Royaume-Uni: l'inflation ralentit, une aubaine sans doute temporaire pour le nouveau Premier ministre
L'inflation au Royaume-Uni a reculé à 2,6% en juin, notamment grâce à une baisse des prix des carburants, un coup de pouce bienvenu, mais probablement temporaire, pour le tout nouveau Premier ministre travailliste Andy Burnham, qui a fait du pouvoir d'achat une priorité.
Arrivé lundi à Downing Street en remplacement de Keir Starmer, le dirigeant de 56 ans a rapidement affiché ses intentions en matière de lutte contre la vie chère: il a annoncé mardi la suppression de la TVA sur l'électricité cet hiver, avant de rétablir mercredi un plafond de 2 livres (2,35 euros) sur les tarifs des bus en Angleterre à partir de janvier. Il promet d'autres annonces dans les jours à venir.
Après s'être maintenue à 2,8% sur un an en mai, l'inflation a finalement reculé davantage qu'attendu en juin, à 2,6%, contre 2,7% anticipé par les économistes, selon les chiffres publiés mercredi par l'Office national des statistiques (ONS).
La baisse de l'inflation a aussi été portée par le recul des prix de l'alimentation en juin, tandis que les vêtements ont bénéficié des soldes d'été. Le coût des matières premières a par ailleurs diminué pour la première fois depuis janvier, aidé par la baisse des cours du pétrole brut, a indiqué l'ONS.
- Forte inflation attendue -
"La baisse de l'inflation est une nouvelle que les familles veulent entendre, mais il reste encore beaucoup à faire pour donner un peu d'air aux gens", a réagi le nouveau ministre des Finances, John Healey, soulignant le choix de la nouvelle équipe dirigeante de se concentrer "sur le coût de la vie dès la première semaine".
Mais selon les économistes, cette accalmie pourrait être de courte durée, notamment parce que le plafond sur les prix de l'énergie dans le pays, révisé tous les trois mois par le régulateur du secteur (Ofgem) et qui avait jusqu'ici contribué à amortir l'impact de la guerre au Moyen-Orient, a augmenté de 13% en juillet.
En outre, le regain de tensions au Moyen-Orient "a fait remonter les prix de l'énergie en juillet" pointe James Smith, économiste en chef du centre de réflexion Resolution Foundation. "L'inflation devrait repartir à la hausse" et ce "malgré la réduction de la TVA sur les factures d'électricité décidée par le gouvernement".
"L'effet décalé des prix élevés de l'énergie poussera probablement l'inflation au-dessus de 3% d'ici septembre et à environ 3,5% au début de l'année prochaine", avant de retomber ensuite, pronostique pour sa part Paul Dales, analyste chez Capital Economics.
- Coût de la dette -
Alors que le gouvernement multiplie les annonces pour soutenir le pouvoir d'achat, la question de leur financement reste entière. La marge de manoeuvre budgétaire demeure limitée, la dette britannique restant étroitement surveillée par les marchés.
Andy Burnham, ancien maire du Grand Manchester, dont le style se veut plus décontracté et proche des gens que son prédécesseur, s'est voulu rassurant à l'égard des marchés, en répétant s'engager à ne pas laisser enfler la dette.
L'exécutif s'efforce d'éviter une envolée des rendements des obligations britanniques ("gilts") - synonyme d'emprunt plus coûteux pour Londres sur les marchés - assurant que toutes ses mesures sont financées. Mais cette affirmation est contestée par plusieurs économistes.
Selon les estimations du gouvernement, la suppression de la TVA sur l'électricité coûtera 850 millions de livres (1 milliard d'euros) à l'Etat d'ici la fin de l'exercice budgétaire, tandis que le plafonnement des billets de bus est doté d'un financement de 454 millions de livres (532 millions d'euros) pour l'an prochain.
Cette deuxième mesure, qui s'appliquera partout en Angleterre sauf à Londres, est en réalité un retour en arrière: la précédente majorité conservatrice avait déjà plafonné en 2023 le prix du trajet de bus à 2 livres, mais le gouvernement de Keir Starmer avait augmenté cette limite à 3 livres.