Ukraine: la banque centrale prend des mesures draconiennes
La banque centrale ukrainienne a limité mercredi de façon draconienne les achats de devises étrangères par les banques pour tenter de stabiliser la monnaie nationale, la hryvnia, en chute libre malgré le renforcement de l'aide occidentale.
La situation semble échapper de plus en plus aux autorités ukrainiennes et des signes de panique commencent à apparaître dans la population, certains Ukrainiens se ruant vers les magasins pour anticiper les hausses de prix à prévoir.
"Les banques ne sont pas autorisées à acheter les devises étrangères pour leurs clients jusqu'au 27 février", indique dans un communiqué la Banque nationale d'Ukraine.
Il s'agit de la deuxième mesure administrative en une semaine pour stabiliser la hryvnia qui a perdu plus de 50% de sa valeur depuis le début de l'année, la banque centrale évoquant même une "panique sur le marché".
La chute de la monnaie se traduit par une inflation spectaculaire pour la population et renchérit le remboursement de la dette extérieure au moment où Kiev se débat contre la faillite.
Lundi, la banque centrale avait décrété que toute transaction en devises étrangères dépassant 50.000 dollars pour les contrats d'importation devrait faire l'objet d'une autorisation de sa part, afin de contrôler les fuites des capitaux.
Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a critiqué mercredi les dernières restrictions annoncées "sans consultation" et qui reviennent à "fermer de facto le marché des changes en devises".
"Cela ne contribuera pas à stabiliser la monnaie et pourrait avoir une influence négative sur l'économie du pays", a déclaré M. Iatseniouk.
- Restructuration ? -
Lors d'une conférence de presse plus tard dans la journée, Valeria Gontareva, la présidente de la banque centrale a de son côté défendu des mesures "prises uniquement dans le but de stabiliser d'une manière ou d'une autre notre marché."
"Il n'y aucune raison fondamentale expliquant une chute si rapide du cours de la hryvnia", a-t-elle dit. "Le marché est surtout influencé par les craintes", a-t-elle ajouté.
La ministre ukrainienne des Finances Natalia Jaresko a de son côté ajouté que le "gouvernement et la banque centrale allaient collaborer étroitement afin de lutter contre ceux qui spéculent".
Le taux officiel de la hryvnia a été fixé mercredi à 28,04 pour un dollar contre 16,32 au début de l'année, selon le cours de la banque centrale et autour de 7 il y a un an et demi. Mais sur le marché interbancaire, le taux était mardi soir de 33,5 hryvnias pour un dollar et dans les bureaux de changes de Kiev, la monnaie ukrainienne s'échangeait mercredi à 34 dollars.
L'Ukraine est confrontée à une crise économique et financière sans précédent aggravée par dix mois du conflit armé dans l'Est industriel prorusse. Le produit intérieur brut a plongé de 7,5% l'an dernier et même de plus de 15% sur le seul dernier trimestre par rapport à la même période un an plus tôt.
Face au risque de faillite, le FMI a annoncé récemment augmenter son aide avec un prêt sur quatre ans de 17,5 milliards de dollars, dans le cadre d'un plan global de 40 milliards, en échange de réformes radicales d'austérité et de lutte contre la corruption.
Mais la chute de la monnaie, qui s'est poursuivie depuis, "signifie qu'une restructuration de la dette souveraine semble inévitable", a estimé le cabinet Capital Economics.
D'ores et déjà, le groupement des grandes banques internationales s'est dit "inquiet" de l'effort financier que le secteur privé devra consentir dans le plan d'aide.
La Russie, de son côté, a formellement rejeté toute restructuration de la dette de trois milliards que doit lui rembourser Kiev d'ici à la fin de l'année.