Platinum Power en difficulté, le PDG Omar Belmamoun sur la sellette
Platinum Power, pionnier dans le développement privé de barrages destinés à la production électrique, traverse une grosse crise. Conflits internes et difficultés financières menacent l'avenir de l'entreprise qui dispose de plusieurs concessions au Maroc et en Afrique subsaharienne.
En 2013, on annonçait en grande pompe l’arrivée du premier développeur privé de barrages destinés à la production électrique : Platinum Power.
Méconnue du grand public et même du monde des affaires, la société avait tout pour convaincre ou presque … Elle a pour actionnaire de référence un fonds de Private Equity américain, Brookstone Partners, deux actionnaires minoritaires marocains (TGCC et Africinvest) et un jeune associé dirigeant, Omar Belmamoun, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans la finance à l’étranger.
Une année à peine après sa création, l’entreprise arrive à se positionner sur un segment intéressant et à convaincre l'Etat de lui octroyer, dans le cadre de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables, les premières concessions et autorisations provisoires pour la construction et le développement de barrages pour la production de l’électricité hydraulique.
Les autorisations en question concernent les sites Tamajout et Tillouguit Aval, Bab Ouender, Boutferda, Melloul 1 et Melloul 2.
En octobre 2018, ces autorisations ont été renouvelées dans le cadre de la loi 58-15 modifiant et complétant la loi 13-09 sur les énergies renouvelables.
Ce qui d’apparence semble être une belle success story en devenir cache en réalité une entreprise qui traverse de grosses difficultés.
La continuité de l’exploitation de l’entreprise compromise
Médias24 apprend de sources sûres que l’entreprise est secouée par des difficultés financières, sur fond de conflits entre associés.
Selon nos informations, Omar Belmamoun, PDG de l’entreprise depuis sa création en 2012, est en mauvais termes avec les autres actionnaires qui lui demandent de rendre les clés.
Ces actionnaires reprochent à Belmamoun "l’opacité de sa gestion" et "l’absence d'avancées concrètes des projets alors qu’ils sont en développement depuis 5 ans".
Alors que la presse parlait en octobre dernier des nouvelles autorisations accordés à Platinum Power, l’entreprise vit en interne une crise sans précédant.
D’un côté, Platinum Power fait l’objet d’une procédure d’alerte initiée par le commissaire aux comptes en juillet 2018, soit quatre mois avant l’octroi des nouvelles autorisations.
Une procédure d’alerte est enclenchée par le commissaire aux comptes lorsque ce dernier estime que la continuité de l’exploitation est compromise. Ce qui semble être le cas de Platinum Power à en croire les informations obtenues par Médias24.
Les salariés sont également sur la corde raide. Ils n’ont pas été payés depuis octobre 2018. Les salaires des mois de juin, juillet, août et septembre étaient déjà en péril. Ils n’ont pu être versés qu’après le versement effectué par l’un des actionnaires (TGCC).
Les administrateurs démissionnent du CA
La situation se complique quand deux des principaux actionnaires claquent la porte du conseil d’administration. Il s’agit de Mohammed Bouzoubaa, PDG de TGCC, et Brahim El Jai, Senior Partner de Africinvest et CEO de Maroc Invest, qui avaient investi respectivement 50 MDH et 43 MDH dans Platinum Power.
La démission d'El Jai interviendra le 23 octobre, six jours après une réunion houleuse du conseil d’administration.
En effet, les membres du CA se sont réunis le 17 octobre 2018. La révocation du PDG Omar Belmamoun était à l’ordre du jour. Celle-ci n’aura finalement pas lieu, la réunion ayant été interrompue par un échange tendu entre Belmamoun et Brahim El Jai.
Suite à cet incident, le représentant d'Africinvest Brahim El Jai a soumis sa lettre de démission à l’attention du PDG de Platinum Power.
Belmamoune est accusé par des associés de « violation légale » de son obligation d’information. Le PDG rechignerait à fournir une information complète et précise permettant aux actionnaires d’avoir une visibilité claire sur les comptes de la société.
