Grand Stade Hassan II contre Bernabéu : le duel pour la finale du Mondial 2030
À l'approche des décisions de la FIFA concernant la répartition des matchs de la Coupe du monde de football coorganisée par le Maroc, l'Espagne et le Portugal, les médias espagnols se font l'écho d'une nervosité grandissante au sein des instances du football ibère, nourrie par des spéculations non étayées sur une intervention de Donald Trump en faveur du Royaume.
Alors que la Fédération royale espagnole de football (RFEF) continue d’afficher officiellement sa confiance, l’attribution de la finale de la Coupe du monde 2030 nourrit un débat de plus en plus vif de l’autre côté du détroit de Gibraltar.
Le 7 juillet 2026, dans l’émission "El Partidazo", diffusée sur la radio COPE, le journaliste Juanma Castaño a fait état d’une inquiétude au sein de certains cercles du football espagnol. Ceux-ci redouteraient une intervention de Donald Trump en faveur du Maroc dans le choix du pays appelé à accueillir le dernier match du tournoi, le plus prestigieux.
Cette crainte ne s’appuie, à ce stade, sur aucune prise de position publique du président américain concernant le Mondial 2030. Elle trouve plutôt son origine dans un précédent survenu au cours de l’édition 2026 et abondamment commenté en Espagne.
La presse ibérique rappelle ainsi l’affaire Folarin Balogun. Après l’exclusion de l’attaquant américain au cours du match contre la Bosnie-Herzégovine, Donald Trump avait publiquement reconnu avoir demandé à la FIFA de réexaminer son dossier. La fédération internationale avait ensuite suspendu l’exécution de la sanction, permettant au joueur de participer au huitième de finale contre la Belgique.
Cet épisode inhabituel avait alimenté les interrogations sur l’indépendance des procédures disciplinaires de la FIFA, comme nous l’avions alors relevé. Il s’agissait toutefois d’un dossier individuel, sans lien direct avec la sélection du stade de la finale de 2030, qui répondra à des considérations autrement plus larges, notamment sportives, opérationnelles, commerciales et sécuritaires.
L’axe Rabat-Washington vu d’Espagne
À ce précédent s’ajoute une lecture géopolitique du dossier. Certains commentateurs espagnols mettent en avant l’ancienneté du partenariat entre Rabat et Washington, ainsi que les relations parfois moins fluides entretenues par Madrid avec certaines administrations républicaines.
Dans cette grille d’analyse, les liens entre le Maroc et les États-Unis pourraient conduire Washington à regarder favorablement la candidature de Casablanca. Aucune autorité américaine n’a néanmoins exprimé publiquement une telle préférence.
La proximité diplomatique entre deux pays ne préjuge pas, à elle seule, de leur position dans une compétition placée sous l’autorité de la FIFA. Elle fournit surtout, dans le débat espagnol, une trame politique à une rivalité dont les ressorts demeurent avant tout liés à la qualité des projets présentés.
Madrid et Casablanca affichent leurs ambitions
Cette concurrence s’est exprimée plus ouvertement dans les colonnes de Politico. Interrogé en marge d’un match du Mondial 2026, Rafael Louzán, président de la RFEF depuis la fin de 2024, s’est dit convaincu que la rencontre décisive se jouerait à Madrid ou à Barcelone.
"L’Espagne est la nation qui mène ce Mondial", a-t-il affirmé, en rappelant que son pays propose onze villes hôtes, contre six pour le Maroc et trois pour le Portugal. Un argument qui n’en est pas un. D’une part, l’Espagne l’a fait contrainte en raison de la régionalisation dans le pays. D’autre part, cette répartition n’est pas cohérente, car elle n’a pas de logique de matchs de poules. Elle contribue enfin à accroître les distances pour les équipes participantes.
L’assurance affichée par le président de la fédération traduit la position espagnole dans une compétition qui reste ouverte. Aucun stade n’a encore été officiellement désigné pour accueillir la finale.
Le Maroc assume, de son côté, la même ambition. Un haut responsable du football national a confirmé à Politico la volonté du Royaume d’organiser le match le plus prestigieux du tournoi.
Le principal atout marocain est le futur Grand Stade Hassan II, en construction près de Casablanca. Conçue pour recevoir 115.000 spectateurs, l’enceinte doit constituer l’un des symboles du vaste programme d’investissement engagé dans les infrastructures sportives, les transports et l’hébergement.
Sa capacité et sa conception spécialement pensée pour les grandes compétitions placent Casablanca parmi les candidatures les plus solides. L’Espagne peut toutefois opposer à ce projet le prestige du Santiago-Bernabéu et celui du Camp Nou rénové, deux stades déjà ancrés dans l’histoire du football mondial.
Feijóo transporte le débat sur le terrain politique
La rivalité sportive s’est progressivement invitée dans la politique intérieure espagnole. Dans un entretien accordé à The Objective, le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a accusé le Premier ministre Pedro Sánchez de "négocier" la finale avec le Maroc au détriment des intérêts de son pays.
Le média affirme que Madrid aurait implicitement renoncé à accueillir la rencontre, et que Rabat aurait déjà obtenu des appuis déterminants auprès de Donald Trump, du Qatar et de l’Arabie saoudite.
Aucun document, témoignage identifié ou déclaration officielle ne vient toutefois étayer l’existence d’un tel accord. L’hypothèse s’inscrit davantage dans la confrontation politique espagnole autour des relations entretenues par Pedro Sánchez avec le Maroc. Elle n’en a pas moins provoqué de nombreuses réactions, en particulier sur les réseaux sociaux, où certains internautes ont même envisagé un retrait espagnol de la candidature commune si la finale devait échapper au pays.
À ce jour, l’Espagne n’a renoncé ni au tournoi ni à son ambition d’en accueillir le point d’orgue. Le Maroc n’a pas davantage reçu l’assurance officielle que Casablanca serait choisie. Les deux pays défendent leurs enceintes au sein d’un projet qu’ils portent conjointement avec le Portugal.
Cette compétition interne ne remet pas en cause le principe même de la candidature tripartite. Elle révèle plutôt l’importance symbolique, économique et diplomatique attachée à la finale du Mondial centenaire.
Le Maroc dispose d’arguments concrets pour la revendiquer : une enceinte de 115.000 places, des investissements considérables et la perspective d’offrir au continent africain sa deuxième finale de Coupe du monde. Ces atouts suffisent à placer Casablanca au cœur de la course, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer des arrangements géopolitiques dont rien ne permet aujourd’hui d’établir l’existence.
La décision appartiendra à la FIFA. Jusqu’à son annonce, Madrid, Barcelone et Casablanca restent en concurrence.
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