

En effet, cette fête constitue une opportunité pour améliorer le revenu des agriculteurs pour lesquels l’élevage du petit bétail constitue la source principale de subsistance, en particulier au niveau des grands pâturages. Ces ressources financières contribuent à stimuler les activités économiques dans le monde rural.

Le chiffre d’affaire à l'occasion de l'Aid al Adha dépasse les 12 MMDH annuellement. La plupart de ces fonds (8,5 MMDH en 2019) sont transférés au niveau des zones rurales, permettant ainsi aux agriculteurs de couvrir les dépenses des autres activités agricoles, en particulier celles se rapportant aux préparatifs de la prochaine campagne agricole. 

Lire aussi : Aid Al Adha sera fêté vendredi 31 juillet 2020 (officiel)

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