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CULTURE

Festival Gnaoua: 20 ans d’existence et un avenir incertain

Le festival d’Essaouira consacré aux musiques du monde fête son 20ème anniversaire du 29 juin au 1er juillet prochain. Malgré un énorme succès populaire et de nombreuses retombées économiques pour la capitale des alizés, ce rendez-vous musical aura du mal à perdurer sans davantage de soutiens public et privé.

Festival Gnaoua: 20 ans d’existence et un avenir incertain
Samir El Ouardighi
Le 3 mai 2017 à 16h07 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

D'année en année, ce festival devenu incontournable dans l’agenda culturel des mélomanes du monde entier, peine à boucler son budget et à programmer des artistes à la hauteur de l’événement.

Pour ses vingt ans d'existence, les promoteurs du festival ont invité le percussionniste-brésilien Carlinhos Brown ou le bluesman américain Lucky Peterson pour des fusions avec les grands maâlems de la musique gnawa.

Si ces artistes bénéficient d’une incontestable notoriété internationale, il n’en demeure pas moins que l’on s'attendait à mieux pour célébrer dignement l’anniversaire d’un festival qui a su attirer des légendes vivantes comme Wayne Shorter, Joe Zawinul, Maceo Parker, Marcus Miller, Kenny Garret …

La faute n’incombe certainement pas au directeur artistique du festival connu pour son goût très sûr mais plutôt au maigre budget dont dispose l’organisation pour déplacer, loger et régler les cachets d’artistes de renom.

Il faut dire qu’avec un cachet maximum de 45.000 euros, les invités prestigieux ne se bousculent pas au portillon alors que l’impact médiatique de leur présence au Maroc équivaut à des campagnes de publicité qui se chiffreraient en millions de dollars.

Même si Karim Ziad objecte que le festival n’est pas consacré aux têtes d’affiche étrangères, sa renommée internationale est, en partie, due à leur fusion avec les dépositaires de la culture gnawa.

(Ci-dessous, la conférence de presse donnée mardi 2 mai par les organisateurs)

 

Toute la difficulté d’une programmation de qualité pérenne provient de ce décalage entre la consécration internationale et le peu de cas que font les autorités nationales de la place de la culture au Maroc.

Ainsi, malgré une affluence qui draine entre 250 et 300.000 festivaliers et booste fortement l’économie locale, il aura fallu attendre 19 ans avant que le conseil municipal daigne enfin signer une convention de partenariat valable cinq ans avec le festival. Même constat du côté du ministère de la culture qui alloue une dérisoire subvention de 200.000 DH contre 150.000 DH auparavant.

Dépendant à 75% des sponsors privés et à 25% des pouvoirs publics, il ne doit sa survie qu’à l’acharnement de sa fondatrice obligée de taper à toutes les portes pour régler les nombreuses factures.

Pour l’édition 2017, un budget de 15 millions de DH a été prévu mais si cette somme peut paraître conséquente par rapport à d’autres rendez-vous culturels, cela ne veut pas dire qu’elle soit disponible car la plupart du temps, le festival vit à crédit et il arrive même à certains sponsors publics d’oublier leurs promesses de financement.

Interrogée par Médias24, Neila Tazi qui se félicite de pouvoir fêter les 20 ans de son bébé auquel personne ne croyait au départ n’en reste pas moins désespérée par le manque de soutien des acteurs publics et privés.

"Il y a 20 ans, on nous prenait pour des fous mais après des années de travail pour faire évoluer les mentalités, ce projet a fini par ressusciter le patrimoine gnaoua. Depuis 2016, la ville paye les chambres d’hôtel des artistes et des journalistes et la région nous allouera, pour la première fois en 2017, une enveloppe de 500.000 DH mais il n’y a malheureusement pas encore de véritable prise de conscience sur la portée et le potentiel de cet événement", se désole la fondatrice du festival.

Alors que le Maroc réussit une percée économique en Afrique, le peu de cas de ce festival qui a fait renaître de ses cendres le patrimoine africain du Royaume au son des crotales et des guembris montre que la culture n’est toujours pas une priorité ou un outil de la diplomatie marocaine pour le continent.

"Ce qui est malheureux, c’est qu’il a plus de reconnaissance à l’international qu’au Maroc et celà malgré les signaux forts envoyé par le Roi pour la culture et l’engouement croissant des jeunes et des mélomanes de toutes les strates sociales. Nous essayons toujours de préserver l’esprit du festival et d'améliorer la qualité à chaque nouvelle édition. Malgré l’augmentation de 100 MDH du budget de la culture par le précédent gouvernement, ce n’est que du saupoudrage car il n’existe pas de volonté politique ou de vision publique pour promouvoir la culture", conclut Neila Tazi.

Il est vrai qu’entre un PJD qui traite les festivals de lieux de débauche et des partenaires gouvernementaux frileux, la culture qui devrait être un élément indissociable d’une offre touristique pour une destination comme le Maroc est toujours considérée comme source superflue de dépense alors que partout ailleurs, cette industrie est lucrative.

Au final, la vision royale pour faire rayonner à l’international le Maroc grâce à la culture n’est pas déclinée en actes par manque de conviction des autorités mais aussi de certains sponsors privés.

Ces derniers préfèrent se limiter à financer un festival comme Mawazine qui draine des millions de spectateurs ou celui de Marrakech qui est assuré d’avoir un grand retentissement en Europe grâce au très médiatique Jamal Debbouze.

Malgré les difficultés récurrentes traversées par le festival, il faut espérer qu’une prise de conscience aura lieu car depuis sa création, il y a eu un avant et un après en termes économiques et s’il devait s’arrêter, cette destination touristique très prisée ne manquerait pas d’être impactée négativement. 

Il n'y a qu'à voir les difficultés traversées par la Biennale de Marrakech qui n'est toujours pas certaine d'assurer son édition 2018 faute de financements alors que celle de Dakar a été sauvé par l'intervention du président Macky Sall qui a décidé de lui allouer 1 million de dollars de subventions publiques. 

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Samir El Ouardighi
Le 3 mai 2017 à 16h07

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