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Israël enterre dans la douleur les quatre juifs tués en France

m24-En-continu
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Le 13 janvier 2015 à 13h57

Leurs familles ont voulu qu'ils reposent en Israël: des milliers de juifs français et d'Israéliens éplorés ont participé mardi à Jérusalem à l'enterrement des quatre hommes tués à Paris dans un supermarché casher, avec une sensation de déjà-vu et la conviction que cela se reproduira.

Yohav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham et François-Michel Saada ont été mis en terre sous un franc soleil dans l'immense cimetière du Har Hamenouhot (mont du Repos), là où ont été inhumés en 2012 les trois enfants et l'enseignant juifs tués en France par un autre jihadiste, Mohamed Merah.

Seuls les plus proches, anéantis, ont déposé dans le sol pierreux à flanc de colline les corps de leurs défunts, enveloppés dans des châles de prière blancs et bleus. Des centaines de juifs, français ou israéliens ou les deux, suivaient le funèbre cérémonial à distance depuis les hauteurs.

Ils avaient été 2.500 peut-être à prendre part auparavant à une cérémonie rassemblant parents des victimes, officiels et anonymes. Elle a donné lieu à des déclarations officielles de détermination à lutter contre l'antisémitisme et le terrorisme, de la part des dirigeants israéliens et de la ministre française Ségolène Royal, représentant son pays.

Cette cérémonie a surtout exposé une douleur indicible. "Philippe, protège-moi, protège Shirel et Naor et Ella et Elad", a dit Valérie Braham, l'épouse de Philippe Braham, brisée, chancelante, en parlant de leurs enfants. Il a fallu porter la veuve de François-Michel Saada dans l'avion devant acheminer la dépouille de son mari, a rapporté un ami, Gary Buchwald, monté à Paris dans cet avion qui s'est posé avant l'aube à Tel Aviv avec les quatre cercueils.

- La France, terre hostile ? -

Yohav Hattab, 21 ans, Yohan Cohen, 23 ans, Philippe Braham, 45 ans, et Francois-Michel Saada, 64 ans, font partie des 17 personnes tuées dans les attentats qui ont mis la France en état de choc. Ils n'étaient pas Israéliens. Mais leur mort vendredi au cours de la prise d'otages dans la supérette Hyper Cacher, porte de Vincennes à Paris, a bouleversé Israël.

Originaire de Sarcelles, au nord de Paris, Yohan Cohen travaillait là depuis un an. Les trois autres victimes, juifs pratiquants, étaient venus faire leurs courses avant le shabbat.

L'étudiant tunisien Yohav Hattab a été tué en essayant de se servir contre par le jihadiste Amedy Coulibaly de l'une des armes de ce dernier, selon différents témoignages.

Quant à Philippe Braham, cadre en électronique, sa femme et lui avaient déjà perdu un enfant, enterré en Israël. Philippe "doit être là-bas, auprès de son fils", avait déclaré sa veuve Valérie avant les funérailles.

La prise d'otages menée par Amedy Coulibaly a renforcé en Israël le sentiment de plus en plus répandu, après l'affaire Merah et avec la multiplication des actes antisémites, que la France est devenue une terre hostile.

Deux heures avant d'être tué par les policiers français lors de l'assaut sur le magasin casher, Coulibaly avait pris contact avec la chaîne d'information BFMTV. Il s'était réclamé de l'organisation Etat islamique et avait dit s'en prendre à dessein à des juifs à cause de "l'oppression" exercée contre les musulmans et les Palestiniens.

"Nous ne pouvons pas permettre qu'en 2015, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les juifs aient peur de marcher dans la rue en Europe en portant la kippa et les tzitzit (cordelettes du culte juif)", a affirmé mardi le président israélien Reuven Rivlin.

- Emigrer, oui, mais pas par peur -

Sur la foule du cimetière planait cette certitude: d'autres drames menacent, malgré la mobilisation de dimanche à Paris.

"Ce n'est pas trois millions de personnes dans la rue qui vont changer cette réalité: d'autres attaques vont arriver. On n'a que deux choix: soit on fait la guérilla, soit on fuit", a dit Gary Buchwald.

Avec un demi-million de membres, la communauté juive de France est la troisième plus importante au monde, après Israël et les Etats-Unis. Mais en 2014 et pour la première fois, la France a été le premier pays d'émigration vers Israël avec le départ de plus de 6.600 juifs.

Paris a annoncé des milliers de policiers et gendarmes supplémentaires pour protéger les écoles juives et les synagogues.

"Je veux vous assurer ici de la détermination sans faille du gouvernement français à lutter contre toutes les formes d'actes antisémites", s'est engagée Mme Royal.

Mais beaucoup se rappelaient qu'ils étaient déjà venus ici trois ans auparavant pour les victimes de Merah. Et dans le même cimetière repose un autre symbole de la violence antisémite, Ilan Halimi, un jeune torturé pendant trois semaines par un gang organisé en 2006 près de Paris.

Alors les juifs doivent-ils quitter la France ? Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a irrité Paris samedi en semblant les y inciter. Mme Royal a répété à Jérusalem la réponse du Premier ministre français Manuel Valls selon qui "la France sans les juifs de France n'est pas la France".

"Vous êtes les bienvenus", a dit le président israélien à l'adresse des juifs de France, "mais vous ne pouvez pas revenir au foyer ancestral par détresse, par désespoir, à cause de la destruction ou des affres du terrorisme et de la peur".

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Le 13 janvier 2015 à 13h57

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