Rachat d'Uramin: Anne Lauvergeon placée sous le statut de témoin assisté
L'ancienne patronne d’Areva, Anne Lauvergeon, a été placée sous le statut de témoin assisté dans l'un des volets de l'enquête sur le rachat controversé de la société minière canadienne Uramin en 2007, a appris l’AFP mercredi de sources concordantes.
Areva avait déboursé 1,8 milliard d'euros pour acquérir Uramin, mais l'exploitation de ses trois gisements africains s’était révélée beaucoup plus difficile que prévu et l’opération s’était transformée en gouffre financier. Fin 2011, six mois après le départ d’Anne Lauvergeon, le groupe avait inscrit dans ses comptes une provision de 1,5 milliard d’euros sur la valeur de la société minière.
L'affaire est au coeur de deux informations judiciaires.
Dans le volet comptable, "Atomic Anne", à la tête d'Areva de 2001 à 2011, a été mise en examen ainsi que deux ex-responsables, soupçonnés d'avoir présenté des comptes inexacts pour masquer l’effondrement de la valeur d'Uramin.
L'autre enquête porte sur des soupçons d'escroquerie et de corruption lors de l’acquisition de la compagnie minière. Entendue le 29 mars dans ce volet, l'ex-conseillère de François Mitterrand a été placée sous le statut de témoin assisté, les juges d'instruction considérant qu'il n'existait pas à ce stade d'"indices graves ou concordants" justifiant sa mise en examen.
"Uramin était la seule "+junior+ accessible financièrement" à l'époque, a relevé Anne Lauvergeon, d'après une source proche du dossier, ajoutant que son groupe devait élargir ses sources d'approvisionnement "pour satisfaire les besoins de ses clients", et que la société canadienne "permettait de diversifier les risques politiques" d'Areva en Afrique.
Elle a aussi justifié l'intérêt de l'opération par rapport aux engagements pris avec la Chine, Pékin ayant posé à l'époque comme condition à l’achat de réacteurs EPR l'entrée au capital de mines gérées par des entreprises françaises.
Interrogée sur d'éventuelles commissions versées au clan de l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki, Anne Lauvergeon a assuré que l'opération n'était "en aucune façon" liée à de tels versements.
La Cour des comptes, à l'origine d'un signalement en 2014 qui avait déclenché l'enquête, avait mis en avant le coût de l'acquisition "à un prix environ cinq fois supérieur" à celui demandé un an plus tôt, lors d'une précédente négociation et fustigé des "investissements hâtifs" par rapport à la connaissance des gisements.