Allemagne: pessimisme accru sur la croissance, Berlin poussé à investir
Les principaux instituts de conjoncture allemands ont dépeint à leur tour jeudi un tableau assombri de la première économie allemande, corroboré par une chute des exportations, et ajouté leur voix au concert des appels à Berlin à investir davantage.
Ifo, DIW, RWI et IWH, dans leur traditionnelle publication d'automne, tablent dorénavant sur une croissance de 1,3% cette année et 1,2% l'an prochain, contre respectivement 1,9% et 2% dans leurs pronostics d'avril, ont-ils expliqué. Mardi, le Fonds monétaire international (FMI) avait abaissé son pronostic de croissance à respectivement 1,4% et 1,5%.
Le climat "s'est nettement refroidi" pour l'économie allemande, constatent les experts, dont les prévisions inspirent fortement celles du gouvernement allemand attendues mardi, qui devraient elles aussi être révisées en baisse.
L'Allemagne reste certes partie pour voir la hausse de son produit intérieur brut (PIB) accélérer après deux années poussives (+0,4% en 2012 et +0,1% en 2013) et conserve un taux de chômage (6,7%) à faire défaillir de jalousie ses voisins européens.
Mais, depuis la rentrée, les signaux négatifs s'amoncellent autour de la première économie européenne, douchant les espoirs de la voir stimuler à elle seule une zone euro engluée dans la crise.
Le rapport pessimiste des instituts de conjoncture s'ajoute à une salve d'indicateurs alarmants pour le mois d'août - plongeon de 5,7% des commandes à l'industrie lundi, recul de 4% de la production industrielle mardi et chute de 5,8% des exportations dévoilée jeudi.
"Fini le miracle estival" de la Coupe du monde de football, place "au film d'horreur de l'été en Allemagne", métaphorise Carsten Brzeski, d'ING, décrivant une économie "au point mort" en août, dont le coup de frein rappelle celui de 2009, "au plus fort de la crise financière".
Pour la plupart des observateurs, les statistiques sont moins désastreuses qu'elles n'en ont l'air, faussées par le calendrier des vacances qui a concentré les congés sur août, poussant nombre d'entreprises à fermer leurs portes après un mois de juillet très actif.
- 'Prestige' ou croissance ? -
Mais Christian Schulz, de Berenberg, n'exclut pas "une légère récession technique" qui verrait le PIB allemand fléchir à nouveau au troisième trimestre après avoir reculé de 0,2% entre mars et juin, un pronostic qui gagne du terrain parmi les économistes.
Les instituts de conjoncture brossent un tableau peu enthousiasmant: la demande intérieure, affaiblie par l'attentisme des consommateurs et le report des investissements privés, inquiète autant que les exportations, plombées par les craintes géopolitiques et l'atonie en zone euro.
"Les perspectives sont également assombries en raison de la politique économique (...) Le gouvernement n'utilise pas assez ses marges de manoeuvre financières à des fins d'investissement", a déploré devant la presse Ferdinand Fichtner, économiste de DIW.
Dans leur communiqué, les quatre instituts, qui représentent des courants de pensée différents, ont exhorté Berlin à "augmenter les dépenses de la puissance publique dans les domaines qui ont le potentiel de contribuer à la croissance", ajoutant leur pierre au débat déjà vif sur la discipline budgétaire allemande.
Le retour à l'équilibre des finances publiques fédérales attendu en 2015, pour la première fois depuis 46 ans, "est un objet de prestige qui ne fait pas forcément sens économiquement" s'il affaiblit la croissance à long terme, a taclé M. Fichtner.
Les experts ont évalué à 5 à 6 milliards les marges de manoeuvre budgétaires de l'Etat allemand, qui pourraient permettre à la fois de baisser les impôts et d'augmenter les investissements, en particulier dans les infrastructures (transport, énergie, numérique).
Berlin, poussé dans cette direction par ses partenaires, Paris en tête, se refuse pour l'heure à dévier de sa ligne, ne jure que par "l'investissement privé" et entend favoriser, grâce à ses finances assainies, de "meilleures conditions d'investissement au niveau national et en Europe", selon le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble.