Sanctions contre Moscou: le rouble au plus bas face au dollar
La monnaie russe est tombée vendredi à un nouveau record de faiblesse face au dollar, plombée par le renforcement des sanctions occidentales contre une économie russe au bord de la récession.
Pour la deuxième journée consécutive, le rouble a battu un record à la baisse. Le dollar est monté dès l'ouverture des échanges de la Bourse de Moscou au-dessus de son précédent record de jeudi et poursuivait son envolée dans la journée, atteignant 37,93 roubles. Il valait vers 12H50 GMT 37,89 roubles.
Face à la monnaie européenne, le rouble baissait aussi à 49,01 roubles mais restait au-dessus de ses plus bas niveaux du printemps.
La chute du rouble risque de renforcer encore l'inflation, déjà à près de 8% actuellement en Russie et qui accélère à cause de l'embargo décrété début août sur la plupart des produits alimentaires européens et américains.
Moscou a déjà prévenu que d'autres mesures de rétorsion contre les Occidentaux, pouvant restreindre les importations automobiles ou de certains vêtements, étaient prêtes.
Les analystes de VTB Capital ont expliqué la chute de la monnaie russe par le renforcement des sanctions occidentales mais aussi par la baisse des cours du pétrole, au plus bas à Londres depuis avril 2013. Ce phénomène a tendance à peser sur la monnaie russe car les hydrocarbures représentent les deux tiers des exportations de la Russie et la majorité de ses rentrées budgétaires.
La chute du rouble s'est accentuée à l'annonce par la banque centrale du maintien de son taux directeur à 8%. Le marché s'interrogeait sur un possible nouveau durcissement monétaire afin d'enrayer la dépréciation de la monnaie qui accentue l'inflation.
Cette nouvelle a en revanche été saluée à la Bourse car le niveau élevé des taux, au moment où l'économie souffre, est de plus en plus critiquée.
En baisse à l'ouverture, la Bourse de Moscou se reprenait, l'indice Micex (libellé en roubles) gagnant 1,21% et le RTS (en dollars) 0,24%.
Les nouvelles sanctions européennes contre Moscou sont entrées en vigueur vendredi matin malgré les réticences qu'avaient exprimé certains Etats membres vu le cessez-le-feu en vigueur dans l'est de l'Ukraine.
Elles visent surtout le secteur pétrolier: Rosneft, Transneft et la branche pétrolière de Gazprom, Gazprom Neft. Cinq grandes banques publiques (Sberbank, VTB, Gazprombank, VEB et Rosselkhozbank), déjà affectées, voient leurs accès aux financements encore réduits.
L'accès aux capitaux européens est également bloqué pour trois groupes du secteur de la défense, le fabricant de chars OPK Oboronprom, United Aircraft Corporation, maison mère des entreprises fabriquant les avions Mig et Soukhoï, et l'entreprise aérospatiale publique Uralvagonzavod, qui produit des hélicoptères.
Un autre symbole de l'armement russe, Kalachnikov, est visé, ajouté avec huit autres "sociétés mixtes du secteur de la défense" aux entreprises déjà touchées par une interdiction d'exportation de biens à double usage civil et militaire.
La holding Rostec, qui chapeaute la plupart des entreprises de la défense, a prévenu en réaction que les sanctions n'allaient que "stimuler" la production nationale afin de remplacer les équipements importés.
Jeudi soir, après la fermeture du marché russe, le président américain, Barack Obama, avait par ailleurs annoncé la mise en place de nouvelles sanctions américaines contre la Russie dans les secteurs de la finance, de l'énergie et de la défense en réponse "aux actes illégaux" de Moscou en Ukraine.
L'Association of European Businesses, qui regroupe la plupart des sociétés occidentales implantées en Russie, a regretté l'adoption de nouvelles sanctions occidentales, réclamant aux États-Unis, à l'Union européenne, à l'Ukraine et à la Russie de "définir une nouvelle politique pour mettre fin au conflit en Ukraine et de laisser les entreprises en dehors de la politique".