Après l'alerte du commissaire aux comptes, Africinvest a diligenté un audit financier effectué par un cabinet réputé. Les premières constatations de cet audit toujours en cours évoquent, entre autres, une « comptabilité irrégulière », « le non paiement de 3,2 MDH au titre des cotisations CIMR, dont 2,7 MDH pour l’année 2017 » et des « paiements en devises (100.000 dollars) sans autorisation des actionnaires ».
Mohammed Bouzoubaa, qui a mis la main à la poche une première fois pour payer les salaires, a également démissionné du conseil d’administration (juillet 2018). Il avait injecté 2,8 MDH à titre d’avance en compte courant d’actionnaires de TGCC, précisant que cette somme devait être exclusivement affectée au paiement des salaires du personnel.
L’actionnaire américain fait appel à la justice
Ce n’est pas tout. Car en plus des tensions avec les actionnaires marocains, Omar Belmamoun est en conflit également avec son principal partenaire américain Michael Toporek dans le cadre de Brookstone Partners Morocco.
Cette Holding a été créée en 2011 par Omar Belmamoune et Michael Toporek, préalablement à Platinum Power.
Là aussi, l’opacité de l’associé marocain est mise en exergue. Interpellé par Toporek, Belmamoune est accusé d'avoir refusé de produire les documents relatifs à l’activité commerciale de la société s’étalant sur la période 2015-2017.
Le 10 juillet 2018, Toporek saisit le tribunal de commerce de Casablanca pour obliger Belmamoun à lui fournir les documents en question. Le tribunal lui donne gain de cause.
Le 5 octobre 2018, Belmamoune est condamné à fournir tous les documents de la société sur la période allant de 2015 à 2017 (Bilans, rapports et PV du CA, rapports des commissaires aux comptes etc.). Rendue en référé, cette décision exécutoire est assortie d’une astreinte de 1.000 DH pour chaque jour de retard. Pourtant, l’intéressé n’a pas encore exécuté l’ordonnance, selon nos informations.
Médias24 a contacté Omar Belmamoun et lui a posé des questions sur l’ensemble des informations avancées dans cet article. Nous n’avons pas reçu de réponses.
Contactés également, Mohamed Bouzoubaa et Brahim El Jai n’ont pas donné suite à nos appels.
Qu’adviendra-t-il des projets lancés ?
Au regard de la situation actuelle de l’entreprise, tout semble indiquer qu’elle n’est pas en mesure d’honorer ses engagements vis-à-vis de l’Etat.
« Quand il s’est présenté à l’administration, M. Belmamoun était convaincant. Il voulait investir des millions de dollars dans des projets d’énergie verte tout en désenclavant des zones rurales », nous rapporte une source proche du dossier.
« Il est vrai que rien n’a été fait pendant les premières années. Le département de l’Eau demandait à chaque fois des explications et exigeait de l’entreprise d’accélérer le rythme de ses travaux. Il avait pour réponse, que ce genre de projet exigeait des études qui prenaient beaucoup de temps. C’est pour cela que l’administration renouvelait à chaque fois l’autorisation temporaire », ajoute notre source.
Sur la question de l’octroi des concessions à Platinum Power sans recourir à une procédure de mise en concurrence (AMI, AO,…), notre source explique « que les concessions ont été accordées dans le cadre de la loi 13-09 qui applique le principe du premier venu, premier servi. C’était aussi avant la promulgation de la loi sur les PPP ».
Les projets au Maroc ne sont pas les seuls menacés, mais également les projets de l'entreprise en Afrique subsaharienne. Platinum Power a également obtenu des concessions au Congo, au Cameroun et en Côte d'Ivoire.
Dans ce dernier pays, Omar Belmamoun a signé le contrat de développement et de construction de trois complexes hydroélectriques pour un montant global de 7 milliards de DH avec le ministre ivoirien de l'énergie et du pétrole, lors du forum économique Maroco-Ivoirien présidé par le Roi Mohammed VI et le Chef de l'Etat ivoirien.
Pour l’heure, l’avenir des projets enclenchés dépend grandement de la résolution des conflits internes qui minent l’entreprise.
Brookstone Partners, Africinvest et TGCC se disent disposés à redresser la société. Néanmoins, ces actionnaires exigent comme préalable le départ du PDG Omar Belmamoune, aujourd’hui sur la sellette.
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