La procréation médicalement assistée au Maroc, hors de prix pour la plupart des couples
Plus de 800.000 personnes souffrent d’infertilité au Maroc, mais seule une infime minorité peut bénéficier de la procréation médicalement assistée (PMA) du fait d'une prise en charge limitée par la sécurité sociale.
Les docteurs Hamid Bennis (Casablanca) et Hakim Ezzenfari (Rabat), deux éminents spécialistes de la fécondation in vitro, nous ont éclairés sur le recours de plus en plus fréquent des Marocains aux techniques de procréation médicalement assistée.
Depuis plus d’une dizaine d’années, ces spécialistes sont de plus en plus sollicités par des couples souffrant d’infertilité.
D’emblée, ils annoncent à l’unisson que le coût de la PMA reste beaucoup trop élevé au Maroc par rapport au pouvoir d’achat de ses citoyens. Contrairement aux pays européens, le traitement de l’infertilité ne s’est pas démocratisé car sa prise en charge par le sécurité sociale est encore limitée.
Sur 5,5 millions de Marocains vivant maritalement, 15% (taux OMS) des couples en âge de procréer sont concernés, ce qui représente 825.000 personnes souffrant d’infertilité.
Selon nos spécialistes, les vingt centres privés d’aide à la procréation que comptent le Maroc ne réalisent que 3500 FIV/an pour 32,5 millions d’habitants.
La Tunisie qui ne compte que 10 millions d’habitants pratique quant à elle plus de 10.000 FIV/an car l’Etat prend en charge les frais de la PMA.
Des freins financiers, mais pas seulement
Le remboursement limité des frais de fécondations in vitro et son coût de revient élevé restent largement dissuasifs pour les demandeurs rebutés par l’effort financier hors de prix. La CNOPS prend en charge une seule tentative à hauteur de 5.000 DH de remboursement.
Avec un taux de réussite global de 30% d’une FIV, la majorité des couples abandonnent au meilleur des cas au bout d’une seule tentative, car il n’est pas garanti que la première tentative réussisse.
En France, la Sécurité sociale rembourse intégralement trois tentatives de FIV aux couples infertiles.
La raison de cette prise en charge publique est que l’efficacité est au rendez vous car les techniques utilisées ont connu de grands progrès et constituent un vrai remède aux couples infertiles.
Malgré un effet d’annonce en 2011, l’ouverture d’un premier centre public de PMA au Maroc destiné aux petites bourses est sans cesse reportée par manque de volonté politique.
La discussion au parlement d’un projet de loi sur la PMA est sans cesse renvoyée aux calendes grecques.
Les techniques et les coûts au Maroc
L’insémination artificielle avec sperme du conjoint (IAC) est la technique la plus ancienne qui consiste à injecter directement des spermatozoïdes préparés dans la cavité utérine, le jour de l’ovulation à l’aide d’un cathéter pour faciliter la rencontre avec l’ovocyte.
C’est un processus de fécondation naturel qui coûte environ 3.000 DH.
Lorsque l’insémination artificielle échoue, c’est la fécondation in vitro (FIV) qui est envisagée pour reproduire en éprouvette ce qui se passe naturellement. Après une phase de stimulation médicamenteuse, le praticien féconde artificiellement les ovocytes avec les spermatozoïdes avant de les transférer dans la cavité utérine.
Le coût total est compris entre 20 et 25.000 DH dont près de 80% couvrent les seuls injections d’hormones qui sont censés stimuler les ovaires. Soulignons que ces médicaments ont vu leur prix baisser de 20% suite à la récente diminution du prix des médicaments édicté par le ministère de la Santé.
La FIV ICSI (Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes)est semblable à la FIV sauf qu’elle prend en charge les défaillances morphologiques des spermatozoïdes. Le praticien les sélectionne soigneusement avant de les injecter chez la femme.
Le prix à payer est à peu près identique à celui d’une FIV classique.
Outre son coût prohibitif, le problème de l’infertilité au Maroc souffre aussi de considérations subjectives de mentalité qui en font un sujet tabou dans l’imaginaire collectif.
Il est significatif que ce sont toujours les femmes qui consultent les spécialistes de la PMA comme s’il était communément admis que les hommes ne souffraient pas de problèmes d’infertilité.
Contrairement à une idée reçue, l’infertilité est partagée équitablement entre hommes et femmes. Pour des raisons liées à la religion, la création d’une banque du sperme n’est toujours pas d’actualité et son pendant féminin qui est le don d’ovocytes n’est pas non plus prévu par la loi marocaine.
Dans le meilleur des cas, les couples n’ayant pas les moyens de remédier thérapeutiquement à leur handicap se tournent vers l’adoption ou divorcent le plus souvent car la femme est souvent accusée à tort de stérilité.
La conclusion des spécialistes est que tant que l’infertilité n’est pas reconnue comme une maladie et prise en charge par les pouvoirs publics marocains, la PMA ne sera pas accessible au plus grand nombre.
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