Ukraine: l'Europe met en garde Moscou après le vote séparatiste dans l'Est
Les Européens ont mis en garde lundi la Russie contre les atteintes à l'unité de l'Ukraine, au lendemain d'élections séparatistes dans l'Est prorusse dont Moscou a dit "respecter" les résultats, sur fond de craintes d'une nouvelle offensive militaire.
Sur le terrain, les bombardements ont repris lundi à Donetsk après une accalmie relative dimanche.
De nombreux tirs d'artillerie et des rafales de mitrailleuses lourdes étaient entendus lundi après-midi près de l'aéroport de Donetsk, théâtre de vifs combats depuis des mois, selon des journalistes de l'AFP. De longues colonnes de fumée noire s'élèvent de plusieurs endroits autour de l'aéroport et deux incendies étaient visibles.
Face à l'enthousiasme russe après les élections séparatistes, Berlin a appelé Moscou à respecter "l'unité de l'Ukraine", n'excluant pas de nouvelles sanctions européennes contre la Russie, déjà lourdement frappée.
"Ces soi-disant élections (...) ne peuvent avoir aucune validité juridique" et "aggravent la crise" en Ukraine, a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert, faisant écho aux déclarations de l'Union européenne qui a dénoncé un "nouvel obstacle" sur la voie d'un règlement pacifique.
Six mois après le début du conflit ayant fait plus de 4.000 morts, les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ont élu dimanche leurs "présidents" et leurs "parlements" pour, d'après les organisateurs de ces scrutins, légitimer les autorités séparatistes.
La Russie a dit qu'elle "respectait" le choix du peuple et appelé lundi l'Ukraine à "renoncer aux opérations militaires" dans l'Est, estimant que les dirigeants rebelles élus avaient désormais la légitimité nécessaire pour dialoguer avec les autorités ukrainiennes.
Les élections controversées dans les territoires contrôlés par les combattants prorusses - soit la moitié de la région de Donetsk et une petite partie de la région de Lougansk - ont confirmé dans leurs fonctions les chefs rebelles désignés en août.
Le "Premier ministre" de la République autoproclamée de Donetsk (DNR), Alexandre Zakhartchenko, 38 ans, a été élu "président" avec 77,51% des voix. Il sera investi mardi dans le Théâtre dramatique de Donetsk.
A Lougansk, l'ex-militaire de 50 ans Igor Plotnitski, très attaché au passé soviétique, a obtenu plus de 63% des suffrages.
Ces élections constituent un nouvel épisode de la confrontation sans précédent entre Moscou et l'Occident déclenchée cet hiver par la contestation du Maïdan à Kiev, qui, malgré une tentative de répression dans le sang, a entraîné la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch et sa fuite en Russie.
- Offensive russe ? -
Les relations entre le Kremlin et l'Occident ont depuis touché le fond, après l'annexion en mars par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée et la rébellion prorusse dans l'est de l'Ukraine, dans laquelle Moscou est accusée par Kiev et les Occidentaux de soutenir militairement les séparatistes et d'envoyer des troupes régulières.
Un cessez-le-feu a été conclu début septembre, mais malgré la baisse de l'intensité des combats, plusieurs centaines de personnes ont été tuées depuis.
Alors que le président ukrainien Petro Porochenko a qualifié dimanche le vote séparatiste de "farce faite sous la menace des chars", beaucoup à Kiev craignent une nouvelle offensive majeure des rebelles soutenus par Moscou, visant notamment à créer un couloir terrestre vers la Crimée.
L'accès maritime à cette péninsule à partir de la Russie risque d'être gravement perturbé par les tempêtes en hiver.
"Le plus grand risque est qu'ils déclenchent une offensive", a déclaré à l'AFP une source diplomatique ukrainienne haut placée, résumant les craintes de bon nombre d'observateurs et de médias.
"Beaucoup dépend d'un accord entre Kiev et Moscou sur l'approvisionnement de la Crimée", a estimé un haut responsable ukrainien chargé de la sécurité, sous le couvert de l'anonymat. "S'il existe, il n'y aura pas d'offensive majeure d'ici au printemps. Mais s'il n'est pas trouvé, les Russes n'auront pas d'autres options" que d'attaquer, a-t-il assuré.
Kiev affirme observer depuis deux jours le déploiement "intense" d'équipements et de troupes russes dans la zone contrôlée par les rebelles.
"La présence de troupes russes n'est même plus camouflée", a assuré un porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko, alors que des journalistes ukrainiens et occidentaux ont diffusé ce weekend des images de plusieurs dizaines de camions militaires sans plaques d'immatriculation, présentés comme une "colonne russe dans les rues de Donetsk".