Ford va limoger son PDG Mark Fields
Le constructeur automobile Ford, qui pâtit actuellement du ralentissement des marchés automobiles américain et chinois, va licencier son PDG Mark Fields dans l'espoir d'apaiser les craintes des marchés, a indiqué lundi à l'AFP une source proche du dossier.
M. Fields, 56 ans, devrait être remplacé par Jim Hackett, 62 ans, actuel responsable de la division des véhicules autonomes et technologies, dans le cadre d'un large remaniement de la direction, a ajouté cette source, confirmant des informations du New York Times. M. Hackett, qui a dirigé le groupe de meubles de bureau Steelcase, avait rejoint Ford l'an dernier.
Jim Farley, un ancien de Toyota, actuellement à la tête de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique, sera propulsé numéro 2 avec le titre de président, a encore dit la source. Il a permis à Ford de renouer avec la rentabilité en Europe alors que General Motors s'en retire.
Quant à Joe Hinrichs, le patron des Amériques, ses fonctions seront élargies. Il serait récompensé du succès commercial de la camionnette à plateau F-150, véhicule le plus vendu aux Etats-Unis.
Toujours d'après cette même source, la plupart des dirigeants ayant été promus par l'ex-PDG Alan Mulally, qui a dirigé Ford pendant 8 ans jusqu'en 2014, devraient soit bouger soit quitter le groupe.
Les annonces devraient être faites dans la journée.
Contacté par l'AFP, Ford n'a ni démenti ni confirmé ces informations.
"Nous restons concentrés sur notre plan consistant à générer de la valeur et la croissance des bénéfices", a déclaré par courriel Mike Moran.
Ces changements arrivent au moment où Ford traverse une passe difficile. L'action a perdu plus d'un tiers de sa valeur en trois ans et s'est même fait supplanter en avril par le constructeur de véhicules électriques Tesla en termes de capitalisation boursière.
- Retard dans la voiture électrique et autonome -
Comme ses concurrents américains, Ford connaît son premier trou d'air depuis 2009, après plusieurs années de ventes record. Les bénéfices du groupe ont plongé de 38% en 2016, une tendance qui s'est confirmée au premier trimestre, alors que ses coûts ont explosé.
Résultat: la marque à l'ovale bleu a récemment annoncé la suppression de 1.400 emplois en Amérique du Nord et en Asie pour améliorer sa rentabilité.
M. Fields est arrivé à la tête de Ford il y a tout juste trois ans et a répété vouloir transformer la marque à l'ovale bleu en groupe spécialisé dans les services de mobilité dans l'espoir de contenir l'offensive de la Silicon Valley dans l'automobile. Une course contre la montre oppose actuellement les constructeurs automobiles classiques contre Alphabet (Waymo), Apple, Uber et Tesla pour développer et commercialiser la voiture autonome d'ici 2020.
Malgré les nombreux investissements effectués, les marchés financiers préfèrent parier par exemple sur Tesla, qui a la technologie dans son ADN.
M. Fields, qui n'a eu de cesse de déclarer que Ford a "un pied dans le futur", s'est vu demander à plusieurs reprises par les analystes financiers de clarifier sa stratégie jugée floue.
Certains observateurs s'étonnent que Ford n'ait pas accéléré les tests sur route de sa flotte de voitures autonomes et n'ait pas prévu de commercialiser à court terme de véhicule électrique destiné à la production de masse alors que ces deux segments sont considérés comme l'avenir de l'automobile. A titre de comparaison, GM vend depuis des mois la Chevrolet Bolt, une voiture électrique de moyenne de gamme, et augmente les tests de ses véhicules autonomes en Californie, Detroit (Michigan, nord) et dans l'Arizona (sud-ouest).
M. Fields a affirmé que Ford allait vendre 13 modèles électriques dans les cinq prochaines années et une voiture autonome en 2021 sans davantage de détails.
Il a été personnellement critiqué lors de la dernière AG des actionnaires en début du mois. "Vous dites que votre priorité est de générer de la valeur aux actionnaires. Une action perdant 40% de sa valeur depuis que Mark (Fields) a pris les commandes ne semble pas plaider pour cet engagement", a fustigé un actionnaire.
Mark Fields a passé 28 ans chez Ford, où il a notamment dirigé les activités du groupe en Amérique du nord et est crédité d'avoir restructuré les opérations européennes ainsi que le constructeur Mazda, dont Ford détenait une participation importante.